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Comment localiser des terroristes en suivant les réseaux sociaux ? Alors que les événements tragiques se déroulaient, cette semaine était aussi la semaine du salon MILIPOL, où j’ai pu assister à une démonstration impressionnante développée par une petite start-up texane hébergée sur le stand de la société ESRI. Une démonstration bluffante (et un peu inquiétante, aussi…), mais parfaitement d’actualité.

Snaptrends est une société d’une trentaine de personnes, basée à Austin, Texas. Elle a pour vocation le « social media intelligence » : le recueil d’informations et de renseignement en source ouverte, le tracking global ou géospécifique d’individus ou d’influenceurs par l’analyse des réseaux sociaux. Dans les photos suivantes, les noms apparaissent en clair puisqu’il s’agit d’informations publiques. Mais l’innovation réside dans la manière de les traiter.

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Un sujet d’actualité donc ; voici comment cela fonctionne. Une fois l’interface de Snaptrends lancée, on peut effectuer une recherche par mots-clés (dans mon cas : « RAID » and « TERROR »). L’application lance alors une recherche en analysant tous les flux sociaux : Twitter, Facebook, Google+, Instagram, etc… en combinant l’analyse avec ce que l’on appelle du « geofencing ».

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Ce mot-valise combinant géolocalisation et fencing (création de frontières, en l’occurrence), décrit le fait de pouvoir délimiter une zone virtuelle géolocalisée – en  l’occurrence, définie par les contenus des messages échangés sur les réseaux sociaux : ceux utilisés directement par la personne ciblée, et l’analyse de réseaux alternatifs connexes.

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Dans l’exemple ci-dessus, il est frappant de voir immédiatement la géolocalisation des articles, des commentaires Facebook, des tweets, le lendemain de l’assaut du RAID à Saint-Denis. Mais on peut aller (bien) plus loin. En l’occurrence, on peut cibler un utilisateur qui semble intéressant (je laisse aux professionnels le soin des critères – pour la démo, nous avons pris un profil classique, Emmanuel de Brantes, journaliste et chroniqueur).

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On zoome alors sur ce profil, combiné avec la géolocalisation : cela permet de voir les messages échangés via ce profil le jour même (le « + » sur l’image), la veille (« D ») ou la semaine précédente « W »).

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Mais il est possible aussi de « remonter » l’activité de l’individu ciblé en reconstituant ses messages passés – en l’occurrence, il est allé à Londres récemment, et il est possible de géolocaliser jusqu’à la rue de son hôtel. Flippant, je vous dis.

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Et l’analyse de son réseau est également possible par l’outil : voici toutes les personnes qui le suivent, ou avec qui il est en contact direct, ou qu’il suit.

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Et on peut aller plus loin en dévidant la pelote, en reconstituant tout son réseau, et en utilisant une technique de visualisation connue depuis longtemps mais très efficace : les graphes paraboliques.

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Alors où se trouve l’innovation ? D’abord dans la rapidité et la pertinence des algorithmes de geofencing. L’information arrive en temps réel, elle est instantanée. De plus, les algorithmes analysent non seulement les réseaux directement utilisés par la cible, mais tous les réseaux connexes avec ces premiers réseaux : une véritable analyse « big data » en profondeur. L’innovation réside ensuite dans l’intelligence de l’interface, qui permet, à partir encore une fois de données publiques en sources ouvertes, de parcourir intuitivement le graphe relationnel de la cible. Il est également possible d’évaluer son degré d’influence dans les réseaux.

D’autres applications dans le domaine existent, mais c’est la première fois que je vois une telle fluidité dans l’utilisation, et une telle pertinence, vérifiée dans un contexte d’actualité particulièrement représentatif de l’intérêt d’une telle approche. Un outil qui, combiné à d’autres systèmes, devrait se révéler d’une redoutable efficacité dans la lutte contre le terrorisme.

Le site de la société est accessible ici

 

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Pas d’article ce triste week-end pour respecter le deuil national mais cette citation de Winston Churchill pour affirmer notre foi en la liberté, le courage, et pour  la lumière et le succès des armes de la France.

 

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Ou plus exactement, par l’utilisation de MEMS à base de graphène ; une phrase qui nécessite quelques explications. En premier lieu, qu’est-ce que le graphène ? Il s’agit de cristal de carbone pur bidimensionnel (en gros une monocouche de carbone) obtenu soit directement à partir du graphite, en le « pelant » pour séparer les couches, soit par synthèse, par exemple en faisant chauffer à plus de 1000 degrés un catalyseur sur lequel un gaz d’hydrocarbure va se dissocier et déposer des atomes de carbone.

