Actualisation : Zuma serait perdu

Publié: 9 janvier 2018 dans Non classé

D’après plusieurs sources, le satellite mystérieux Zuma (dont Space X n’a jamais montré le déploiement) serait perdu et aurait même brûlé en rentrant dans l’atmosphère avant de s’abîmer dans l’océan indien. Le Wall Street Journal parle d’une mauvaise séparation entre la charge utile et la fusée, ou d’une défaillance du dernier étage de Falcon 9. Mais cela semble contradictoire avec d’autres observations (et notamment le retour de la fusée en bon état de marche, et le fait que le US Strategic Command aurait vu le satellite effectuer au moins une orbite). En tous les cas, le satellite Zuma (ou US-280) semble bel et bien perdu.

Une piste qui commence à émerger: la charge utile est normalement fixée sur la fusée à l’aide d’un dispositif nommé « adaptateur de charge utile » développé par Space X. Dans le cas de Zuma, c’est Northrop Grumman qui a fourni l’adaptateur et non Space X. Une défaillance de cet adaptateur aurait ainsi pu provoquer une mauvaise séparation entre la charge utile et la fusée.

 

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Autant le dire tout de suite, la quantité d’information exploitable de ce petit article risque d’être un peu limitée en raison du sujet – mais je trouve néanmoins intéressant d’en parler. J’avais déjà mentionné il y a quelques mois la navette dronisée X37B (ci-dessous), qui est restée en orbite autour de la Terre pendant 718 jours afin de mener à bien une mission dont on ne sait pas grand-chose.

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Les navettes X37 (sans lettre pour la version civile, X37B pour la version militaire) « font de la réduction de risque, des expériences et des opérations conceptuelles pour développer l’usage de véhicules spatiaux réutilisables ». Autrement dit, mystère… Compte tenu de son orbite elliptique inclinée atypique, on pense que le X37 a procédé à plusieurs essais, l’orbite lui permettant de ne pas rentrer en collision avec les nombreux satellites présents en LEO (low earth orbit ou orbite basse). Rappelons pour mémoire les différentes orbites (de manière simplifiée, évidemment) dans le schéma ci-dessous.

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On a parlé de tout et n’importe quoi à propos du X37B : tueur de satellite, bombardier depuis l’espace, ou engin espion hypermanoeuvrable. Compte tenu de sa faible taille (en gros, une petite camionnette), toutes ces spéculations semblent un peu exagérées : pas la place de mettre un armement puissant, pas de réserves suffisantes en carburant pour manœuvrer trop fréquemment… On pense qu’il s’agit plutôt d’un « banc d’essai spatial ». D’ailleurs, la société américaine Rocketdyne, a annoncé que le dernier vol du X37B lui avait permis de tester une nouvelle version d’un propulseur ionique…

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Mais en ce qui concerne Zuma, les choses sont loin d’être aussi claires. Zuma, c’est à la fois le nom de la mission et de la charge utile qu’une fusée Falcon9 de la société Space X d’Elon Musk a mis sur orbite hier soir. Rappelons que la société Space X est sous contrat avec le gouvernement américain et la NASA, et dispose de ses propres installations au Kennedy Space Center (que j’ai d’ailleurs eu le plaisir de pouvoir apercevoir lors de ma dernière visite sur place).

SpaceX a utilisé son site SLC-40 pour placer Zuma en orbite. La charge utile semble assez légère, compte tenu de la configuration requise pour le lancement et la durée de la propulsion et de l’allumage des différents moteurs. Après le placement en orbite, le lanceur est revenu se poser sans encombre (pour la vingtième fois) sur la LZ1 (« landing zone 1 ») de Cape Canaveral (la mission ayant en tout duré environ huit minutes). Vous pouvez revivre le lancement en regardant la vidéo ci-dessous.

