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Comme chaque année se tenait la semaine dernière le désormais incontournable rendez-vous de l’innovation à la DGA : le forum DGA Innovation auquel j’ai eu la chance d’assister (c’est un peu comme laisser un gamin dans un magasin de jouets, en ce qui me concerne). Je souligne l’excellente organisation de cet événement qui, une fois de plus, a permis de mettre en avant les travaux des chercheurs, des ingénieurs, voire les innovations imaginées par les opérationnels eux-mêmes, avec la présence de la MIP (Mission pour l’Innovation Participative) des armées.

Parmi les différentes thématiques, on trouvait entre autres les matériaux, la perception, la santé, la transformation digitale, les radars, la robotique (la liste n’est pas exhaustive), mais aussi une forte thématique sur l’énergie avec quelques innovations notables. Je suis forcé de faire un choix, voici donc mon « top 3 » sans ordre particulier.

On commence avec GENALT, un réseau électrique intelligent pour les camps d’OPEX, présenté par Engie Inéo. La problématique est la suivante : en OPEX (opérations extérieures), la production d’électricité sur les bases militaires est en majeure partie assurée par des groupes électrogènes (afin de conserver une autonomie par rapport aux autorités locales). Ces groupes nécessitent de grandes quantités de de carburants de plus en plus chers et difficiles à acheminer. GENALT est une « smart grid » : un système de gestion intelligent des énergies qui permet par le biais de dispositifs de stockage et d’énergies alternatives (solaire par exemple), de réduire la dépendance des armées aux carburants fossiles.

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Outre la complexité de gérer intelligemment les différentes sources de production d’énergie, GENALT doit être utilisable facilement ; les concepteurs ont donc conçu une IHM permettant de raccorder simplement les panneaux photovoltaïques ou les systèmes de production d’énergie éolienne, ainsi que les périphériques de stockage (batteries, volants inertiels…).

Le système permet d’acquérir et d’analyser les données électriques afin d’optimiser la consommation des groupes électrogènes (les premiers résultats montrent une économie de consommation de carburant entre 25% et 100%) tout en réalisant une optimisation énergétique du site. Ce projet de 24 mois a permis de mettre en place un démonstrateur sur la base Villars à Canjuers (voir ci-dessus) – ce démonstrateur sera testé en OPEX en 2018.

Toujours côté énergie et côté OPEX, on peut mentionner le projet SOLTHAIR réalisé avec la société H2P systems et Solution F. Il s’agit d’une centrale thermique solaire à concentration de 10kW déployable en OPEX. Le principe est original puisqu’il repose sur l’utilisation d’un moteur à air chaud (ci-dessous).

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La société H2P a en effet développé un dispositif de récupération d’énergie à partir de la chaleur moteur. Ce procédé est basé sur un cycle thermodynamique (qui fait l’objet d’un brevet) qui récupère de la chaleur pour la convertir en puissance mécanique sans entraîner une consommation de carburant supplémentaire. La vidéo ci-dessous explique le concept.

Dans le cas du système SOLTHAIR, c’est une centrale solaire transportable en container qui permettra de chauffer l’air dans le moteur H2P, entraînant la génération d’une puissance mécanique pouvant activer un alternateur. Evidemment, le principe réserve l’utilisation de ce système aux OPEX dans des pays connaissant une forte insolation, mais…en gros, c’est le cas dans la majeure partie des OPEX actuelles.

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Enfin, si vous vous rappelez de cet article, nous avions déjà parlé des piles à combustible permettant de générer de l’hydrogène à la demande par hydrolyse de borohydrure. Cette fois-ci, le projet MORPHY développé avec SAFRAN Electronics & Defense et la société MAHYTEC (respectivement Caroline Senzier et Pascal Robinet) vise à développer un système de stockage d’hydrogène, qui, combiné la pile SESAME II, pourra alimenter le fantassin en énergie électrique.

L’innovation réside tout d’abord dans la nature du système de stockage. En l’occurrence, les concepteurs ont développé un système de stockage solide fondé sur l’utilisation d’un hydrure métallique adapté aux conditions thermiques et de pression.

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Il s’agit d’un système rechargeable facilement, et surtout dans un facteur de forme modulaire, une structure souple que l’on voit dans les différentes photos, agrégeant différents modules de stockage. En termes de sécurité, il s’agit d’un système à basse pression, qui élimine les risques évidents à stocker de l’hydrogène haute pression sur un combattant (pas une bonne idée, en effet).