Le graphène est un matériau conducteur qui possède de très nombreux intérêts (des processeurs à base de graphène devraient d’ailleurs bientôt voir le jour) – parmi ceux-ci, un coefficient Seebeck unique (décidément, cet article devient de moins en moins lisible). En gros, un pouvoir thermoélectrique remarquable : un senseur à base de graphène est sensible à la totalité du spectre infrarouge.

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Des chercheurs du MIT ont donc annoncé avoir combiné un capteur thermoélectrique à base de graphène avec un MEMS (micro système électromécanique) composé d’une membrane de nitrure de silicium. Le résultat : un capteur capable de détecter les températures du corps humain, dans une pièce à température normale (pour les connaisseurs du domaine, on obtient des réponses de 7 à 9 V/W, pour une longueur d’onde de 10.6 microns et une constante de temps de 23ms). Bon, je ne rentre vraiment pas dans une explication exhaustive: vous trouverez (en payant), l’article ici.

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Il s’agit d’une innovation qui devrait révolutionner le domaine de la vision thermique. Car jusqu’ici, pour détecter des signatures thermiques à température normale, les senseurs devaient être refroidis par cryogénie, afin de supprimer le bruit de fond du aux radiations thermiques de la pièce.

Les capteurs étaient donc chers et volumineux, afin d’intégrer les composants nécessaires pour le refroidissement. Avec cette nouvelle technologie, sans rentrer dans les détails, il devient possible de développer un système de vision thermique très compact, voire flexible et transparent. De là à imaginer des «lunettes thermiques » ou même des « lentilles thermiques », il n’y a qu’un pas. Un pas d’ailleurs déjà franchis par une équipe de recherche de l’université du Michigan qui, il y a un an, avait présenté un prototype d’une lentille de contact infrarouge, toutefois moins sensible ‘voir photo ci-dessous) que le détecteur construit par le MIT. Cette sensibilité était le seul vrai obstacle au développement de lentilles thermiques. Le MIT annonce travailler maintenant sur un senseur fondé sur une seule couche de graphène.

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Maintenant que la faisabilité est avérée, nul doute que dans le futur proche, des nouveaux senseurs infrarouges portables et haute définition verront le jour, et ce pour un coût raisonnable. Entre les processeurs, les gilets pare-balle, les écrans et maintenant la vision thermique, le 21e siècle est bien l’ère du graphène.

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Bon, on ne peut pas dire que le design de montres soit le point fort de la société Armatix. Sa montre connectée ne déparerait pas sur l’étagère d’un sportif des années 80. Mais il s’agit d’un concept intéressant, au croisement entre l’internet des objets et l’industrie de l’armement. Explication.

La société allemande Armatix GmbH, créée en 2004, s’est rendue célèbre par ses solutions de sécurisation d’armes de poing QuickLock et Baselock. Il s’agit de mécanismes mécaniques et électroniques permettant de sécuriser une arme en insérant un système de verrouillage (ci-dessous) dans le canon (pour les armes de poings) ou dans la chambre (pour les armes longues). Une fois inséré, il est impossible de supprimer le verrouillage sans rendre l’arme inutilisable, sauf à libérer le mécanisme par un code PIN, ou une combinaison empreinte digitale/code.

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Baselock reprend ce principe en concevant des « cabinets sécurisés » immobilisant le canon de l’arme tant que le code n’est pas entré.

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Mais la société a poussé le concept plus loin, avec son produit Smart System (oui, bon, ce ne sont pas des champions du marketing non plus). Il s’agit en l’occurrence d’une montre RFID qui dialogue avec le mécanisme interne de l’arme de poing : cette dernière (en l’occurrence, un pistolet IP1 développé sur fonds propres, de calibre 22). A quoi cela sert-il ? En premier lieu, à contrôler le statut de l’arme sur la montre, et notamment le niveau de munitions dans le chargeur.

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Mais la principale fonction de cette technologie, c’est de n’autoriser l’utilisation de l’arme que dans un rayon spécifique autour de la montre. Ainsi, en cas de vol, de perte, ou si le tireur est désarmé, l’arme devient inutilisable. Une autre application (TRS ou Target Response Systems) concerne les stands de tir : il est possible de n’autoriser le tir de l’arme que sur une cible RFID, et par un utilisateur donné ; si le tireur vise très en-dehors de la zone de ciblage, le tir est bloqué (ce qui permet de sécuriser les stands pour éviter tout incident de tir).

