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Bonjour à tous. Comme j’ai eu l’occasion de le signaler dans un précédent post , je ne puis plus continuer pour l’instant ce blog de la même manière qu’auparavant. Pour autant, l’Agence de l’Innovation ainsi que les autres acteurs du ministère (DGA, EMA, SGA…) sont actifs, et je vais donc utiliser ce blog pour relayer les différentes actions ou initiatives que nous menons, et vous tenir au courant des réflexions de l’Agence.

Je commence donc aujourd’hui, en relayant deux appels à projets de l’Agence :

  • Un appel à partenariats à destination des acteurs civils de l’écosystème d’innovation et de soutien à l’entreprenariat (fonds d’investissement, incubateurs, accélérateurs etc.). Il est visible ici
  • Un appel à projets avec le soutien de la direction de la maintenance aéronautique (DMAé) et de l’Armée de l’Air, portant sur l’amélioration des techniques de contrôles non destructifs des aéronefs dans le cadre de la maintenance aéronautique. Voici la page de description.

J’en profite pour vous rappeler la page Internet (en attendant) officielle de l’Agence d’innovation de défense: https://www.defense.gouv.fr/aid. A bientôt sur la fréquence.

Pourquoi ce silence??

Publié: 2 mars 2019 dans Non classé

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Chers amis et abonnés

Vous avez pu le constater, ce site est désormais un peu (voire très) silencieux. La raison en est la suivante: certains lecteurs ne font plus la différence entre une activité de veille personnelle et mes fonctions de directeur de l’Agence de l’Innovation de Défense – ce que je peux comprendre puisque l’auteur est le même. Cela pose toutefois problème.

Dans la mesure où chaque article peut éventuellement donner lieu à des interprétations ou récupérations, j’ai donc décidé de mettre le site en sommeil, jusqu’à la mise en ligne du site de l’agence et de son blog. Ces derniers pourront bientôt être relayés sur vmf214.net – j’espère que vous comprenez tous ma position. Je poursuis évidemment mon activité de veille, qui désormais est orientée exclusivement vers l’Agence. J’aime à penser que vous continuerez à me suivre, via l’activité de ce nouvel organisme qui mobilise désormais toute mon attention, au service de nos opérationnels et de nos armées.

A très bientôt, et merci à tous

 

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L’innovation navale de défense est décidément en plein boom. Après une semaine pendant laquelle j’ai pu parcourir l’excellent salon Euronaval 2018 et découvrir de véritables innovations sur les stands des grands, des moins grands, et des tout petits (notamment au sein de l’exposition Seannovation), un petit retour sur une nouvelle de début octobre, passée relativement inaperçue.

Le sujet ? Un projet chinois baptisé Guanlan (traduction approximative : « observer les grandes vagues ») qui vise à développer un satellite LIDAR capable de détecter les sous-marins en plongée. En premier lieu, et pour bien expliquer le concept, je me permets un petit rappel sur le LIDAR.

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Pour faire simple, un LIDAR est un radar qui émet des impulsions à fréquences très élevées, dans le spectre visible ou infrarouge des ondes électromagnétiques, en utilisant généralement un laser. L’acronyme LIDAR signifie « light detection and ranging » (le « r » de radar signifiant quant à lui « radio »). Si l’on en parle beaucoup aujourd’hui (toutes les voitures autonomes utilisent un LIDAR – p.ex illustration ci-dessus), cette technologie est en réalité relativement ancienne. Elle a été développée dans le domaine spatial dans les années 70: sa première application était l’établissement d’une cartographie de la Lune lors de la mission Apollo 15.

Le LIDAR est également utilisé en archéologie, pour permettre de cartographier une zone en révélant ce qui se cache sous la surface. Et, bien entendu, sous l’eau.

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Le projet Guanlan repose sur l’émission d’impulsion laser de différentes couleurs (donc de différentes fréquences) permettant de détecter des cibles à différentes profondeurs.

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L’idée est de scanner une bande de 100km de large, tout en étant capable de focaliser le faisceau sur un rectangle de 1km de large. La question : comment détecter un sous-marin caché dans une zone d’une telle taille ?

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L’équipe chinoise a donc dévoilé sa stratégie : coupler le LIDAR à un radar micro-ondes, capable de mesurer le mouvement de la surface de manière extrêmement précise. Le radar recherche ainsi les perturbations de la surface de l’eau qui pourraient témoigner de la présence d’un sous-marin immergé, afin de pouvoir focaliser le faisceau laser sur l’emplacement de la cible présumée.