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Lors du forum, un prototype était présenté, et permettait de recharger un smartphone sans aucun problème (pour info, non ce n’est pas le nouveau logo de Safran :)). On se dirige donc vers un système complet permettant de contribuer à une augmentation d’autonomie en énergie du fantassin en tenant compte de l’ensemble du contexte de ses missions.

Suite de la visite du forum dans de prochains articles…

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Nous avions déjà parlé des armes hypersoniques ou hypervéloces, dont, je le rappelle, l’objectif est de pouvoir frapper n’importe quel point du globe en moins de 1h. Pour rappel, on désigne par hypersonique une charge militaire pouvant être propulsée à une vitesse comprise entre Mach 5 et Mach 10 – une vitesse de l’ordre de 10 000 km/h. Nos amis chinois avaient récemment testé avec succès leur arme DF-ZF, une charge militaire propulsée par un missile balistique jusqu’à la stratosphère. Le DF-ZF est lâché, entre dans l’atmosphère, puis se rétablit et remonte avant de contrôler son altitude et sa vitesse, et de planer vers sa cible. Cette trajectoire semble erratique, et est très difficile à anticiper pour un système de défense, principalement en raison de sa vitesse.

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Mais une telle arme est complexe à mettre au point, notamment parce que ses composants (charge militaire mais aussi système de guidage) sont soumis à de très fortes contraintes (accélération, frottements, température). Il est donc nécessaire de pouvoir disposer de moyens d’essais conséquents.

Pour ce faire, la Chine vient d’annoncer qu’elle était en train de bâtir la soufflerie la plus puissante du monde, permettant de simuler des vitesses de l’ordre de 12km/s, concurrençant ainsi directement la soufflerie LENS-X située au Nevada, jusqu’alors le tunnel hypersonique le plus puissant du monde (Mach 30), et plus puissante que la soufflerie hypersonique chinoise actuelle, appelée JF 12 (et rebaptisée HyperDragon) – le reportage ci-dessous permet d’en découvrir les images.

Il ne s’agit pas d’un problème simple : construire une soufflerie hypersonique nécessite de surmonter différents défis : la capacité de reproduire sans danger des situations de surchauffe, sans détruire l’installation elle-même, la reproduction de conditions extrêmes de températures et de pression pendant une durée longue, avec un système d’instrumentation et de mesure lui-même hyper-rapide, et sans oublier les contraintes liées à l’alimentation en électricité d’une telle installation.

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La génération d’un flux d’air aussi puissant ne peut reposer sur une hélice, aussi grosse soit-elle. Il a fallu trouver un autre moyen, en l’occurrence, une détonation. Dans le cas de la soufflerie hypersonique chinoise, le principe repose sur une série de détonations contrôlées. Des tubes d’oxygène, d’hydrogène et d’azote permettront de faire détoner un mélange de gaz, créant ainsi une série d’explosions, donc d’ondes de choc. Ces ondes seront canalisées par un tunnel métallique, jusqu’à la chambre de test ; selon l’un des ingénieurs responsables du projet, elles généreront l’équivalent de 1 GW de puissance en 0,5 s, soit la moitié d’une centrale nucléaire classique. Elles permettront de créer une température de 7700 degrés au sein de la chambre de test (oui, oui, plus chaud que la surface du soleil) afin de pouvoir tester les revêtements et systèmes de dissipation de l’énergie thermique du véhicule hypersonique, lors de sa rentrée dans l’atmosphère.

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On rappelle que la vitesse EV (escape velocity ou vitesse de libération en français) correspondant à la vitesse nécessaire pour échapper à l’attraction terrestre, est de 11 km/s. Même si la soufflerie chinoise ne bat que de 2km/s l’installation LENS-X, il s’agit de pouvoir tester des vecteurs dans toutes les phases du vol hypersonique (ce que les américains ne peuvent aujourd’hui faire).

La nouvelle installation permettra de tester des modèles assez volumineux (on parle d’une envergure de 3m). Elle devrait être mise en service d’ici 2020, ce qui montre l’importance que la Chine accorde à son programme hypersonique, et à la course aux armements dans laquelle elle prend aujourd’hui la tête vis-à-vis des USA et de la Russie.