Mais le mystère demeure sur la véritable nature de Zuma. Le groupe Northrop Grumman, qui a fabriqué ce satellite, a seulement indiqué que le client était le gouvernement américain et que « la charge » serait placée sur une orbite basse, sans fournir d’autres précisions. Cas inhabituel, la NRO (National Reconnaissance Office), organisme gérant les satellites espions américains et d’ordinaire prompte à reconnaître ses jouets, a formellement démenti que Zuma lui appartenait.

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Les spéculations vont donc bon train, et plusieurs “traqueurs” de satellites ont émis différentes hypothèses. En particulier, même si Zuma n’est pas un satellite de la NRO, son orbite semble assez proche de USA-276, un engin classifié qui tourne autour de la Terre sur une orbite similaire, inclinée de 50 degrés à l’équateur. Cet engin a d’ailleurs eu un comportement un peu curieux, notamment en s’approchant de l’ISS (station spatiale internationale) à moins de 6 km. Il est ensuite resté à proximité (entre 1000 et 2000 km) de l’ISS. Peut-être un signal à la communauté internationale, que les USA sont capables d’intervenir en orbite, par exemple pour protéger un « asset » américain (dur de croire que ce rapprochement soit une coïncidence). Ci-dessous, la charge utile USA-276 avant son lancement.

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On peut donc imaginer que Zuma ait un lien avec cette mission, et interagisse avec USA-276 (même si les orbites et trajectoires de l’ISS, de USA 276 et de Zuma n’étaient apparemment pas alignées lors du lancement d’hier). D’ailleurs, les deux lancements (Zuma et NROL-76, lancement de USA-276) sont étrangement similaires si l’on en croit par exemple les zones de danger délimitées par les NOTAM (Notices to Airmen and Mariners) permettant d’avertir les aviateurs et marins des zones à éviter (ci-dessous, Zuma en rouge et NROL-76 en orangé).

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Dans quel but les deux missions seraient-elles connectées? Mystère…On parle de tests de nouveaux capteurs par exemple, mais aucune information ne filtre vraiment. J’avais prévenu : l’information exploitable dans cet article est limitée (!). On peut aussi faire le parallèle avec deux autres satellites de Northrop Grumman, PAN et CLIO, qui ont fait l’objet d’un secret analogue… et que l’on retrouve aujourd’hui assez proche de satellites de communication géostationnaires, laissant à penser qu’il s’agit là de deux satellites d’espionnage… d’autres satellites, réalisant des écoutes et interceptions électromagnétiques en orbite.

Les deux prochains lancements américains sont également militaires :  une Delta  IV partira mercredi de Californie avec un satellite espion de la NRO, et le 18 janvier, une fusée Atlas V lancera de Cape Canaveral un satellite d’alerte de lancement missile.

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Je commence par souhaiter à tous mes lecteurs une excellente année 2018, avec une pensée spéciale et sincère pour tous nos soldats en opérations, en OPEX comme sur le territoire national. L’innovation technologique de défense est surtout et d’abord au service des hommes et femmes qui nous protègent. Merci à elles et eux.

Pour débuter l’année, une annonce de nos alliés américains, qui concerne le LCS, ou Littoral Combat Ship. Pour mémoire, le LCS est un programme qui désigne les nouvelles frégates furtives américaines, de différentes classes (Classe Independence de type trimaran, Classe Freedom monocoque) dont environ dix exemplaires ont été construits à ce jour. Il s’agit de navires destinés, comme leur nom l’indique, à être engagés en zone littorale pour traiter en particulier des menaces asymétriques.

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Ces frégates ne sont pas surarmées (et le programme est d’ailleurs sous le feu de nombreuses critiques aux USA notamment pour certains doutes concernant leur survivabilité au combat); elles comptent plusieurs variantes (chasse de mines, lutte anti-sous-marine, module amphibie, traitement des menaces de surface). Elles sont conçues pour intervenir au sein d’une force constituée de plusieurs LCS mais aussi de navires plus puissants (destroyers) pour assurer leur protection, et d’une bulle de renseignement (AWACS, drones, surveillance satellitaire). Tout ceci pour dire que le concept de Littoral Combat Ship est en réalité indissociable du concept de guerre infocentrée (NCW ou Network Centric Warfare). Les frégates LCS n’interviennent donc jamais seules en opérations.

