Archives de la catégorie ‘Non classé’

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Non, non, ce n’est pas une plaisanterie. L’US Army a bien passé un contrat à un laboratoire pour concevoir des sous-vêtements à base de soie d’araignée… Explication.

La soie d’araignée est depuis très longtemps connue pour ses propriétés de résistance incroyable. Elle est en effet solide comme de l’acier, et plus résistante que le Kevlar, pour une densité proche de celle du coton ! En fait, la fibre de soie d’araignée est constituée de deux composants : l’un cristallin et organisé (représentant environ 20% de la fibre) et l’autre amorphe, constitué de peptides longs et désorganisés.

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Comme ces deux composants sont intriqués, la fibre est à la fois élastique (grâce aux composants amorphes), et solide grâce à la répartition des cristaux. Je ne rentre pas dans le détail, vous pourrez lire tout cela dans cet article du Biophysical Journal (bon courage).

Cette compréhension des mécanismes de résistance de la soie d’araignée permet d’imaginer la meilleure manière de l’améliorer, puisqu’il est aujourd’hui possible de créer de la soie génétiquement modifiée, ou en tout cas de la produire en utilisant des techniques de manipulation moléculaire.

En ce qui concerne l’amélioration recherchée, l’idée est de faire en sorte que les composants cristallins et amorphes soient alternés dans la fibre sous forme de disques empilés – plusieurs modélisations ont en effet montré qu’en ce cas, les propriétés de la soie étaient considérablement améliorées.

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C’est ce qu’a fait le laboratoire américain Kraig Biocraft Laboratories Inc., basé dans le Michigan, en créant un nouveau produit baptisé DragonSilk. Cette « super-soie d’araignée » est produite par des vers à soie, modifiés génétiquement en ayant reçu des gènes d’araignée (pour la petite histoire, il n’est pas possible de faire produire la soie à des colonies d’araignées, car elles se dévoreraient entre elles…). Il s’agit donc d’injecter un vecteur moléculaire construit par le laboratoire dans les œufs de vers à soie, permettant la production de ce nouveau produit. Pour les irréductibles lecteurs d’articles scientifiques, en voici un autre, issu du prestigieux journal PNAS, qui explique le principe.

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La nouvelle soie possède des caractéristiques intermédiaires par rapport à la fois à la soie d’araignée, et à la soie normale produite par les vers à soie. Elle est bien plus solide que cette dernière et possède bien plus d’élasticité que le Kevlar (40% contre 3%) pour la moitié de la résistance de ce dernier, ce qui n’est déjà pas mal du tout. Du coup, bien que moins solide, un tissu fabriqué à partir du DragonSilk serait bien plus capable d’absorber l’énergie que le Kevlar. C’est là que l’US Army entre en jeu.

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L’armée américaine a en effet passé un petit contrat de 1M$ au laboratoire, pour concevoir, produire et déployer des tissus à base de DragonSilk afin de protéger les combattants. Pour être précis, en l’occurrence, afin de protéger les parties les plus… intimes des fantassins. Car selon les chiffres divulgués, entre 2001 et 2013, 1378 soldats américains ayant servi en Irak et en Afghanistan auraient subi des blessures des organes génitaux, en particulier dues à des IED, et parmi ces 1378 blessures, 65 auraient mené à des… amputations (ouille…).

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Les premiers échantillons ont été livrés par Kraig Biocraft à l’US Army, et des tests de protection balistique devraient avoir lieu très prochainement. La société a en effet reçu ce mois-ci des fonds supplémentaire pour poursuivre ses recherches…sensibles.

Vous trouverez le dernier numéro de « Spider Sense », le magazine de Kraig Biocraft, ici 

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Lorsque l’on parle de robotique et d’aéronautique, on pense de prime abord aux drones, aux véhicules robotisés, mais pas aux fonctions de service ou de soutien. C’est pourquoi le programme AR3P mérite un petit éclairage.