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Je commence par présenter mes excuses pour ce rythme de posts un peu ralenti, mais je suis en déplacement, et comme rien ne se passe jamais comme prévu, j’ai du modifier quelques plans, ce qui me fait prendre du retard dans la tenue du blog.

Je voulais aujourd’hui partager une innovation que j’ai pu voir lors du salon Milipol sur le stand de l’entreprise barcelonaise GTD. Juste pour ceux qui ne connaîtraient pas cette entreprise, GTD, dirigée par le talentueux et sympathique Angel Ramirez, est une société espagnole assez remarquable, créée en 1987 par Angel et trois autres associés, afin de développer des systèmes d’information dans le domaine industriel.

Trente ans plus tard, c’est le genre de société dont tout le monde rêve : GTD fait de l’aéronautique, du spatial, du naval, de la sécurité et de la défense, avec des réalisations assez emblématiques, comme le centre de contrôle du lanceur Ariane V, ou la réalisation d’instruments critiques pour le projet ITER. J’ai une sincère admiration pour cette aventure industrielle et technologique, vous l’aurez compris.

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Une superbe société, donc, qui ne cesse d’innover et qui présentait à Milipol le système CENTINELA (photo ci-dessus, avec mon ami Angel Ramirez) : un système d’observation à 360°, qui est capable d’indiquer si vous êtes observé par un sniper ou un observateur muni d’un système optique de précision, de jour comme de nuit.

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L’intérêt opérationnel est immédiat : pouvoir détecter et géolocaliser en temps réel un sniper qui s’apprête à tirer, avant que le coup ne soit parti. Ou détecter un observateur qui pointe ses jumelles sur un convoi, indice possible de la présence d’un dispositif de type IED. Le système peut également détecter la présence d’un dispositif espion de type caméra ou appareil photo.

C’est donc un détecteur d’optique pointée (DOP), un système qui, en soi, est connu depuis longtemps. Le principe repose sur l’utilisation d’un balayage par faisceaux laser. Ces faisceaux sont réfléchis dès qu’ils rencontrent un dispositif optique : ce que l’on appelle la rétrodiffusion (le système optique est illuminé le faisceau, il renvoie sur le même axe optique une portion de lumière rétrodiffusée). Et cela fonctionne bien (voir image ci-dessous, je vous défie de trouver l’observateur à l’œil nu).

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Une analyse est ensuite réalisée permettant d’identifier la nature de la menace et de géolocaliser sa source, encore une fois avant que le coup ne soit parti ou l’IED activé.

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 Les lecteurs pourront objecter que de nombreux dispositifs de détection d’optique pointée existent déjà, par exemple chez Airbus, Safran E&D ou développés par la société française spécialisée dans les lasers, CILAS. Mais ce qui fait la spécificité de Centinela (plus particulièrement du modèle EB210), c’est son efficacité, sa compacité et sa modularité. Le système est en effet capable d’effectuer une détection jusqu’à 2km, sur 360, avec géolocalisation instantanée et dans un facteur de forme particulièrement compact (voir tableau ci-dessous).

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Cela permet en particulier de l’embarquer dans un véhicule de manière discrète et le déployer très rapidement sur une zone isolée (sans doute une limitation de bon nombre de ses concurrents).

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Le système est également capable d’utiliser une approche multispectrale afin de désambigüer et d’identifier la nature de la menace, et peut être couplé avec une station d’identification (en l’occurrence baptisée Campanile 212 – ci dessous à droite), afin de fournir un appui décisionnel une fois que la cible a été détectée.

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GTD a également développé différentes versions portables, sous forme de jumelles compactes, permettant d’équiper les fantassins ou forces de sécurité.

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Ces détecteurs utilisent le même principe avec quelques variations (laser pulsé ou émission infrarouge) afin de détecter les optiques pointées, avec une précision et une efficacité assez impressionnante (voir image ci-dessous, correspondant à la détection d’un observateur derrière les vitres teintées d’un immeuble).

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Une belle réalisation, avec des applications multiples allant (on l’a dit) de la détection d’individus malveillants, à la surveillance de frontières, ou à la détection de drones d’observation.

Pour plus d’information sur cette belle société qu’est GTD, voici le lien vers leur site Internet.

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On n’a pas fait plus simple ni plus efficace que le fusil d’assault AK-47, inventé par un certain Mikhail Kalashnikov, décédé en 2013. Rappelons au passage que le 47 correspond à la date de mise sur le marché du fusil « Avtomat Kalachnikova 1947 ». Une arme simple, efficace, robuste et d’un calibre suffisant pour défier même nos forces les plus modernes.