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Ce concept de guerre infocentrée se nomme (dans l’US Navy) le Naval Fires Network et repose sur le système baptisé Cooperative Engagement Capability, (CEC) un réseau de capteurs et d’effecteurs permettant la fusion de données de capteurs, le contrôle des feux, la tenue d’une situation tactique partagée en temps réel. Du classique donc, sauf que l’US Navy compte y ajouter… de l’intelligence artificielle !

Pour être plus précis, l’US Navy a investi 2,5 milliards de dollars (oui, oui, milliards) pour développer un système appelé CANES (encore désolé pour les acronymes) pour Consolidated Afloat Networks and Enterprise Services ; un gros, un réseau de combat pour les navires de surface, dans le cadre du CEC. Ce réseau (dont plus de 50 systèmes sont aujourd’hui déjà opérationnels) doit être durci pour répondre aux impératifs de sécurité (protection contre les cyberattaques et communications sécurisées avec les terminaux durcis embarqués). Et c’est dans ce cadre que l’IA (Intelligence Artificielle) fait son apparition : il s’agit de pouvoir augmenter le niveau d’automatisation de CANES pour répondre aux différentes menaces.

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L’US Navy, pour expliquer sa problématique, prend l’exemple du porte-avion nucléaire de classe Nimitz USS Truman. Son réseau CANES comporte plus de 3400 réseaux locaux (LAN), correspondant à plus de 2700 localisations différentes à l’intérieur du navire. Dans une telle complexité, il devient difficile à des analystes humains d’identifier une tentative d’attaque ou d’intrusion dans l’un de ces points de vulnérabilité. Il s’agit donc d’utiliser l’intelligence artificielle pour réduire le nombre d’analystes humains requis, et d’optimiser l’efficacité de la détection et de la sécurité.

Jusque là, même si la difficulté est réelle, il s’agit d’une utilisation classique de l’IA. Mais le concept va plus loin puisque la marine américaine souhaite que l’IA suggère, en cas d’attaque, les contre-mesures appropriées, voire suggérer des cyberattaques offensives menées par l’IA contre ses adversaires. Et le système est supposé apprendre de l’ensemble des menaces déjà détectées et identifiées. Comme le réseau agrège de nombreuses ressources, il s’agit bien de faire de l’IA, et de constituer un système adaptatif, apprenant de tout ce qu’il observe, et capable de généraliser, c’est à dire de mettre en oeuvre des stratégies fondées sur ce qu’il a appris. Big data, donc, mais pas seulement!

Mais cette introduction de l’IA dans le réseau va au-delà des préoccupations seules de cybersécurité : il s’agit également de pouvoir réaliser une analyse des données senseurs par exemple à des fins de maintenance prédictive des différents équipements. L’IA permet alors d’identifier les défaillances ou dérives avant qu’elles ne deviennent critiques : c’est par exemple le système ADEPT Distance Support Sensor Suite (ADSSS) que la société Mikros a récemment installé sur la frégate LCS USS Independence. Du point de vue de la cybersécurité, il s’agit également d’utiliser l’IA pour optimiser le déploiement de mises à jour ou de patchs de sécurité au sein du système CANES.

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Au-delà, l’US Navy souhaite intégrer l’IA dans le contexte d’une aide tactique, et cela aussi, c’est nouveau. Il ne s’agit de pouvoir procéder à une analyse consolidée des données agrégées au niveau de la plate-forme LCS : imagerie, données SONAR, drones de type FireScout (ci-dessus), mais aussi d’utiliser l’IA pour aider à la coordination des feux dans une optique de protection collaborative.