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La technologie fonctionne aujourd’hui parfaitement avec le pistolet IP1, et la société a entrepris des discussions avec d’autres partenaires pour adapter cette solution à d’autres armes de poing. Mais si le concept est original, il semble toutefois que la rentabilité ne soit pas au rendez-vous pour Armatix qui affiche plus de 14 MEUR de pertes et est placée en redressement judiciaire.

Arme trop chère (a priori 4x plus chère qu’une arme normale) ? Trop peu de demandes ? La question reste ouverte mais la récente éviction du P-DG Ernst Mauch intervient dans un débat dominé par la question de la viabilité industrielle de cette innovation, et de son adoption par le marché. Ce n’est pas le cas aux Etats-Unis en tout cas : sur 1200 licenciés interrogés, plus de 75% rejetaient le concept d’un « smart gun » qui pourrait être désactivé sans leur consentement. Mais à mon sens, le principal obstacle reste la vulnérabilité de la technologie au brouillage ou la prise de contrôle à distance d’une arme par un hacker mal intentionné (voir mon article ici sur les cyberguns).

Il existe de nombreux moyens de sécuriser une arme (et la première est de ne pas en distribuer comme des jouets à tout le monde) ; Armatix a peut-être poussé le bouchon un peu trop loin, en imaginant une solution à un problème qui n’en est pas vraiment un. Ou alors, il fallait demander à Breitling de réaliser la montre, parce que bon, quand même…

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Le réseau satellitaire MUOS (Mobile User Objective System) est un réseau tactique déployé par l’US Navy afin de fournir des services sécurisés de communication mobile pour les forces américaines. Il s’agit d’une constellation de satellite géostationnaires développée par Lockheed Martin, et dont le déploiement a débuté en 2012 – le quatrième satellite a été placé sur orbite en septembre dernier.

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Au-delà des capacités usuelles de communication UHF, les spécifications sont exigeantes : le système doit fournir des capacités de communication haute performance  (voix et données simultanées) aux forces (unités conventionnelles comme forces spéciales) sur le terrain, aux moyens aériens, aux sous-marins comme aux navires de surface. Et ce, partout dans le monde. Chaque satellite doit posséder une liaison UHF classique, compatible avec les terminaux existants, et une autre charge utile permettant de fournir une nouvelle capacité WCDMA avec un débit 16x plus élevé (ce sont des satellites dits « dual payload »).

Pour ce faire, des réflecteurs conventionnels (environ 5m de diamètre) ne suffisent pas, car il faut pouvoir fournir des capacités de couverture « au-delà de la vue directe ». Pour éviter de multiplier le nombre de satellites, les sous-traitants Harris et Vanguard ont trouvé une solution originale : envoyer des réflecteurs « pliables » qui se déploient une fois le satellite en orbite.

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Ces réflecteurs sont donc nettement plus grands : 14 m de diamètre chacun ! Mais la taille ne fait pas tout (sic). En l’occurrence, le poids est un gros problème :il faut éviter d’avoir des réflecteurs trop lourds, car en ce cas, le coût du lancement du satellite devient prohibitif.

Les fabricants Harris et Vanguard ont donc développé une nouvelle technologie baptisée FMR pour « Fixed Mesh Reflector » : une structure composite de haute densité capable de réduire de 50% la masse du réflecteur, avec la même efficacité qu’une surface traditionnelle. La composition exacte de la surface développée par Vanguard est tenue secrète, mais on sait qu’elle a des propriétés de transparence optique à 80% environ, ce qui lui permet notamment de ne pas projeter d’ombres sur le satellite (pas de différences de températures à gérer, pas d’obstruction des panneaux solaires).

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Enfin, le matériau ne souffre pas des vibrations structurelles acoustiques subies par le satellite durant la poussée. Les réflecteurs sont enroulés dans le satellite pendant le lancement, et se déroulent une fois le satellite en orbite.

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Cette technologie vient donc d’être utilisée opérationnellement avec succès cette semaine: les panneaux FMR de 14m du satellite MUOS-4 ont ainsi été déployés dans l’espace. Harris a fabriqué 10 réflecteurs FMR, permettant d’équiper le prochain satellite du réseau MUOS, ainsi que d’autres satellites de communication.