Cette simplicité et cette rusticité, Kalashnikov Concern, société filiale du géant russe Rostec, en a fait sa marque de fabrique. Et elle vient encore une fois de le prouver, avec un nouveau concept d’hoverbike, véhicule volant destiné à équiper les soldats sur le champ de bataille futur.

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Le système, décrit comme « une voiture volante » par la société, est en fait un châssis de tubulures mécaniques équipé de 8 rotors contrarotatifs pilotés à l’aide d’un calculateur. Pas de descriptif officiel, mais l’on devine que la propulsion est électrique, avec des batteries situées sous l’engin. Ce dernier est minimaliste, sans coque de protection, et semble pouvoir être piloté à l’aide de deux joysticks.

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Pour l’instant pas d’armement ni de protection pour le pilote malgré la présentation d’un concept par Kalashnikov (bizarrement non présenté en fonctionnement).

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La vidéo (ci-dessous) mise en ligne par Kalashnikov Concern, montre l’engin évoluant dans l’air de façon assez convaincante.

Toutefois, une telle machine n’aura sans doute pas aujourd’hui une autonomie suffisante : avec une propulsion électrique, et les batteries visibles, elle n’est probablement pas en mesure de tenir en l’air plus de 30 minutes.

Dans la même veine, un autre engin russe a récemment été présenté au public : le Scorpion-3, autre hoverbike piloté.

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Par rapport au kalashnikov, le Scorpion-3 semble quant à lui décidément dangereux. Pas pour les autres (quoique) mais surtout pour son pilote, assis comme sur une moto, avec les jambes au niveau des rotors, position sans doute pratique pour réaliser une double amputation en cas de fausse manœuvre. On n’imagine même pas ce qui pourrait advenir en cas de crash.

Le véhicule (également appelé Hoversurf) est visible sur la vidéo ci-après.

Même si ces deux engins semblent considérablement perfectibles (la sécurité pour l’un, l’autonomie pour l’autre, l’emport de charges utiles pour les deux ainsi que la protection), ils témoignent de la tendance du marché à l’apparition de véhicules hybrides entre un drone et un véhicule piloté, avec un système de contrôle gyrostabilisé permettant un pilotage aisé. Une tendance sans doute pérenne, la simplicité du système Kalashnikov présageant bien d’une certaine démocratisation du concept.

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Dans le contexte de l’augmentation des capacités du soldat, on parle beaucoup de l’utilisation de substances pharmacologiques permettant de stimuler l’endurance ou la concentration. Cela pose évidemment de nombreux problèmes éthiques (une préoccupation que nos pays partagent, au passage, ces barrières morales sont sans doute inexistantes pour nos ennemis, voire certains de nos alliés). Mais d’autres voies sont à l’étude, et notamment une technique appelée stimulation électrique transcrânienne directe.

Cette technique a été étudiée depuis de nombreuses années, dans le cadre de la recherche de solutions à la surcharge cognitive ou surcharge informationnelle. Pour faire simple, durant des opérations militaires complexes ou de haute intensité, les opérateurs sont supposés effectuer plusieurs tâches simultanées dans un contexte de stress, et en traitant des masses importantes d’information. Arrive un point où le cerveau, en surcharge, « décroche », et n’est plus capable de traiter les nouvelles informations qui lui parviennent.

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Pour pallier ce léger inconvénient (!) plusieurs solutions ont été expérimentées, comme – on le disait plus haut – l’administration de substances comme la ritaline, avec des effets secondaires massifs (en gros, cette drogue qui est utilisée pour traiter les symptômes d’hyperactivité et de déficit de l’attention, provoque une dépendance analogue à la cocaïne). La recherche s’est donc orientée vers d’autres voies, en particulier la stimulation électrique du cortex préfrontal, appelée stimulation électrique transcrânienne (en anglais, TCDS pour transcranial direct current stimulation). Les premières expérimentations ont été réalisées en 2016 par les chercheurs de l’US Air Force et de Wright State University (WSU), et ont été publiées dans cet article.