AR3P cela signifie Autonomous & Robotic Remote Refueling Point (point de ravitaillement en essence autonome et robotisé). Il s’agit d’un programme développé par l’US Army Aviation and Missile Research, Development and Engineering Center et qui vise à démontrer la pertinence d’utiliser des points de ravitaillement totalement autonomes pour les voilures tournantes, avec deux préoccupations en tête : limiter le temps passé au sol pour les hélicoptères militaires, et éviter de devoir déployer des équipes humaines dans des centres de ravitaillement isolés.

Il est vrai qu’un point de ravitaillement, c’est en soi une cible militaire – dès lors, on conçoit bien l’intérêt d’un centre totalement automatisé, sans présence humaine. Ce faisant, on devient capable de créer des points de ravitaillement avancés (uFARP ou unmanned Forward Area Refueling Points) sur le modèle des bases opérationnelles avancées (ou FOB), c’est-à-dire partout, y compris en territoire hostile.

L’idée est donc de permettre ce que l’on appelle un « Quick Hook-up », un ravitaillement extrêmement rapide, utilisant des bras robotisés capables de s’auto-aligner avec la perche ou l’orifice de ravitaillement, bardés de capteurs et articulés afin de permettre de s’adapter aux différents types d’appareils.

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Le centre de l’US Army vient donc de conduire un test, une démonstration limitée du concept (Limited Initial Capabilities Demonstration) en utilisant des modules robotiques du commerce, à l’exception de la sortie du carburant, qui a fait l’objet d’un prototypage par fabrication additive (impression 3D).

La vidéo ci-après présente le projet AR3P, qui en soi n’est pas limité aux seuls hélicoptères mais envisage également les capacités de ravitaillement automatique en vol pour les drones de combat (la voix assurant le commentaire est également robotisée !)

En fait, le système ressemble à celui développé par TESLA pour ses stations de rechargement automatique (ci-dessous) même si évidemment le concept est – en ce qui concerne AR3P) bien plus élaboré.

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On retrouve néanmoins les mêmes fonctions, et notamment l’utilisation d’un bras autonome articulé, capable de s’auto-aligner avec l’orifice de ravitaillement. Dans un contexte opérationnel, le processus est bien plus complexe car il serait inconcevable soit d’endommager l’appareil, soit de connaître un problème en cours de ravitaillement qui immobilise dangereusement l’hélicoptère et son équipage au sol. C’est pourquoi le programme AR3P sera conduit en plusieurs phases : actuellement en phase 2 (levée de risque), il comprend une phase 3 (test du concept sur un appareil Mosquito) et une phase 4 finale permettant de développer un système opérationnel pour les hélicoptères de combat AH-64 Apache.

Compte tenu de l’excellent niveau technologique de la France, notamment en termes de robotique, il pourrait être intéressant de lancer chez nous quelques études permettant de développer un concept similaire pour nos hélicoptères de combat ou de transport. Voire à d’autres types de véhicules, ou de navires… Une idée en passant.

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Ce qui est bien quand on tient un blog comme le mien avec la « Black Hat Conference », c’est qu’on est sûr que chaque édition apportera son lot d’innovations, pour nous convaincre que décidément, la sécurité informatique dans notre monde hyperconnecté, ce n’est pas de la tarte.

Rappelons que la Black Hat Conference est un événement annuel créé il y a maintenant vingt ans par Jeff Moss (également fondateur de la conférence DEFCON), et qui rassemble différents « briefings » sous forme de conférences à Las Vegas, Amsterdam, Tokyo et Washington (plus quelques autres événements). Le sujet est celui de la cybersécurité et vise à partager l’état de l’art sur le domaine, et les bonnes pratiques associées. Pour faire simple : c’est la messe annuelle des hackers !

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Cette fois-ci, l’innovation vient de l’équipe Alibaba Security, le département de sécurité informatique du groupe chinois Alibaba. En partenariat avec la prestigieuse université pékinoise de Tsinghua, l’équipe a présenté une conférence/démo intitulée « Sonic Gun to Smart Devices » et sous-titrée « comment vos appareils peuvent être contrôlés par des sons ou des ultrasons ».