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Connaissez-vous le système Crossmatch SEEK II (Secure Electronic Enrollment Kit)? Il s’agit d’un outil d’identification portable utilisé par les forces spéciales américaines, ainsi que l’US Navy, et permettant, sur le terrain, de capturer une empreinte digitale, le visage, et le scan de l’iris d’un individu suspect, et d’interroger en temps réel une base de données (en l’occurrence celle du FBI) même si la couverture radio est faible.

Le système SEEK II est déjà une évolution du précédent système baptisé (vive les acronymes) BATS – pour Biometrics Automated Toolset, ou HIIDE pour Handheld Interagency Identification Detection System, qui ne permettaient la recherche que sur une base dite ABIS (Automated Biometric Information System – ouf !), ne contenant que les bases de données des personnes dans les pays dans lesquels les forces américaines opèrent. Ce système portable est connecté à un ordinateur portable DELL M4800 connecté aux bases de données aux Etats-Unis.

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 Tout cela pour dire que le concept d’un outil nomade d’identification biométrique est depuis longtemps intégré dans la doctrine américaine, notamment chez les Forces Spéciales (notamment les commandos SEALS).

Cet outil a notamment été utilisé dans l’identification du corps d’Oussama Ben Laden, ainsi que dans l’arrestation d’un certain nombre de terroristes présumés, après que leurs empreintes digitales ont été trouvées dans des caches d’explosifs. Incidemment, les autorités afghanes profitent de l’existence de l’outil pour recueillir les empreintes digitales de l’ensemble de la population, et établir des fichiers biométriques.

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Aujourd’hui, les FS américaines veulent se doter d’un nouvel outil dans le cadre du programme Identity Dominance system (IDS) 2, et capable notamment d’effectuer une identification à distance des individus contrôlés. Parmi les fonctions supplémentaires souhaitées, on trouve aussi l’identification via l’empreinte palmaire, la voix, l’empreinte génétique (ADN), la géométrie de la main, son réseau vasculaire, ou encore l’allure générale et la démarche (!). Et bien évidemment, sur la liste de Noël figurent l’autonomie, la compacité et le facteur de forme.

Un appel d’offres est émis par le US Marine Corps Command est en cours d’émission. Le point de contact peut être trouvé ici.

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Bon, effectivement, le titre est un peu bizarre. En l’occurrence, il correspond bien à l’engin présenté il y a quelques jours lors du show AUSA (Association of the United States Army Annual Meeting and Exposition)​ : un fusil, mais en fait non.

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Il s’agit en fait d’un outil combinant une antenne wi-fi avec un processeur Raspberry Pi. Pour mémoire, rappelons que le Raspberry Pi est un ordinateur low cost de la taille d’une carte de crédit. Le modèle Pi2B comporte 1Go de mémoire vive, un processeur ARMv7 4 cœurs d’une fréquence de 900Mhz, 4 ports USB et supporte Windows 10 tout cela pour la somme de… 35 EUR. Tout ceci pour information…il faut bien avouer que cela donne des idées.

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En l’occurrence, les idées sont celles de l’ US Army Cyber Institute qui a démontré l’outil au dernier show AUSA (Association of the United States Army Annual Meeting and Exposition)​. Son application : exploiter une faille de sécurité dans un drone quadrirotor Parrot, pour « l’abattre ». Ce n’est donc pas un véritable fusil, malgré son facteur de forme, mais une « cyber-arme » destinée à illustrer des capacités tactiques de soutien électronique à une mission.

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L’engin a été construit en une dizaine d’heures (et ça se voit…), pour un coût d’environ 150$, et a montré son efficacité à la fois dans l’interception de drones grand public, et dans l’ouverture d’un coffre électronique, à distance.

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Bon, ils ne remporteront pas le prix du design, mais le concept est innovant et intéressant ; il illustre également, malheureusement, la vulnérabilité des systèmes électroniques à des attaques ciblées rendues possibles par le rapport coût/puissance des processeurs actuels. La preuve : à la « black hat conference » annuelle, évènement de référence, certes un peu sulfureux, mais rassemblant les hackers de tous pays, les chercheurs Runa Sandvik et  ont montré ce qui arrive lorsqu’en combinant une antenne wi-fi et un ordinateur, on peut pirater un fusil « intelligent » comme les modèles à 13 000$ développés par la société TrackingPoint.

