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iRobot, tout le monde connait – en particulier par son robot aspirateur Roomba autonome, l’un des meilleurs modèles du marché, et un précurseur dans son domaine. Mais iRobot, c’est moins connu, c’est également une société de robotique militaire. C’est cette dernière activité qui vient d’être cédée au groupe Arlington Capital Partners, pour 45 millions de $.

La division militaire d’iRobot développe des robots d’exploration comme le 110 FirstLook (voir ci-dessous), un robot de reconnaissance léger, robuste, capable d’effectuer des missions de reconnaissance NRBC, de vérification de véhicule ou d’exploration d’un environnement rendu complexe par la présence de fumées, ou de débris.

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A l’autre extrémité du spectre, on peut également citer le robot 710 Kobra, capable de grimper des escaliers et de réaliser des missions de déminage sur tout terrain, par tous les temps. Ces robots sont fondés sur un socle commun : deux chenilles, une plate-forme capable d’héberger différentes charges utiles, et un second couple de chenilles (amovibles) sur l’avant, permettant de monter des escaliers ou d’escalader des obstacles.

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La cession de sa division militaire a pour objectif de permettre à iRobot de se consacrer totalement au domaine de la robotique grand public. La nouvelle société issue de l’opération et détenue à 100% par des capitaux privés sera donc totalement dédiée au monde de la défense et de la sécurité. Son directeur général sera Sean Bielat, un ancien officier des US Marines.

Cette annonce a au moins le mérite de clarifier les intentions de la société dans le domaine de la robotique militaire. D’autres entités, comme Boston Dynamics, ont des stratégies moins claires : rachetée par Google en décembre 2013, cette dernière société, créatrice de robots célèbres comme « Alpha Dog » ou « Cheetah »  n’a toujours pas précisé sa stratégie dans le monde de la défense. Malgré les intentions de Google de « stopper tout développement de Boston Dynamics dans le militaire » (une posture dictée par une volonté d’affichage vers le grand public), les contrats de développement avec le DoD américain se poursuivent. Et l’on ne compte plus les sociétés de robotique achetées par Google (aujourd’hui Alphabet) : Meka, Redwood Robotics, Schaft, Industrial Perception, … sans compter ses développements dans les véhicules autonomes.

Mais le débat sur Google et la robotique est biaisé par les SALA (systèmes d’armes létaux autonomes), un concept qui pollue en fait la totalité du débat sur la robotique militaire. Il suffit de regarder les activités de iRobot, de Nexter Robotics ou de Tecdron pour constater que la robotique militaire, c’est aujourd’hui autre chose que des systèmes d’armes. Bon, même si iRobot avait déjà fait des essais d’armement de son robot 710 avec le concours de Metal Storm.

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Compte tenu de l’historique dans le domaine, nul doute que la DARPA constituera une source de financement importante pour la nouvelle société issue d’iRobot. Car les défis sont loin d’être résolus aujourd’hui : un robot a encore du mal à ouvrir une porte ou évoluer de manière complètement autonome dans un environnement non structuré, complexe et changeant.

Le nom de la nouvelle société sera révélé à l’issue de la transaction, dont la phase légale doit encore durer 90 jours.

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Nous avons déjà abondamment parlé dans ce blog des questions liées au développement de la robotique militaire et en particulier de la robotique de théâtre. Aux aspects éthiques et à la doctrine d’emploi s’ajoute aujourd’hui un nouveau défi : se débarrasser du bruit infernal de ces nouvelles machines.

Vous avez en effet sans doute déjà aperçu la machine développée par Boston Dynamics, société rachetée en 2013 par Google (aujourd’hui Alphabet), et destinée à alléger le combattant, en assurant le transport du matériel lourd, des équipements de communication, de la nourriture et de l’eau. Baptisée AlphaDog mais répondant au nom officiel de LS3 pour Legged Squad Support System, la bestiole a été successivement connue sous le nom de Mule et de Big Dog.