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L’idée est de montrer que les systèmes embarqués dans une tablette, un smartphone ou un drone, tels que les gyroscopes, accéléromètres ou autres systèmes microélectromécaniques (ce que l’on appelle des MEMS) sont en fait sensibles aux sons ou aux ultrasons. Le principe est en fait simple : il consiste à trouver ce que l’on appelle la fréquence de résonance du système ciblé.

Prenons l’exemple d’un gyroscope ou d’un accéléromètre. Ces systèmes peuvent être comparés avec des systèmes « masses-ressorts » mais à l’échelle microscopique (ce sont souvent des accéléromètres soit capacitifs – ci-dessous, soit piézo-électriques).

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Ils possèdent une fréquence de résonance qui leur est propre : toute interférence avec celle-ci provoque donc un leurrage de la stabilité du capteur, ce qui amène ce dernier à envoyer des données erronées.

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C’est donc le principe des attaques menées par l’équipe Alibaba. Les chercheurs ont ainsi utilisé une « arme ultrasonique » (en gros, un système de génération d’ultrasons, réalisés à la main dans leur atelier) permettant de moduler la fréquence des sons afin qu’elle corresponde à la fréquence de résonance du capteur MEMS visé.

Une fois la fréquence de résonance atteinte, le capteur vibre et devient désorienté, car il perd sa référence stable, il envoie donc des valeurs fausse au système qui l’héberge.

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Une première démonstration assez impressionnante montre ce que l’on peut faire en piratant ainsi un casque de réalité virtuelle Oculus Rift (le sac en papier pour l’infortuné qui porterait le casque n’est pas fourni) – les chercheurs ont montré une attaque analogue sur un HTC Vive ou des lunettes Hololens.

Bon, vous me direz « et alors » ? Alors… il y a pléthore de systèmes qui pourraient être piratés de cette manière. Les auteurs ont ainsi démontré des attaques sur un smartphone (ici le Samsung Galaxy S7)

Sur un drone de type DJI Phantom (ici sur la caméra, mais également sur les hélices)

Ils ont également montré qu’un hoverboard électrique auto-équilibré (en gros une skateboard muni de gyroscopes et capables de se stabiliser tout seul), semblant initialement immunisé, devenait vulnérable si on pratiquait une petite incision sur sa coque (plastique), afin de laisser passer les ultrasons – on peut aussi utiliser des émetteurs ultrasoniques de forte puissance. Et que pendant l’attaque, il oscillait d’avant en arrière – on imagine ce que cela pourrait donner sur la route.

Car potentiellement, une telle attaque serait applicable au piratage d’une voiture connectée – soit par exemple en provoquant le déclenchement intempestif des air bags (non, pas très agréable quand on conduit) soit en destabilisant des véhicules autonomes pour provoquer des accidents. C’est d’autant plus ennuyeux que le matériel nécessaire ne relève pas de la science des particules – le générateur utilisé a coûté aux chercheurs la somme dérisoire de 320$ !

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Heureusement, les parades sont identifiées : on peut ainsi protéger les MEMS des sons parasites provenant de l’extérieur par des revêtements isolants, utiliser un logiciel de surveillance et de contremesure permettant de détecter puis de contrer tout émission sonore par des mécanismes de réduction active de bruit (en gros on envoie une longueur d’onde opposée – c’est le principe des casques réducteurs de bruit). Mais la meilleure parade réside dans l’utilisation de MEMS de nouvelle génération peu sensibles aux stimuli externes, comme les gyroscopes SD-BAW pour « substrate-decoupled bulk-acoustic wave dont le principe de fonctionnement est décrit dans ce document .