Pas d’indication en revanche (et on le comprend) sur la nature des systèmes d’IA ou même leur famille. Si, dans le domaine cyber, les programmes sont déjà bien identifiés et sans doute facilement transposables dans le contexte du LCS, dans le domaine opérationnel tactique, aucune information ne filtre pour le moment. Mais nous resterons aux aguets.

Bonne année à vous tous – ce blog reprend son cours et vous souhaite en l’occurrence bon vent et bonne mer!

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Suite de mon parcours du forum DGA Innovation, avec cette fois-ci un petit focus sur le domaine optronique/image. En premier lieu, j’avais déjà parlé dans ce blog de la société HGH Systèmes Infrarouges, dans cet article où nous parlions de Spynel-M, une caméra pour la surveillance de sites critiques. Rappelons que la société n’est pas une inconnue : fondée en 1982, référence reconnue dans le monde de l’innovation technologique en optronique. A l’occasion du forum, la société montrait le résultat d’un projet RAPID baptisé PANORAMIR obtenu en 2014, qui visait à développer un capteur infrarouge 360° de très longue portée.

Suite au succès de ce programme de recherche (on rappelle que RAPID est un dispositif de financement de projets innovants par la DGA, RAPID signifiant Régime d’Appui pour l’Innovation Duale – voir ce lien) la société a mis sur le marché une nouvelle solution baptisée SPYNEL-X.

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Le système SPYNEL-X est l’IRST (Infrared Search&Track) avec la meilleure qualité d’image et, la meilleure portée de détection du marché. En effet, SPYNEL-X peut alerter de toutes intrusions humaines dans une zone de diamètre 16 km, 24h/24, 7j/7, et remplacer ainsi 90 caméras MWIR HD. Il s’agit d’un système passif, une caméra rotative permettant la capture vidéo sur 360 degrés, avec une résolution allant jusqu’à 120 Mpixels. Pour en avoir déjà fait l’analyse, il s’agit d’un système véritablement efficace, permettant de détecter des menaces complexes : hommes rampants, drones, systèmes aériens furtifs… La caméra est couplée au système Cyclope de détection avancée de mouvement fonctionnant sur des serveurs et ordinateurs portables standards.

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Les caractéristiques des différentes versions sont indiquées ci-après. A noter une nouvelle innovation signalée lors du forum : l’option V-LRF. La caméra thermique 120Mpix peut désormais être équipée d’une voie visible et d’un télémètre laser, pour faciliter la phase de reconnaissance après détection de menaces. L’utilisateur peut ainsi utiliser une fonction de zoom sur sa caméra visible haute définition, ou connaitre les données exactes relatives à la distance de la menace.

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Toujours dans ce pôle optronique, la société SOFRESUD présentait le résultat du projet RAPID DOUF (mais où vont-ils chercher ces noms ?) : un désignateur optique naval de menaces asymétriques. L’idée est de faire de la désignation d’objectifs de manière intuitive et portable. La Marine connait le principe de la désignation rapide d’objectifs depuis longtemps, avec le QPD (Quick Pointing Device), un dispositif (photo ci-dessous) permettant une désignation rapide pour la conduite de tir, afin de permettre l’autoprotection rapprochée des navires de la Marine Nationale. Il s’agit d’un complément de dernier recours aux systèmes automatiques électromagnétiques tel que le radar ou les systèmes optroniques comme les tourelles infrarouges.

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Le QPD est en service depuis les années 2000 dans la Marine Nationale et sur plus de 60 navires dans le monde. Suite au projet DOUF, SOFRESUD a développé le successeur du QPD, appelé IPD pour Intuitive Pointing Device, afin d’équiper les frégates La Fayette de la Marine lors de leur rénovation à mi-vie.