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De quoi parle t’on ? D’un fusil TP750 comme le modèle ci-dessus, comportant un processeur embarqué sous Linux, et, il faut le dire, assez incroyable. Une fois que l’utilisateur a rentré les paramètres comme le vent, la température, le type et le poids de la munition, il vise la cible, appuie sur la détente…et le fusil décide quand il doit tirer. Même à un km de distance, un débutant touche la cible.

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Les deux chercheurs ont détecté (après avoir acheté un tel fusil et réalisé la rétroingéniérie du code) que le système possédait des vulnérabilités. Le résultat ? En réalisant un cyberfusil analogue à celui développé par l’US Army Cyber Institute, ils ont fait « croire » au fusil qu’il était connecté à un serveur, et ont réussi, à distance, à en prendre le contrôle.

Le résultat fait froid dans le dos : ci-dessous, le tireur vise la cible à droite. A un moment donné, les hackers en prennent le contrôle et le fusil tire pile… dans la cible de gauche (et au centre, s’il vous plaît). Ils sont même allés jusqu’à prendre le contrôle total (« root ») du fusil, avec la possibilité d’empêcher tout tir.

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Tout cela illustre bien la course à la technologie, et à l’armement. Peut-être doit-on, au lieu de penser à ce qui pourrait se passer si une Intelligence Artificielle de haut niveau permettait à des robots maléfiques armés de conquérir le monde (voir mon article ici), se poser d’abord la question de protéger suffisamment les armes technologiques. Car un drone, armé ou non, pour un hacker, c’est avant tout un ordinateur qui vole. Un peu comme un canard pour un chasseur aguerri.

 

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C’est une innovation testée par l’US Army, et qui provient d’une société plutôt connue pour ses réalisations dans le domaine aéronautique et spatial. La société Orbital ATK, qui est quand même un producteur reconnu de munitions de petit calibre et de systèmes d’armes incluant des missiles, vient d’annoncer le test de son nouveau fusil X25, capable de neutraliser des adversaires cachés derrière un mur, ou enterrés dans des caches.

Le X25 est une arme semi-automatique, dénommée CDTE pour « Counter Defilade Target Engagement ». D’un calibre de 25mm, le fusil possède une portée maximale de 500 à 600m, et est construit en matériaux composites. Mais sa principale caractéristique est d’utiliser des munitions de type « airburst ».

Le principe ? Il s’agit d’une munition « intelligente » de 25mm, qui est programmée pour exploser après un temps de vol donné, par exemple 3 ou 4m au-dessus d’un adversaire, neutralisant ce dernier par un effet de souffle et la production d’éclats sur 360 degrés. Le tir est coordonné avec le laser permettant de calculer la distance à la cible (le « temps de vol » étant calculé par les rotations subies par la munition dès la sortie du canon).

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Cette capacité permet d’atteindre des cibles abritées derrière des obstacles sans avoir à les toucher directement. Généralement, les munitions sont envoyées en rafale : programmées en une fraction de seconde avant le tir, elles explosent séquentiellement au-dessus de l’objectif visé. L’effet est redoutable.

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Le X25, au-delà de son armement, intègre donc des capacités de programmation balistique de telles munitions (en l’espèce un système d’acquisition et de tir : target acquisition/fire control system ou TA/FC) permettant d’envisager une cadence de tir élevée. La portée optimale est en ce cas de 300m.

La vidéo ci-dessous présente le concept.

Une telle arme avait déjà été testée par l’US Army en Afghanistan en 2010. Les expérimentations actuelles pourraient rapidement déboucher sur une mise en service dès la fin 2016. Une version 40 mm est en cours de développement.

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Décidément, alors que sort la bande-annonce du futur opus de StarWars, le laser n’a jamais été aussi présent dans le domaine de l’innovation technologique de défense. Oublions les canons lasers pour détruire les drones (quoique) précédemment décrits dans ce blog, je reviens cette semaine sur deux informations provenant, comme à l’habitude, d’outre-Atlantique.

En premier lieu, l’US Army  (AMRDEC : U.S. Army Aviation and Missile Research Development and Engineering Center) et l’US Air Force (Air Combat Command et Redstone Test Center) ont annoncé un partenariat en vue de développer des véhicules type MRAP – Mine Resistant Ambush Protected – résistants aux mines et engins explosifs improvisés, dotés d’armes laser de déminage. L’idée est ainsi d’intégrer un Laser développé par l’Air Force (Zeus III) sur un MRAP de type Cougar (voir ci-dessous), afin de faire détoner à distance des bombes enterrées à 300m de distance.