Le faisceau se focalisera sur la thermocline, c’est-à-dire la couche dans laquelle on observe une inflexion brutale de la température, c’est à dire la frontière entre une masse d’eau froide, profonde et une masse d’eau superficielle plus chaude. Cette zone est généralement exploitée par les sous-marins afin d’éviter la détection (les ondes sonar se propageant différemment en fonction de la thermique sous-marine).

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Les chinois annoncent une détection théorique jusqu’à une profondeur de 500m. Le satellite serait en cours de développement (comme à l’accoutumée, il faut prendre les déclarations chinoises avec une certaine prudence) par plus de 20 instituts chinois disséminés sur le territoire. L’institut responsable du projet serait le Pilot National Laboratory for Marine Science and Technology situé à Qingdao (sud-est de la Chine).

Maintenant, une certaine prudence s’impose, surtout si l’on considère que cette technologie a déjà été examinée dans un tel contexte, notamment mais non exclusivement par la DARPA (voir par exemple le Deep Sea Operations Program) avec des résultats mitigés . Il conviendra également de se poser la question de la sensibilité aux conditions de surface et de mer, ou à la présence d’organismes vivants comme les bancs de poissons. Quid également de la turbidité de l’eau, ou de la présence de nuages (puisque le laser est déporté en orbite)…  Enfin, les LIDAR peuvent être diffractés, notamment lorsqu’ils traversent des milieux de températures ou de salinité différents – les expérimentations réalisés par les Etats-Unis ou la Russie n’ont pas été concluants au-delà de 200 m de fond. Alors même si le Laser semble développé par le très sérieux institut Xian Institute of Optics and Precision Mechanics Institute, percer la mer par 500m de fond semble très complexe, voire impossible.

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En tout cas, encore une nouvelle annonce provenant de la Chine et destinée à démontrer le sérieux de la volonté du pays à s’imposer comme une superpuissance technologique militaire comme en témoigne (mais ce sera pour un nouvel article) le projet Deep Blue Brain destiné à développer un ordinateur exaflopique (1000 fois plus puissant que le plus puissant superordinateur actuel) avant 2020.

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Tous ceux qui ont visité le magnifique musée de l’automobile de Turin (que je conseille sans aucune hésitation) se rendront compte que la roue, le pneu, bref, le moyen de se mouvoir pour un véhicule terrestre n’est pas forcément aussi simple qu’il n’y paraît. On y voit une collection fascinante de roues, de pneus, de concepts plus ingénieux les uns que les autres. Comme quoi, rouler, ce n’est pas simple.

En particulier, dans le monde du combat terrestre, se déplacer rapidement peut être une alternative à la course au blindage et à la protection. J’avais d’ailleurs déjà parlé dans ce blog des défis conçus par la DARPA (l’agence américaine pour les projets avancés de recherche en matière de défense). Parmi ceux-ci, le défi GXV-T (Ground X-Vehicle Technology, qui visait il y a quelques temps à inventer un nouveau concept pour le véhicule armé blindé du futur. Plus que le char de l’avenir, l’idée consistait en particulier à lutter contre l’idée que ce véhicule serait plus lourd, plus blindé, plus résistant. Avec un objectif déclaré : réduire le poids du véhicule de moitié, doubler leur vitesse de pointe (donc remplacer la protection par l’agilité et la vitesse), tout en étant capable de se déplacer sur 95% des terrains imaginables.

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Un défi ambitieux qui a permis de développer un concept novateur : un véhicule agile, transformable, doté de toutes les technologies de navigation modernes, de LIDARs permettant de cartographier l’environnement, ou encore d’un cockpit mettant en œuvre des technologies de réalité augmentée permettant de tracer l’itinéraire le plus efficace d’un point de vue tactique, avec des pare-brise virtuels utilisant des caméras en lieu et place de vitrage.

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Mais l’une des innovations les plus inattendues porte sur une technologie que chacun d’entre nous considère immuable – à tort – : la roue.

Outre des technologies finalement assez connues (l’idée de mettre par exemple le moteur à l’intérieur de la roue, un concept baptisé Electric In-Hub motor développé avec la société QinetiQ, mais connue par les constructeurs et équipementiers automobiles) le défi a permis de développer un nouveau concept : le MMES pour « Multi-mode Extreme Travel Suspension ».