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Le système présenté sur la photo par Patrice Pla, directeur commercial chez SOFRESUD, permet l’acquisition optique d’urgence, l’identification et la désignation d’objectifs (menaces asymétriques en particulier, comme par exemple des zodiacs rapides) sur (par exemple) une passerelle de défense à vue de navires. Le système transmet en temps réel les coordonnées 3D de la cible, dispose de capacités de communications, permet l’imagerie tout temps, et dispose de capacités intégrées d’enregistrement audio et vidéo.

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Pour l’avoir pris en main, le système est relativement léger, et surtout d’un emploi intuitif immédiat. On peut imaginer des innovations au-delà de l’aspect naval, en particulier dans le domaine terrestre.

Enfin, une troisième innovation là encore dans l’optronique, mais cette fois-ci dans l’observation : le projet Plein Phare, issu d’un projet FUI (Fond Unique Interministériel) et présenté lors du forum par la société DxO. Il s’agit d’une technologie permettant de voir à contre-jour, ou en étant ébloui, grâce à la vidéo à grande gamme dynamique.

Le projet Plein Phare visait à étudier et développer une architecture de caméra High Dynamic Range (HDR) à bas coût « made in France » dédiée aux applications de surveillance, permettant de dépasser les limites actuelles de ce type de caméras, dans le respect des standards et d’un coût cible compatible avec ces applications. Le projet, outre DxO, rassemblait laboratoires (Le2i – UMR CNRS 6306, le CMLA de l’ENS Cachan) et d’autres industriels (Thales Communications & Sécurité, VITEC).

La problématique : visualiser des scènes où l’intensité lumineuse a une amplitude plus grande que celle que peut percevoir le capteur. Le système utilise la technologie dite HDR pour exploiter plusieurs images d’une même scène prises avec des réglages différents, en évitant par exemple ce que l’on appelle l’effet fantôme.

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En soi, le principe du HDR n’est pas nouveau, il est connu depuis longtemps en photographie, par exemple. Mais les caméras actuelles ont des limitations : c’était l’objectif de ce projet de les dépasser. Pour cela, les concepteurs ont développé un workflow complet, avec des algorithmes de traitement, d’analyse, de compression de données HDR, des nouveaux outils permettant de développer de nouveaux outils de mesure de la qualité vidéo adaptés à ce contexte, et enfin des composants électroniques spécifiques permettant de traiter en temps réel ces vidéos.

Comme vous l’aurez compris, je n’ai pu voir de démonstration, il n’y avait malheureusement (le jour de ma visite) qu’un poster et quelques photos, mais j’ai trouvé le travail suffisamment intéressant pour le mentionner ici.

Un forum intéressant donc, dont je ne peux rendre compte en totalité malheureusement, mais qui devient un rendez-vous incontournable chaque année, démontrant l’appétence et l’activité de la défense en France sur les problématiques d’innovation.

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Comme chaque année se tenait la semaine dernière le désormais incontournable rendez-vous de l’innovation à la DGA : le forum DGA Innovation auquel j’ai eu la chance d’assister (c’est un peu comme laisser un gamin dans un magasin de jouets, en ce qui me concerne). Je souligne l’excellente organisation de cet événement qui, une fois de plus, a permis de mettre en avant les travaux des chercheurs, des ingénieurs, voire les innovations imaginées par les opérationnels eux-mêmes, avec la présence de la MIP (Mission pour l’Innovation Participative) des armées.

Parmi les différentes thématiques, on trouvait entre autres les matériaux, la perception, la santé, la transformation digitale, les radars, la robotique (la liste n’est pas exhaustive), mais aussi une forte thématique sur l’énergie avec quelques innovations notables. Je suis forcé de faire un choix, voici donc mon « top 3 » sans ordre particulier.