Cette attaque a l’intérêt de mettre en évidence la vulnérabilité des équipements professionnels ou grand public ; on trouvera toujours en effet une faille, un nouveau mode d’attaque, une vulnérabilité exploitable. Il est donc indispensable, en tout cas pour les équipements critiques ou militaires, de considérer l’aspect sécurité, et de ne pas considérer qu’une transposition directe du monde civil au monde professionnel ou militaire doit être la règle…

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Dans la lutte contre le terrorisme, la localisation, détection, et, le cas échéant, interception des communications des téléphones satellites sont des enjeux majeurs. Guère plus imposants que des téléphones classiques, les téléphones satellites utilisent comme leur nom l’indique une liaison satellitaire directe sans devoir passer par des antennes relais. C’est le cas des systèmes les plus connus comme Thuraya ou Inmarsat.

Les téléphones satellites sont utilisés par les officiels, les journalistes, les travailleurs humanitaires, mais aussi par certains terroristes, et par les passeurs de migrants. On se rappelle par exemple des attentats de Bombay en 2008 (photo ci-dessous), attentats coordonnés menés par cinq équipes de deux hommes (mode opératoire similaire aux attentats du 13 novembre 2016 à Paris). On sait maintenant que les terroristes avaient utilisé des téléphones satellites pour coordonner leurs actions et leurs attaques.

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Suivre un personnel équipé d’un téléphone satellite, détecter un groupe terroriste ou identifier et suivre une embarcation de migrants nécessitait jusqu’à maintenant l’utilisation de moyens aériens onéreux. Les industriels comme le leader Rhode & Schwarz ont ainsi développé des moyens SIGINT (SIGnal INTelligence) permettant de détecter et d’intercepter les signaux radio concernés, qu’il s’agisse de SMS, de voix ou de liaisons de données. Ces plates-formes SIGINT sont montées sur des avions ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance)  ou des hélicoptères qui survolent la zone surveillée afin d’avoir une bonne couverture radio. Au-delà de la communication elle-même, les résultats sont géolocalisés et reportés sur un système d’information géographique.

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Mais quand les territoires sont étendus comme dans la bande sahélo-saharienne, ou en mer méditerranée (avec la détection des bateaux convoyant illégalement des migrants), le coût d’une telle surveillance aéroportée est prohibitif. De plus, les flottes d’avions SIGINT – souvent la propriété de « contractors » privés comme AirAttack qui proposent des Cessna 550 Citation II  – sont limitées, et extrêmement sollicitées. Il y a donc un intérêt certain à utiliser des systèmes plus petits et plus flexibles, comme les drones. Toutefois, jusqu’à ce jour, les caractéristiques et dimensions des systèmes SIGINT étaient difficilement compatibles avec leur emport sur une plate-forme de type UAV. Une difficulté aujourd’hui surmontée par la société britannique Horizon Technologies.

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Cette société est connue pour son système FlyingFish, développée en partenariat avec le géant américain L3-Communications. Dans sa troisième génération – et sa version aéroportée –  il s’agit d’un système passif de surveillance, permettant de détecter et surveiller simultanément 64 canaux des réseaux Thuraya et IsatPhone Pro (32 canaux surveillés par réseau), avec une portée de surveillance de 400km. Les deux réseaux ne sont pas équivalents : le réseau Isat Phone Pro, en particulier, nécessite un module de décryptage permettant de récupérer la communication, et la position GPS du terminal, ce qui n’est pas le cas du réseau Thuraya. Le système FlyingFish pèse tout de même 16kg, pour des dimensions de 39,2×37,1×24 cm, ce qui le rend difficile à emporter par autre chose qu’un avion ou un hélicoptère.

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Pour pallier cet inconvénient, la société a développé XTender, un module permettant de déporter sur un drone (même un mini-drone) une antenne et un module de calcul relayant les capacités du module FlyingFish. Ce module pèse moins de 5 kg – il est complété par une antenne de moins de 500g, de la taille d’une clé USB, déployable également sur le drone. L’ensemble module/antenne dialogue avec une station FlyingFish à terre.

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L’intérêt de la technologie est également d’être duale : pas de réglementation ITAR ici, seule une licence d’exportation commerciale britannique est requise. Pour le constructeur, le système Xtender peut être utilisé sur des drones de type REAPER ou Spyranger, jusqu’à des minidrones comme les machines ISR d’AeroVironment comme le PUMA (ci-dessous).