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Le concept est le suivant : la roue n’est plus un dispositif fixe, mais un système, qui s’adapte au terrain et à ses irrégularités. Le système MMES a pour objectif d’ajuster dynamiquement la hauteur et la forme de la roue en fonction du terrain.

Les roues MMES du véhicule concept GXV-T sont donc des roues adaptatives hydrauliques indépendantes, qui s’ajustent au relief du terrain afin de conserver une assise stable au véhicule. Voir la vidéo ci-dessous :

Mais un système concurrent, baptisé RWT pour Reconfigurable Wheel-Track, va plus loin. La roue devient un système robotisé muni de capteurs. Sur un terrain normalement praticable, rien à signaler : la roue est un cercle qui fonctionne de manière classique. Mais dès lors que le terrain devient irrégulier ou glissant, la roue devient triangulaire, fonctionnant à la manière d’une chenille (voir la vidéo ci-après) :

Et cela semble fonctionner sur la boue, la neige, ou les surfaces glissantes comme le gravier. Outre le caractère ingénieux de la chose, j’aime beaucoup cette innovation car elle montre bien que ce que l’on prend pour acquis (la roue) est quand même susceptible d’évoluer, de progresser, d’innover.

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Le système a été développé par les cadors (sic) de la robotique, le Carnegie Mellon University National Robotics Engineering Center (CMU NREC). Et le concept fonctionne : il a été testé sur une base de véhicule HUMVEE au Maryland.

L’innovation, c’est un état d’esprit, et réinventer la roue en est indubitablement l’illustration…

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Bon, je sais ce que vous allez me dire : il a dit qu’il continuait son blog, et rien ne se passe… Effectivement, je plaide coupable. Depuis que j’ai rejoint le ministère, et l’Agence de l’Innovation de Défense, je suis un peu  à la traîne question blog. Je plaide coupable donc, mais cela ne peut que s’arranger.

Alors pour reprendre les bonnes habitudes, un petit article sur l’irruption de la technologie civile dans le monde opérationnel. Un exemple qui nous vient des Etats-Unis, mais ne vous inquiétez pas, à la fin de cet article (oui, je fais du teasing), vous verrez qu’en France, nous ne sommes pas en reste sur l’innovation de défense.

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Partons pour les USA, donc, et en particulier pour Quantico, lieu mythique des US Marines, qui comme chaque année, accueille l’exposition « Modern Day Marine ». Pendant trois jours, cette exposition présente les dernières tendances et derniers matériels au service du « marine de demain ».

En vedette cette année, le DS EZ Raider, un scooter électrique distribué par Mistral Inc. La bestiole ne pèse que 70 kilos, mais possède une capacité d’emport de plus de 200 kg. Il s’agit d’un scooter durci, aérotransportable, tout terrain et muni de 4 roues. Sa vitesse de pointe est de 70 km/h, ce qui est loin d’être ridicule. Un hélicoptère blackhawk peut transporter trois de ces bestioles.

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Donc du tout-électrique, capable d’assurer une fonction tactique élémentaire (pas de fonction militaire spécifique, mais un engin capable d’être projeté sur un théâtre, et immédiatement utilisable par n’importe quel soldat sans nécessité de formation spéciale). Reste à voir l’efficacité de l’engin et en particulier de ses batteries en environnement exigeant, désertique ou au contraire glacial. Une problématique qui n’est généralement pas la priorité des constructeurs civils.

A Modern Day Marine, on trouve aussi de la réalité augmentée – en l’occurrence les lunettes Hololens de Microsoft, utilisées lors d’une expérimentation par le Marine Corps Warfighting Lab. En l’occurrence, il s’agit d’entraîner les opérateurs de maintenance à s’entraîner à travailler sur un modèle virtuel 3D du 155mm Howitzer.

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Bon, franchement, je suis toujours un peu dubitatif sur la fonction « entraînement » de la réalité augmentée. Autant son utilisation pour de la maintenance à distance me semble apporter un réel avantage permettant à un opérateur non entraîné de faire appel à un expert, autant pour un entraînement, je suis assez réservé.