On commence avec GENALT, un réseau électrique intelligent pour les camps d’OPEX, présenté par Engie Inéo. La problématique est la suivante : en OPEX (opérations extérieures), la production d’électricité sur les bases militaires est en majeure partie assurée par des groupes électrogènes (afin de conserver une autonomie par rapport aux autorités locales). Ces groupes nécessitent de grandes quantités de de carburants de plus en plus chers et difficiles à acheminer. GENALT est une « smart grid » : un système de gestion intelligent des énergies qui permet par le biais de dispositifs de stockage et d’énergies alternatives (solaire par exemple), de réduire la dépendance des armées aux carburants fossiles.

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Outre la complexité de gérer intelligemment les différentes sources de production d’énergie, GENALT doit être utilisable facilement ; les concepteurs ont donc conçu une IHM permettant de raccorder simplement les panneaux photovoltaïques ou les systèmes de production d’énergie éolienne, ainsi que les périphériques de stockage (batteries, volants inertiels…).

Le système permet d’acquérir et d’analyser les données électriques afin d’optimiser la consommation des groupes électrogènes (les premiers résultats montrent une économie de consommation de carburant entre 25% et 100%) tout en réalisant une optimisation énergétique du site. Ce projet de 24 mois a permis de mettre en place un démonstrateur sur la base Villars à Canjuers (voir ci-dessus) – ce démonstrateur sera testé en OPEX en 2018.

Toujours côté énergie et côté OPEX, on peut mentionner le projet SOLTHAIR réalisé avec la société H2P systems et Solution F. Il s’agit d’une centrale thermique solaire à concentration de 10kW déployable en OPEX. Le principe est original puisqu’il repose sur l’utilisation d’un moteur à air chaud (ci-dessous).

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La société H2P a en effet développé un dispositif de récupération d’énergie à partir de la chaleur moteur. Ce procédé est basé sur un cycle thermodynamique (qui fait l’objet d’un brevet) qui récupère de la chaleur pour la convertir en puissance mécanique sans entraîner une consommation de carburant supplémentaire. La vidéo ci-dessous explique le concept.

Dans le cas du système SOLTHAIR, c’est une centrale solaire transportable en container qui permettra de chauffer l’air dans le moteur H2P, entraînant la génération d’une puissance mécanique pouvant activer un alternateur. Evidemment, le principe réserve l’utilisation de ce système aux OPEX dans des pays connaissant une forte insolation, mais…en gros, c’est le cas dans la majeure partie des OPEX actuelles.

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Enfin, si vous vous rappelez de cet article, nous avions déjà parlé des piles à combustible permettant de générer de l’hydrogène à la demande par hydrolyse de borohydrure. Cette fois-ci, le projet MORPHY développé avec SAFRAN Electronics & Defense et la société MAHYTEC (respectivement Caroline Senzier et Pascal Robinet) vise à développer un système de stockage d’hydrogène, qui, combiné la pile SESAME II, pourra alimenter le fantassin en énergie électrique.

L’innovation réside tout d’abord dans la nature du système de stockage. En l’occurrence, les concepteurs ont développé un système de stockage solide fondé sur l’utilisation d’un hydrure métallique adapté aux conditions thermiques et de pression.

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Il s’agit d’un système rechargeable facilement, et surtout dans un facteur de forme modulaire, une structure souple que l’on voit dans les différentes photos, agrégeant différents modules de stockage. En termes de sécurité, il s’agit d’un système à basse pression, qui élimine les risques évidents à stocker de l’hydrogène haute pression sur un combattant (pas une bonne idée, en effet).

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Lors du forum, un prototype était présenté, et permettait de recharger un smartphone sans aucun problème (pour info, non ce n’est pas le nouveau logo de Safran :)). On se dirige donc vers un système complet permettant de contribuer à une augmentation d’autonomie en énergie du fantassin en tenant compte de l’ensemble du contexte de ses missions.