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Enfin, la capacité du FlyingFish de pouvoir, de manière passive, surveiller deux réseaux simultanément est susceptible de contrer certains modes d’actions de groupes terroristes, qui pensent échapper à la surveillance en changeant fréquemment de réseau. Plus de 30 systèmes sont déjà déployés aujourd’hui sur des plates-formes aériennes au sein de l’OTAN – un nombre susceptible de croître considérablement grâce à l’emploi de ces mini-drones « ISR ».

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Pour ceux qui – et j’en suis – sont des fervents fans du film de John Mac Tiernan « A la poursuite d’Octobre Rouge », tiré du livre de Tom Clancy et décrivant la défection d’un commandant de l’Octobre Rouge, sous-marin nucléaire russe de dernière génération muni d’un nouveau système de propulsion silencieux appelé « la chenille », voici une nouvelle intéressante et qui relance la course aux armements sous-marins.

En matière de propulsion sous-marine innovante, peu de pays comptent. Il y a bien évidemment les Etats-Unis et la Russie, la Grande Bretagne, la France, mais aussi, et c’est une nouveauté, la Chine qui annonce une technologie révolutionnaire susceptible de rendre les sous-marins de l’Empire du milieu virtuellement indétectables par les techniques conventionnelles.

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Baptisé IEPS pour Integrated Electrical Propulsion System, et comme son nom l’indique, il s’agit d’un système de propulsion électrique silencieuse, fondée sur le principe de l’hydrojet. Pour être précis, il s’agit d’un « rim-driven pump-jet », que l’on pourrait traduire (je ne suis pas un expert) par « turbine à hydrojet sans axe ». En gros, les pales sont encapsulées dans un anneau, il n’y a pas d’axe, c’est l’anneau qui constitue le rotor du moteur électrique. Il est entouré d’un autre anneau, qui constitue le stator, le complexe rotor/stator étant étanche et scellé.

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Les avantages : une maintenance facilitée car le propulseur comporte moins de composants mouvants, une conception compacte, mais surtout une réduction drastique de la cavitation et des vibrations, donc de l’empreinte sonore. Le Graal de la propulsion sous-marine militaire, donc. Nota: comme on me l’a justement reproché, j’ai trop simplifié dans la version initiale de l’article: la cavitation hydrodynamique est donc la formation de bulles de vapeur dans l’eau par l’action mécanique de l’hélice (théorème de Bernoulli), soit la vaporisation de l’eau par la baisse de pression générée par le mouvement (en gros, la pression du liquide est abaissée au-dessous de sa pression de vapeur saturante, ce qui amène le liquide à ébullition). Les bulles étant transitoires, puisque leur apparition élimine les conditions qui leur ont donné naissance, cela amène à l’implosion des bulles de vapeur, ce qui crée une onde de choc notamment sonore, aisément repérable au sonar.

Ce n’est pas en soi un nouveau concept : les premiers propulseurs de ce type ont été mis sur le marché en 2010 notamment par des sociétés allemandes ou néerlandaises, comme « pods » auxiliaires de propulsion. Dans le cas chinois, le système IEPS est à la fois un système de propulsion, et un système de génération d’énergie électrique. Selon l’Etat-Major de la Marine Chinoise (PLAN), l’objectif d’IEPS était également de pouvoir emporter à bord le système d’armes « high-energy radio-frequency » (HERF), une arme à énergie dirigée qui nécessite une puissance électrique importante pour fonctionner.

Ce qui différencie la solution chinoise des systèmes préexistants, en tout cas d’après leurs (rares) annonces, c’est la performance – ce type de systèmes étant jusqu’alors peu efficaces, et limités à une propulsion auxiliaire. Visiblement, la Chine semble avoir injecté des financements suffisants (un sujet sensible chez nous en ce moment, comme quoi la recherche…) pour disposer d’un système véritablement efficace, en maîtrisant la complexité de sa conception.