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L’idée est de stimuler à l’aide d’électrodes placées sur le crâne la région correspondant au cortex préfrontal gauche, une zone siège de l’attention, de la planification, de la mémoire de travail et du raisonnement. Un courant de 2mA est appliqué pendant une durée allant de 10 à 35 minutes. Lors des premières expérimentations (utilisant un test attentionnel appelé Multi-Attribute Task Battery (MATB) développé par la NASA – voir image ci-dessous), un groupe ayant reçu la TCDS a très nettement surpassé le groupe témoin.

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Visiblement, le procédé permet au cerveau de stocker plus efficacement les données en mémoire de travail, permettant au sujet de se concentrer sur les nouvelles informations au lieu de constamment passer en revue l’ensemble des signaux de l’environnement. Une étude publiée en 2013 avait montré des effets analogues sur la concentration et la performance d’analystes chargés d’étudier des images de type SAR (Synthetic Aperture Radar) – voir cette référence.

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Si dans cette première étude les chercheurs ont utilisé un système de stimulation baptisé MagStim NeuroConn DC Stimulator – ci-dessus – des expérimentations plus opérationnelles ont également été engagées, notamment auprès des forces spéciales (team six) ou des pilotes de drone. Car ces derniers sont soumis à des tâches longues, fatigantes, stressantes, à un point tel que l’armée américaine a décidé de diviser par deux le nombre de missions planifiées par an, afin d’éviter un « burn-out » de ses pilotes.  Dans ce cas précis, certaines études montrent que la concentration des pilotes peut être maintenue pendant 20h en appliquant la TCDS, alors qu’un groupe test montre déjà des signes de baisse de l’attention au bout de 20 minutes.

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Ces nouvelles expérimentations utilisent un autre type de stimulateur construit par la société Halo Neuroscience – ci-dessus – un casque muni de piques de silicone, enduites d’une solution saline, et capable de stimuler (sans doute moins précisément que dans l’étude de la WSU) le cortex préfrontal. L’armée américaine espère que ce nouveau facteur de forme permettra – si l’expérimentation est concluante – d’utiliser la TCDS « in situ », éventuellement sur un pilote de chasse en situation de pilotage. Pour l’instant, il convient encore d’être prudent, et de valider les effets à long terme – positifs ou négatifs – d’un tel procédé.

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Oui, de temps en temps, l’innovation technologique prend des chemins inattendus et rejoint une certaine rusticité. C’est le cas ici, avec cette découverte réalisée par (encore lui) le US Army Research Lab, qui a découvert un peu par hasard un phénomène inédit, en combinant de l’urine avec une nouvelle nano-poudre d’aluminium.

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Cette poudre de nanoparticules d’aluminium galvanique possède en effet la propriété de relâcher de l’hydrogène pur, lorsqu’elle est mise en contact avec un liquide comportant de l’eau. Là où cela devient intéressant, c’est que l’hydrogène est capable d’alimenter une pile à combustible. La réaction est simple : l’hydrogène se diffuse au sein d’un empilement de membranes faisant office d’électrolytes et est séparé en protons et électrons, qui se combinent à l’oxygène pour produire de l’électricité (en libérant de l’eau). En gros, c’est l’inverse de l’électrolyse de l’eau : au lieu d’utiliser une source de tension, on alimente en hydrogène et oxygène ce qui permet l’apparition d’une tension électrique. Avec un kg de poudre d’aluminium, on génère ainsi 220kW en seulement 3 minutes.

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Or l’urine humaine est composée à 96% d’eau ; c’est d’ailleurs pour cette raison que l’urine des astronautes est recyclée afin de leur permettre de disposer d’eau potable. Ce qui est étonnant, c’est que la réaction entre la nanopoudre d’aluminium développée par l’US Army Research Lab et l’urine est presque deux fois plus forte et plus rapide qu’avec l’eau, pour une raison encore inconnue sans doute liée à la présence de résidus et à l’acidité.

Dans le cas d’un soldat devant évoluer dans un environnement exigeant (lisez à ce sujet le livre du Général Barrera sur l’opération Serval), pouvoir utiliser l’urine afin de produire de l’énergie est loin d’être anecdotique. Cela permet d’alimenter des systèmes de communication, ou différents capteurs, en utilisant des piles à combustible dont le facteur de forme est particulièrement compact.

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Et surtout cela permet aux fantassins, au lieu d’utiliser de lourdes batteries, de pouvoir compter sur leur corps pour alimenter une source d’énergie à volonté (à condition de boire beaucoup !), en mélangeant cette nanopoudre avec leur urine. Car transporter de l’hydrogène, c’est compliqué (généralement, on doit utiliser des récipients pressurisés, et des catalyseurs) – ici, rien d’autre à transporter que la pile elle-même, le soldat lui-même, et cette nanopoudre.