Le danger est en effet de faire de l’apprentissage négatif, c’est-à-dire d’apprendre de mauvais gestes ou de mauvais réflexes, dans la mesure où – en particulier – les retours haptiques ne sont pas reproduits. Le risque est encore plus grand en réalité virtuelle.

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Au show Modern Day Marine, on trouvait aussi un laser anti-drone développé par Boeing (et dont nous avions déjà parlé dans ce blog), le drone Bell V247 Vigilant (ci-dessus) que la société a l’intention de vendre au US Marine Corps ou encore le concept de 70mm FLETCHER capable de lancer des roquettes guidées, et destiné au combat asymétrique (ci-dessous).

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Une exposition intéressante, même si, d’après certains observateurs, il était difficile d’identifier un fil conducteur – une petite impression de « concours Lépine » du Marine, donc. Un écueil que nous nous efforcerons d’éviter (le teasing dont je parlais) lors du Forum Innovation Défense du ministère des armées.

Je vous donne rendez-vous du 22 au 24 novembre à Paris, pour une exposition ouverte au grand public, des animations inédites, des keynotes et ateliers passionnants et des démonstrations interactives, au cœur de Paris. De quoi me faire pardonner mon silence de ce dernier mois.

 

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Chers amis lecteurs, comme vous le savez, j’ai aujourd’hui de nouvelles responsabilités. Je prends à compter de ce jour avec enthousiasme et fierté la direction de la nouvelle Agence de l’Innovation de Défense du Ministère des Armées. Je ne cesserai pas d’écrire dans ce blog, à titre personnel, mais je dois avouer que ces jours, et ces dernières semaines, la préparation de la création de l’Agence a pris la totalité de mon temps de cerveau disponible.

Je vous promets donc très rapidement de reprendre le cours normal de ce blog, d’autant que de nombreuses technologies utiles pour la défense font aujourd’hui l’actualité: malwares utilisant l’IA, course à l’hypervélocité, ou agents coopératifs intelligents… Tiens, juste pour pour vous mettre en appétit: connaissez vous Quake III Arena? C’est un jeu connu depuis… oulah, pas mal de temps, qui consiste à opposer deux équipes dans un environnement en 3D temps réel, chaque équipe ayant pour objectif de capturer le pavillon de l’ennemi.

Pour la première fois, une équipe de 2 agents dotés d’intelligence artificielle a battu une équipe humaine très expérimentée. Bon, dit comme cela, rien d’étonnant… sauf que l’IA n’a pas utilisé d’informations numériques (distance entre les adversaires, statut de chaque entité…) mais a appris toute seule à comprendre l’environnement virtuel 3D présenté à l’écran, comme le ferait un joueur humain. L’IA a ainsi appris de manière autonome, en jouant 450 000 parties contre elle-même. Le résultat: l’équipe « IA » (en réalité celle de Google Deepmind) a gagné avec un taux de 74% de réussite contre des joueurs humains aguerris (65% dans un jeu de 4 contre 4, ce qui est toujours mieux que des adversaires humains). Dans le graphe ci-dessous, l’IA correspond à l’équipe FTW.

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Ce résultat montre qu’il est possible, pour des agents artificiels coopératifs, d’apprendre de manière autonome, en s’aidant uniquement des informations visuelles et contextuelles de l’environnement (certes simplifié dans le cadre de cette expérimentation), donc sans tricher. Maintenant, je suis bien évidemment conscient de la simplification de cette expérimentation, et en particulier du jeu utilisé (règles élémentaires, environnement simpliste). Je ne dis certainement pas qu’il s’agit d’une révolution dans le domaine de l’apprentissage, mais je trouve juste l’approche intéressante. Appliquée à un environnement militaire, cette expérimentation amène à considérer des systèmes intelligents, capables d’élaborer et de faire émerger des tactiques en fonction des seuls indices présents dans l’environnement.

L’IA est donc encore une fois une technologie d’importance militaire évidente; j’aborde ce sujet dans l’émission « Géopolitique: le débat » de RFI dont vous retrouverez le podcast ici, dans l’attente de vous retrouver dès lors que ce blog aura repris son fil normal. Amicalement à tous mes lecteurs, et à bientôt.

L’espion du futur

Publié: 19 août 2018 dans Non classé

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Une petite intervention de votre serviteur dans l’émission de France Inter « Double je » consacrée a l’espion du futur.

Pour écouter c’est ici