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Les ingénieurs américains travaillent sur de tels systèmes depuis environ 20 ans mais s’orientent sur des principes différents, comme les moteurs de type « permanent magnet » (moteur à aimant permanent) développés par General Dynamics, ou à superconducteurs (high-temperature superconducting (HTS) synchronous motors) développés par General Atomics et American Superconductors. Le destroyer de classe Zumwalt dont nous avons parlé notamment dans cet article utilise un tel moteur à induction, ainsi que les sous-marins de la classe Virginia ou de type 212 (avant les futurs Columbia – américain, ci-dessous – et Dreadought – anglais – prévus pour 2031).

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La Chine compte équiper du système IEPC ses futurs sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, de type Tang-Class 096 – voir ci-dessous la comparaison entre le type 096 en haut et son prédécesseur le 094 en bas.

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Ce sont des bestioles capables de lancer 24 missiles balistiques intercontinentaux  JL-3. La Chine compte également équiper ses sous-marins nucléaires d’attaque de type 095.

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La Chine a ainsi construit la plus grande base de sous-marins en Asie, à Yulin, avec une volonté de l’utiliser (elle comporte un tunnel sous-marin) pour envoyer discrètement ses engins en échappant à la surveillance satellite – d’où le besoin d’un système de propulsion furtif.

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Toutefois, les experts – notamment américains – semblent sceptiques sur la véracité des déclarations chinoises ; sans toutefois expliquer clairement pourquoi. Il est clair que si la Chine a réussi à développer un tel système de propulsion électrique haute performance furtive, il s’agirait d’un avantage stratégique conséquent. Ce qui amène aujourd’hui les Etats-Unis, en particulier, à considérer une accélération de leur programme de détection et de lutte sous la mer, afin de détecter, pister et identifier ces nouvelles menaces… tout en soulignant (et c’est un peu amusant)… le risque de collision accidentelle avec un sous-marin chinois « trop furtif ». On croit rêver.

Si le programme est réel, et les progrès confirmés, les sous-marins chinois équipés pourraient connaître leur premier déploiement opérationnel en 2020.

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Nous avons l’habitude de beaucoup parler de drones dans le cadre de ce blog, car oui, les drones sont à la mode, et leur application au monde de la défense connaît un développement explosif. Dans ce paysage, peu de réelles nouveautés. Les drones multi-rotors se ressemblent tous, avec généralement une structure en carbone ou en aluminium, et une envergure relativement importante (particulièrement si l’on souhaite les emporter sur le terrain). Peu d’originalité donc, la plupart des fabricants se concentrant essentiellement sur les systèmes de guidage, de planification de mission, ou sur la charge utile. Et ces drones sont fragiles, ce qui limite leur utilisation dans un contexte opérationnel exigeant.

L’innovation que propose DIODON, jeune société toulousaine créée en mars 2017 (après tout de même deux ans de recherche et développement de ses fondateurs – nous y reviendrons), c’est de modifier la structure même du drone afin de le rendre tout-terrain.

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Leur technologie permet en effet de développer des drones aériens multi-rotors à structures gonflables. A l’origine, c’est l’inspiration du Kite-Surf, hobby de l’un des fondateurs, qui a permis d’imaginer le concept : un drone qui se déploie en quelques secondes, par un seul opérateur muni d’une pompe légère. Les bras du drone se gonflent très rapidement pour former une structure robuste et incassable.

Initialement, la société avait imaginé cette technologie de drone tout-terrain pour le grand public et en particulier les sportifs, mais elle a récemment pivoté, afin de réorienter son innovation vers le marché professionnel en visant notamment les secteurs de l’industrie, de la sécurité et de la défense. Un mouvement courageux, et pas si courant que cela, dans le domaine des startups où le grand public est généralement vu comme plus rémunérateur que le marché professionnel.

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Malgré son apparente simplicité, ce concept nécessite une bonne dose d’ingénierie, car il s’agit de pouvoir garantir la précision de l’assemblage du drone, et notamment sa précision de pilotage, en utilisant des structures souples qui sont, par définition, difficiles à manier avec précision. D’où les deux ans de R&D nécessaires avant de fonder la société, et le dépôt d’un brevet sur le procédé.