Reste encore à voir comment cette invention, aujourd’hui au laboratoire, sera capable d’être appliquée sur le vrai théâtre d’opérations, quel en sera le coût, la facilité de production, etc… L’équipe de chercheurs a lancé le brevet correspondant, et va, dans les mois qui suivent, procéder à des expériences de passage à l’échelle.

Reste à savoir qui a eu cette idée de faire pipi sur une nanopoudre d’aluminium, et pourquoi (!) Mystère…

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Pour une fois, je me permets de faire de la publicité pour un événement que j’organise. L’idée est la suivante : l’univers de la Science-Fiction produit régulièrement des concepts ou idées qui pourraient influencer le développement de nouvelles capacités militaires. Les exemples sont nombreux : exosquelette manipulateur ou drones d’exploration dans Aliens, manipulation interactive et hologrammes dans Minority Report ou Ghost in the Shell, etc…

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De la même manière qu’un hackaton fait intervenir différentes disciplines et différents acteurs pour favoriser la créativité, pourquoi ne pas faire appel à la communauté des auteurs de science-fiction pour aider à l’émergence de réflexions et de concepts répondant à des problématiques capacitaires ? D’où l’idée d’organiser un événement rassemblant scientifiques, auteurs et spécialistes de l’anticipation et de la science-fiction, et militaires (opérationnels et DGA) pour engager une démarche originale de créativité.

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Du 1er au 6 novembre prochain, à Nantes, a lieu l’excellent festival de science-fiction “les Utopiales”, présidé par le non moins excellent Roland Lehoucq (je vous suggère de regarder ses différentes conférences – je vous en ai mis un exemple ci-dessous).

Depuis sa création en l’an 2000, le Festival International de Science-Fiction de Nantes se donne donc pour objectifs d’ouvrir au plus grand nombre et faire découvrir de manière très qualitative le monde de la prospective, des technologies nouvelles et de l’imaginaire. Organisé chaque année au Palais des Congrès de Nantes, le festival comporte des expositions, des projections mais également des conférences & tables rondes, sur des sujets très variés dont des sujets scientifiques. En 2016, la fréquentation était de 82 000 festivaliers !

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Cette année, nous organisons donc un événement sous l’égide de la Marine Nationale (et donc de votre serviteur, en tant que capitaine de frégate de réserve) avec, dans l’ordre :

  • Le vendredi 3 novembre 12h-13h : intervention d’ALFAN (le Vice-Amiral d’Escadre Jean-Philippe ROLLAND commandant la Force d’Action Navale) sous forme d’une conférence, intitulée « Rencontre avec l’Amiral Rolland » dont le sujet est le suivant : « Les technologies mises en œuvre dans les équipements militaires reposent de plus en plus sur une parfaite maîtrise de la « référence temps ». Le vice-amiral d’escadre Jean-Philippe Rolland, amiral commandant la force d’action navale, illustrera cette évolution et posera la question des nouvelles opportunités dans la conduite de l’action militaire du futur, en particulier en mer, que pourraient faire émerger des travaux exploratoires visant à maîtriser mais aussi dénier à l’adversaire cette « référence temps ». »

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  • Le même jour (mais à huis clos) aura lieu un événement associant l’Etat-Major de la Marine, la DGA, des auteurs de science-fiction, des prospectivistes… Un « think tank » mais dont je ne peux ici parler publiquement.
  • Le samedi 4 novembre à 9h : une table ronde à laquelle je participerai aux côtés d’auteurs comme Denis Bajram, Laurent Genefort, Bertrand Campéis, Olivier Parent et Sarah Doke, dont le thème sera « Time War : Imaginons les guerres du futur. Les ordinateurs aux commandes pourraient-ils les rendre ridiculement brèves ? Ou mieux, tels les personnages de Terminator, les soldats du futur ne pourraient-ils se poursuivre dans le temps pour changer chaque fois la face des événements ? Et si le temps jouait un rôle primordial dans la guerre du futur ? »

Je vous donne donc rendez-vous au Festival pour ceux qui pourront y assister. Pour une fois que le militaire peut être quelqu’un d’autre que le méchant des films !

Pour le programme, c’est ici .

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