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Après un programme de 32 millions de $ (si, si), une expérimentation grandeur nature dans le cadre des exercices Pacific Rim, les US Marines viennent d’annoncer leur décision de ne pas mettre AlphaDog en service. La raison : le bruit !

Car le robot est motorisé par un moteur à deux temps à un cylindre, d’une puissance de 15 ch et tournant à 9 000 tours par minute. Et il fait le bruit d’une tondeuse à gazon : un sérieux souci dans un contexte opérationnel réel, comme celui d’une patrouille, ou d’une reconnaissance avancée. En gros, l’ennemi n’a plus besoin de positionner des sentinelles : il entend la patrouille arriver à 1km. Pas vraiment discret…

Alphabet a essayé de résoudre le problème en réalisant une nouvelle version du robot, baptisée SPOT, et dotée d’un moteur électrique. Si ce dernier a effectivement permis de réduire le niveau de bruit, il a divisé la capacité d’emport par 10, et a généré des problèmes insolubles d’autonomie, et de pilotage (une négation en soi du concept de robot autonome).

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Le fondateur de Boston Dynamics, Marc Raibert, a vertement répliqué en affirmant que le projet LS3 était avant tout un projet de recherche, et qu’il avait permis de lever un certain nombre de risques technologiques, liés à l’emploi d’un robot autonome quadrupède en environnement réel. En ce sens, il a raison : les prochaines générations pourront effectivement se reposer sur les résultats de ce programme. D’ailleurs, Alpha Dog est bien plus silencieux que ses prédécesseurs.

Il reste néanmoins vrai que le silence devra, en plus de l’autonomie et des capacités, être mis au premier plan des critères opérationnels pertinents pour le développement d’une réelle robotique de théâtre. Sans doute ce critère inspirera-t’il les concepteurs des défis du prochain DARPA Robotics Challenge…

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Il ne s’agit pas d’une thématique technologique a priori aussi séduisante que la mise au point d’un nouveau système d’armes ou la numérisation de l’espace de bataille, mais la diminution de la charge du combattant est aujourd’hui une problématique centrale et prégnante des opérationnels. Qu’il s’agisse du programme FELIN (Fantassin à Equipements et Liaisons Intégrés) ou d’autres équipements modernes du fantassin débarqué, celui-ci est régulièrement confronté à ses limites physiques.

Un fantassin FELIN, par exemple, doit supporter 45 kg d’équipement au minimum (40 kg pour le FELIN prochainement valorisé au standard V1.3). Ce n’est certes pas supérieur à un fantassin des années 2000 non équipé de FELIN, mais cela devient rapidement difficilement supportable lors d’un combat de haute intensité dans le massif des Ifoghas.  Et si un soldat français porte en moyenne 45 kg, son homologue américain est plus proche des 70 kg de charge.

C’est pourquoi la DARPA (encore elle, mais c’est normal dans une telle thématique) s’est penchée sur le sujet, et a mis en place un programme baptisé Warrior Web, et destiné à développer une combinaison pour diminuer les blessures et la fatigue due à la charge du combattant.

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Cette combinaison souple mais instrumentée, devant être portée en-dessous des vêtements tactiques, et ne consommant pas plus de 100 watts, doit permettre de réduire les blessures musculo-squelettiques en particulier au niveau des articulations, des épaules et du bas du dos. L’objectif est ambitieux : permettre à un soldat de parcourir 1,6 km (1 mile) en 4 minutes !

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Le Warrior Web ALPHA (première phase) consiste donc en un« exosquelette souple » conçu en collaboration avec Boston Dynamics, la société célèbre pour ses robots – notamment le « MULE » – , récemment rachetée par Google. Les photos illustrant cet article correspondent aux trois prototypes du Warrior Web ALPHA.

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La phase BRAVO est focalisée sur les matériaux souples, les technologies de protection, ainsi que les technologies permettant d’améliorer les mouvements de saut, course, grimpe, etc… et a fait l’objet d’un appel à propositions en 2013.

Images (c) DARPA