Mais quels sont finalement les avantages d’un drone gonflable ? En premier lieu, la facilité de transport : le drone est léger, très compact lorsqu’il est dégonflé, et donc facilement transportable par un seul homme, en plus de son équipement usuel. Mais c’est aussi la robustesse : le drone peut atterrir sans dommage (il est son propre airbag), quel que soit le terrain : terrain accidenté, neige… ou même sur l’eau. Le DIODON est donc un drone ultra-portable, ultra-robuste et amphibie (il va sur l’eau comme sous la pluie), capable d’être déployé en quelques secondes dans toutes les conditions, mêmes les plus difficiles.

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La start-up propose donc aux militaires et aux acteurs de la sécurité civile (pompiers, sauveteurs en montagne, forces de l’ordre) des solutions de reconnaissance et de surveillance en conditions difficiles. Pour atteindre ces clients exigeants, elle s’appuie sur une offre reposant sur la combinaison de différents vecteurs et charges utiles (voir le tableau ci-dessous).

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Les charges utiles sont diverses : caméras Full HD, FLIR, Vision nocturne ou même IA embarquée (nous y reviendrons)… Chaque DIODON dispose de sa station sol dédiée, avec retour vidéo et position GPS, interface tactile et contrôle manuel, et lien crypté. La portée est de 10km ce qui est amplement suffisant pour une grande variété d’applications.

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Dernière originalité de ce projet : les deux fondateurs sont en fait encore étudiants à l’Isae-Supaéro, et réussissent le prodige de développer cette activité en parallèle de leurs études. Chapeau. Voici un petit film réalisé à l’occasion du SOFINS, et qui présente la société.

La société DIODON (de son nom complet DIODON Drone Technology) souhaite étendre son offre à des applications SAR (Search & Rescue) en milieu alpin. En ce sens des démonstrations vont être organisées d’ici le début du mois de septembre dans des stations de ski des Pyrénées. Elle a participé (outre le SOFINS) au salon international de l’air et de l’espace du Bourget. Plusieurs régiments français et étrangers ont déjà évalué l’efficacité de la solution dans le cadre d’exercices en conditions réelles.

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La société DIODON fait partie des sociétés labellisées dans le cadre du programme GENERATE du GICAT – nous présenterons bientôt d’autres sociétés labellisées. Quand je vous disais que la France n’a pas à rougir de sa base industrielle et technologique de défense…

Pour contacter DIODON, suivre ce lien. Pour tout renseignement sur GENERATE, voici le chemin.

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La vision artificielle a fait des progrès considérables dans ces dernières années, avec certes le développement de nouveaux capteurs, mais aussi en raison de l’apparition à la fois de processeurs spécialisés adaptés spécifiquement à cette problématique, et de nouveaux algorithmes, capables de fonctionner en temps réel, ce qui était inconcevable il y a quelques années. Dans ce domaine, de nombreuses sociétés apparaissent, mais celle-ci semble développer une approche originale, et que je pense assez adaptée (je vous dirai pourquoi).

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Cortica est une société israélienne, issue du célèbre Technion, l’équivalent israélien du MIT. La société a été fondée en 2007 par trois chercheurs spécialisés dans l’informatique, l’ingénierie et les neurosciences, dont son dirigeant actuel, Igal Raichelgauz. Après avoir levé un financement d’environ 40M$, la société compte aujourd’hui une équipe conséquente de chercheurs en IA, mais également des experts militaires issus de la communauté israélienne du renseignement ( !) ce qui en dit long sur les applications visées.

L’approche de CORTICA est résolument inspirée par la biologie, et en particulier par le fonctionnement du cortex visuel primaire. Elle développe en effet une technologie d’apprentissage non supervisé (pour faire simple, je rappelle que l’apprentissage non supervisé a pour objectif de découvrir de la valeur dans des données qui ne sont pas structurées a priori, afin de réaliser une extraction de connaissances) afin de disposer d’une IA capable de comprendre l’image « comme un humain ».