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La problématique se pose typiquement dans le cas du « nettoyage » de pistes d’atterrissages minées, ou contaminées par des explosifs artisanaux, ou par des bombes non explosées. Avec l’engin baptisé RADBO (Recovery of Airbase Denied by Ordinance), il devient possible d’accélérer le nettoyage de telles zones. Pour ce faire, le RADBO dispose de deux alternateurs afin de procurer une intensité de 1100 ampères, suffisante pour faire fonctionner le laser. Ce dernier est placé sur un bras manipulateur permettant à l’équipage de manier le laser en restant à l’abri dans le véhicule. Une décharge du laser est capable de faire détoner 25 kg d’explosif.

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Le prototype ayant été jugé efficace, une première commande de 14 RADBO a été engagée.

La seconde annonce a été quant à elle réalisée par l’US Air Force, qui annonce vouloir déployer des armes laser sur l’ensemble de ses avions de combat d’ici…2020. Ces « pods à énergie dirigée » permettraient de neutraliser des missiles, des drones, et, ne nous en cachons pas, d’autres avions.

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Un premier candidat a été développé par la société General Atomics (connue pour ses drones PREDATOR et REAPER). Il s’agit du laser HELLADS (High Energy Liquid Laser Area Defense System), un laser de 150kW miniaturisé (moins de 5kg par kW, pour un volume de 3m cubes). Il s’agit d’un laser dit liquide, car à la différence des autres lasers utilisant des milieux solides, le faisceau passe à travers des couches de céramique baignées dans un liquide refroidissant circulant rapidement. Cela permet d’éviter le principal problème des lasers solides : la surchauffe qui oblige à tirer des impulsions laser. Le laser liquide permet quant à lui de générer des faisceaux continus sans surchauffe. La technologie précise est gardée confidentielle : General Atomics parle de « ThinZag Ceramic solid-state laser technology » (comprenne qui pourra).

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Une ambition certaine, mais qui pourrait connaître des décalages, car la DARPA n’envisage pas la généralisation de ces technologies avant…2030. Pour la sortie du 12e épisode de StarWars , sans doute…

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Lors du dernier salon AUSA (Association of the United States Army), la société Neany Inc a dévoilé un nouveau drone naval baptisé DragonSpy. Armé d’une arme automatique ARES 7.62, il repose sur une plateforme hybride diesel ou essence/électrique ; le prototype présenté lors d’AUSA était à propulsion uniquement électrique. L’arme repose sur un affut TRAP T360, développé par la société Precision Remote, une référence dans le domaine des armes automatiques autonomes et téléopérées (photo ci-dessous).

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L’engin de 3m40 est doté de capteurs et de capacités ISR (intelligence, surveillance, reconnaissance) dont une caméra i2Tech i200L et peut s’intégrer dans un système de drones aériens, tel le drone ARROW développé par Neany Inc., pour augmenter ses capacités de reconnaissance. Il possède également un système de ciblage et d’interception de cibles automatique, ce qui ne manquera pas de déclencher l’ire des adversaires du recours aux SALA (systèmes d’armes létaux autonomes). Le système d’armes du DragonSpy a été testé avec succès en conditions opérationnelles, annonce la société.

L’engin est capable de fonctionner dans moins de 50 cm d’eau, et possède une vitesse de pointe de dix nœuds – le prototype dévoilé à AUSA est capable quant à lui de maintenir pendant 3h une vitesse de six nœuds en propulsion électrique. Reste encore à savoir comment se comporte la plate-forme dans des rapides ou des eaux agitées.

Ce n’est bien évidemment pas le premier (ni le dernier !) drone naval autonome ; a titre d’exemple, voici le système CARACaS (Control Architecture for Robotic Agent Command and Sensing) développé par l’ONR (Office of Naval Research) américain, et capable de contrôler un essaim de drones navals. La vidéo est assez impressionnante :

Dans le cas de DragonSpy, l’emploi est assez équivalent, mais la plate-forme, plus compacte, permet de patrouiller dans des eaux peu profondes. Une version future pourrait même incorporer une plate-forme pour un drone quadricoptère embarqué (on la voit d’ailleurs dans la photo ci-dessous prise lors d’AUSA et qui montre le nouvel aspect du DragonSpy).

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La société envisage de généraliser le concept sur plusieurs types de plateformes navales. Le DragonSpy quant à lui serait utilisé pour des missions de patrouille et d’interdiction de zones (frontières, centrales nucléaires ou autres zones sensibles).