Suite de la visite du forum dans de prochains articles…

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Nous avions déjà parlé des armes hypersoniques ou hypervéloces, dont, je le rappelle, l’objectif est de pouvoir frapper n’importe quel point du globe en moins de 1h. Pour rappel, on désigne par hypersonique une charge militaire pouvant être propulsée à une vitesse comprise entre Mach 5 et Mach 10 – une vitesse de l’ordre de 10 000 km/h. Nos amis chinois avaient récemment testé avec succès leur arme DF-ZF, une charge militaire propulsée par un missile balistique jusqu’à la stratosphère. Le DF-ZF est lâché, entre dans l’atmosphère, puis se rétablit et remonte avant de contrôler son altitude et sa vitesse, et de planer vers sa cible. Cette trajectoire semble erratique, et est très difficile à anticiper pour un système de défense, principalement en raison de sa vitesse.

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Mais une telle arme est complexe à mettre au point, notamment parce que ses composants (charge militaire mais aussi système de guidage) sont soumis à de très fortes contraintes (accélération, frottements, température). Il est donc nécessaire de pouvoir disposer de moyens d’essais conséquents.

Pour ce faire, la Chine vient d’annoncer qu’elle était en train de bâtir la soufflerie la plus puissante du monde, permettant de simuler des vitesses de l’ordre de 12km/s, concurrençant ainsi directement la soufflerie LENS-X située au Nevada, jusqu’alors le tunnel hypersonique le plus puissant du monde (Mach 30), et plus puissante que la soufflerie hypersonique chinoise actuelle, appelée JF 12 (et rebaptisée HyperDragon) – le reportage ci-dessous permet d’en découvrir les images.

Il ne s’agit pas d’un problème simple : construire une soufflerie hypersonique nécessite de surmonter différents défis : la capacité de reproduire sans danger des situations de surchauffe, sans détruire l’installation elle-même, la reproduction de conditions extrêmes de températures et de pression pendant une durée longue, avec un système d’instrumentation et de mesure lui-même hyper-rapide, et sans oublier les contraintes liées à l’alimentation en électricité d’une telle installation.

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La génération d’un flux d’air aussi puissant ne peut reposer sur une hélice, aussi grosse soit-elle. Il a fallu trouver un autre moyen, en l’occurrence, une détonation. Dans le cas de la soufflerie hypersonique chinoise, le principe repose sur une série de détonations contrôlées. Des tubes d’oxygène, d’hydrogène et d’azote permettront de faire détoner un mélange de gaz, créant ainsi une série d’explosions, donc d’ondes de choc. Ces ondes seront canalisées par un tunnel métallique, jusqu’à la chambre de test ; selon l’un des ingénieurs responsables du projet, elles généreront l’équivalent de 1 GW de puissance en 0,5 s, soit la moitié d’une centrale nucléaire classique. Elles permettront de créer une température de 7700 degrés au sein de la chambre de test (oui, oui, plus chaud que la surface du soleil) afin de pouvoir tester les revêtements et systèmes de dissipation de l’énergie thermique du véhicule hypersonique, lors de sa rentrée dans l’atmosphère.

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On rappelle que la vitesse EV (escape velocity ou vitesse de libération en français) correspondant à la vitesse nécessaire pour échapper à l’attraction terrestre, est de 11 km/s. Même si la soufflerie chinoise ne bat que de 2km/s l’installation LENS-X, il s’agit de pouvoir tester des vecteurs dans toutes les phases du vol hypersonique (ce que les américains ne peuvent aujourd’hui faire).

La nouvelle installation permettra de tester des modèles assez volumineux (on parle d’une envergure de 3m). Elle devrait être mise en service d’ici 2020, ce qui montre l’importance que la Chine accorde à son programme hypersonique, et à la course aux armements dans laquelle elle prend aujourd’hui la tête vis-à-vis des USA et de la Russie.

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Je commence par présenter mes excuses pour ce rythme de posts un peu ralenti, mais je suis en déplacement, et comme rien ne se passe jamais comme prévu, j’ai du modifier quelques plans, ce qui me fait prendre du retard dans la tenue du blog.