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En gros, l’IA cherche à identifier par elle-même des caractéristiques, des motifs (patterns), des relations entre différentes images, et ce de manière autonome, l’ambition étant – je cite – de constituer « un index universel visuel du monde ». Pour ce faire, la société a conçu une architecture d’apprentissage qui s’inspire du cortex visuel primaire des mammifères – peu de détails ont filtré, mais on peut imaginer en particulier qu’il s’agit de coder ce que l’on appelle des neurones à spikes – pour une description plus détaillée, je vous propose de relire cet article.

Cette architecture cherche à permettre un apprentissage non supervisé par observation, ce que l’on pourrait appeler de l’apprentissage prédictif (c’est le terme employé par Yann le Cun, chercheur en IA et directeur du laboratoire parisien d’IA de Facebook). En gros, au lieu de devoir constituer de grosses bases de données d’images « labellisées », donc traitées au préalable afin d’expliquer au système ce qu’il est supposé reconnaître, on présente à l’IA des images, et – comme un nouveau-né qui commence à observer le monde – elle apprend progressivement le sens et les relations entre ces différentes images présentées. Si je crois particulièrement à cette approche et surtout à l’inspiration biologique du cortex visuel primaire, c’est parce que dans ma – de plus en plus lointaine – jeunesse, j’ai travaillé au sein du groupe de bioinformatique de l’Ecole Normale Supérieure sur le sujet de l’apprentissage et de la vision active, inspirée de la modélisation des colonnes corticales du cortex visuel primaire, et que les résultats préliminaires, alors limités par la puissance de calcul dont nous disposions à l’époque, étaient déjà encourageants.

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Cortica vise à déployer sa technologie en l’embarquant dans différents systèmes, qu’il s’agisse de véhicules autonomes, de systèmes automatiques d’analyse d’imagerie médicale, ou d’applications grand public. Mais on voit immédiatement le potentiel d’une telle technologie dans le domaine de la défense et de la sécurité. Le ROIM (renseignement d’origine image) a besoin de telles technologies afin de pouvoir très rapidement générer des « points d’attention » sur des images (images satellites, caméras de surveillance…) et leur donner du sens.

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Il s’agit donc d’une tendance de fond en IA, qui bénéficie directement à la Défense, et qui est d’ailleurs accompagnée par l’émergence de nouveaux moyens de calcul dédié. Google a présenté récemment son Tensor Processing Unit (ci-dessus, et voir ce lien) qui met en œuvre une accélération hardware des réseaux de type Deep Learning. Mais les réseaux de neurones à spikes – tels que ceux a priori mis en œuvre dans la technologie de Cortica – connaissent un développement important, également en France.

Nous avions parlé dans ce blog du projet AXONE (ci dessous) soutenu par la DGA. Simon Thorpe, le chercheur à l’origine de cette technologie, dirige le CERCO, Centre de recherche sur le cerveau et la cognition (Cerco) – rattaché au CNRS et à l’université Toulouse-III. Via la structure Toulouse Tech Transfer (TTT), il vient de céder une licence d’exploitation de sa technologie de reconnaissance à BrainChip, spécialiste des solutions de reconnaissance pour la surveillance civile et qui avait racheté en septembre la société Spikenet Technology.

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BrainChip utilisera cette technologie en vue d’optimiser son microprocesseur Snap, qui analyse en temps réel des flux vidéo. La tendance de fond semble donc se confirmer, avec de nouveaux acteurs en parallèle des Google, Facebook et autres géants, et avec des applications potentiellement considérables dans le domaine de la Défense et de la Sécurité. En attendant leur portage sur de futurs processeurs neuromorphiques, mais c’est une autre histoire.

Pour faire écho à mon récent billet d’humeur, on voit donc que les technologies d’IA commencent à atteindre un degré de maturité considérable, et suscitent un intérêt certain dans nombre de pays compte tenu des enjeux sous-jacents. A la France de maintenir et d’amplifier l’avance qu’elle possède dans le domaine.