Je voulais aujourd’hui partager une innovation que j’ai pu voir lors du salon Milipol sur le stand de l’entreprise barcelonaise GTD. Juste pour ceux qui ne connaîtraient pas cette entreprise, GTD, dirigée par le talentueux et sympathique Angel Ramirez, est une société espagnole assez remarquable, créée en 1987 par Angel et trois autres associés, afin de développer des systèmes d’information dans le domaine industriel.

Trente ans plus tard, c’est le genre de société dont tout le monde rêve : GTD fait de l’aéronautique, du spatial, du naval, de la sécurité et de la défense, avec des réalisations assez emblématiques, comme le centre de contrôle du lanceur Ariane V, ou la réalisation d’instruments critiques pour le projet ITER. J’ai une sincère admiration pour cette aventure industrielle et technologique, vous l’aurez compris.

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Une superbe société, donc, qui ne cesse d’innover et qui présentait à Milipol le système CENTINELA (photo ci-dessus, avec mon ami Angel Ramirez) : un système d’observation à 360°, qui est capable d’indiquer si vous êtes observé par un sniper ou un observateur muni d’un système optique de précision, de jour comme de nuit.

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L’intérêt opérationnel est immédiat : pouvoir détecter et géolocaliser en temps réel un sniper qui s’apprête à tirer, avant que le coup ne soit parti. Ou détecter un observateur qui pointe ses jumelles sur un convoi, indice possible de la présence d’un dispositif de type IED. Le système peut également détecter la présence d’un dispositif espion de type caméra ou appareil photo.

C’est donc un détecteur d’optique pointée (DOP), un système qui, en soi, est connu depuis longtemps. Le principe repose sur l’utilisation d’un balayage par faisceaux laser. Ces faisceaux sont réfléchis dès qu’ils rencontrent un dispositif optique : ce que l’on appelle la rétrodiffusion (le système optique est illuminé le faisceau, il renvoie sur le même axe optique une portion de lumière rétrodiffusée). Et cela fonctionne bien (voir image ci-dessous, je vous défie de trouver l’observateur à l’œil nu).

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Une analyse est ensuite réalisée permettant d’identifier la nature de la menace et de géolocaliser sa source, encore une fois avant que le coup ne soit parti ou l’IED activé.

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 Les lecteurs pourront objecter que de nombreux dispositifs de détection d’optique pointée existent déjà, par exemple chez Airbus, Safran E&D ou développés par la société française spécialisée dans les lasers, CILAS. Mais ce qui fait la spécificité de Centinela (plus particulièrement du modèle EB210), c’est son efficacité, sa compacité et sa modularité. Le système est en effet capable d’effectuer une détection jusqu’à 2km, sur 360, avec géolocalisation instantanée et dans un facteur de forme particulièrement compact (voir tableau ci-dessous).

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Cela permet en particulier de l’embarquer dans un véhicule de manière discrète et le déployer très rapidement sur une zone isolée (sans doute une limitation de bon nombre de ses concurrents).

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Le système est également capable d’utiliser une approche multispectrale afin de désambigüer et d’identifier la nature de la menace, et peut être couplé avec une station d’identification (en l’occurrence baptisée Campanile 212 – ci dessous à droite), afin de fournir un appui décisionnel une fois que la cible a été détectée.

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GTD a également développé différentes versions portables, sous forme de jumelles compactes, permettant d’équiper les fantassins ou forces de sécurité.

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Ces détecteurs utilisent le même principe avec quelques variations (laser pulsé ou émission infrarouge) afin de détecter les optiques pointées, avec une précision et une efficacité assez impressionnante (voir image ci-dessous, correspondant à la détection d’un observateur derrière les vitres teintées d’un immeuble).

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Une belle réalisation, avec des applications multiples allant (on l’a dit) de la détection d’individus malveillants, à la surveillance de frontières, ou à la détection de drones d’observation.

Pour plus d’information sur cette belle société qu’est GTD, voici le lien vers leur site Internet.