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Connaissez-vous le tardigrade ? Ce petit animal invertébré (entre 0.1 et 1.5mm) est aussi appelé ourson d’eau (voir la photo ci-dessous). Il a un système nerveux, un système digestif, des yeux, des petites pattes griffues, et pond des œufs. Mais il est aussi capable d’entrer en cryptobiose, un état de stase ressemblant à une hibernation extrême.

Pour ce faire, il se rétracte et remplace l’eau de ses cellules par un sucre, le trehalose, et s’entoure d’une couche de cire. Il peut ainsi survivre pendant… eh bien un certain temps, puisque dans cet état il est presque immortel (contre une durée de vie naturelle maximale d’environ 30 mois). Dans cet état il survit dans l’espace (au passage, il joue aussi un rôle surprenant dans la dernière série Star Trek) en supportant des rayonnements, des températures extrêmes, des pressions incroyables. Un véritable super-animal.

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C’est ce qui a donné l’idée aux scientifiques fous de la DARPA (ce n’est pas moi qui le dit mais l’excellent livre « the department of mad scientists » ) de lancer le programme Biostasis.

Le slogan de ce programme est « slow life to save life » (ralentir la vie pour la sauver). L’idée est de contrôler, au niveau moléculaire, les catalyseurs responsables des réactions biochimiques dans les tissus et les cellules. L’inspiration du tardigrade n’est pas uniquement un effet de communication, les scientifiques comptent étudier de près le petit animal pour comprendre les mécanismes responsables de la cryptobiose et s’en inspirer. L’effet final recherché, comme on dit dans le monde militaire, est de pouvoir gagner du temps, notamment en cas de blessure grave sur le champ de bataille.

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L’enjeu est de pouvoir ralentir le métabolisme, sans faire appel à la congélation ou aux basses températures (d’où les guillemets dans le titre de cet article). Le responsable du projet, le Dr. Tristan McClure-Begley, n’est pas un inconnu, et travaille depuis longtemps dans le domaine du biomimétisme (l’inspiration de certains mécanismes et structures de la nature pour innover en ingénierie).

La difficulté, c’est que les traitements (moléculaires ou autres) doivent être synchronisés, et toucher tous les tissus et toutes les cellules en même temps, et avec la même efficacité. Et au sein de la cellule, les processus doivent être soigneusement choisis :  bloquer la respiration cellulaire par exemple ne ralentit pas les autres processus qui en dépendent, ce qui peut amener à un effet contraire : tuer la cellule. C’est pourquoi l’inspiration du tardigrade est importante : la bestiole a en effet la capacité de stabiliser de manière sélective la machinerie intracellulaire.

Le programme vise à identifier tous les vecteurs possibles de cryptobiose: de l’utilisation d’anticorps à l’emploi de techniques plus globales (dites holistiques) pour agir au niveau de l’ensemble de l’organisme. On n’en est pas encore là. Mais les crédits sont votés, le programme va être lancé, et si cela vous intéresse, la DARPA organise un webinar sur le programme – pour s’inscrire c’est ici jusqu’à demain (désolé).

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Ce qui m’amène à parler deux minutes de la DARPA. On voit bien l’intérêt de ce type de structures avec des projets véritablement de long terme à bas TRL (TRL = technology readiness level, une échelle créée par la NASA pour quantifier le niveau de maturité technologique). Car on confond souvent innovation et recherche amont. Il est en effet très important de pouvoir prendre du recul, et examiner des voies de recherche prometteuses même si la maturité technologique est basse, comme dans le projet Biostasis. Cela soulève nombre de questions : trouver les domaines à bas TRL spécifiques de la défense, ou surveiller les technologies de rupture à bas TRL dans des domaines qui peuvent bénéficier à la défense. C’est donc quelque chose de différent des « labs » dont tout le monde parle aujourd’hui (et qui sont bien évidemment nécessaires). Un lab dans la défense, cela sert principalement à expérimenter, accélérer le transfert vers l’opérationnel – c’est d’ailleurs une idée qui a été théorisée dans les années 1950. Pour le coup, le sujet est bien traité dans les armées et à la DGA, en collaboration avec la base industrielle et technologique de défense.

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Il ne faut donc pas confondre le modèle de la DARPA et le modèle des labs d’innovation (je le dis car c’est une véritable tendance à la confusion aujourd’hui). Si l’on souhaite donc avoir « notre DARPA », faute des 3.5 Milliards de dollars de budget de l’agence américaine, ce ne pourra sans doute pas être une « DARPA à la Française » – cela devra se faire avec nos partenaires Européens. Cela est-il acceptable, faisable ? Quelles seront les mécanismes assurant que les intérêts français dans un tel cas seront préservés ? Toutes ces questions devront être traitées, mais on ne peut, je pense, éviter le débat. Faute de quoi, nous raterons les prochaines innovations de rupture, et serons exposés à des surprises stratégiques majeures.

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Je suis d’accord, les articles sur les solutions anti-drones fleurissent sans doute un peu trop sur Internet, ainsi d’ailleurs que sur ce blog. J’ai donc tendance à lever le pied sur ce type de sujets – mais pour le coup, l’approche que je vous propose de décrire ici est intéressante. Car plutôt que de détecter la présence d’un drone, il s’agit de savoir si celui-ci vous observe ou non.

Pour ce faire, les chercheurs de la prestigieuse université Ben Gurion à Beer Sheva ont développé une approche originale visant à comprendre ce que le drone observe. La méthode est ingénieuse et repose sur l’analyse du signal radio de transmission des données à la station de contrôle.

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La technique repose sur ce que l’on appelle les « delta frames », une technologie utilisée dans le domaine du streaming vidéo. Pour expliquer simplement le principe, il suffit de comprendre que dans une vidéo, généralement seul un petit pourcentage des pixels diffère entre deux images successives. Evidemment, cela dépend de la complexité et de la dynamique de la vidéo, mais il est plus avantageux, en termes de compression, de ne transmettre que les différences entre images successives en lieu et place des images brutes. Donc si l’on simplifie, si je regarde une maison ou une fenêtre et que je souhaite transmettre l’information, il n’y aura qu’un très petit nombre de pixels qui changera entre deux frames successives.

Le delta framing utilise donc cette approche, en transmettant dans le flux vidéo des P-Frames ou des B-Frames (les premières dites prédictives ne contiennent que les changements par rapport aux frames précédentes, les secondes dites bidirectionnelles sont des P-Frames qui contiennent aussi des informations sur la frame suivante).

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Si l’on intercepte le flux radio de transmission des données par un dispositif assez simple (ci-dessus), on peut tenter de comprendre la nature de l’image, en regardant uniquement l’enchaînement des delta frames. L’idée est d’identifier des « patterns » dans l’enchaînement des frames en provoquant un stimulus artificiel qui sera observé et donc transmis par le drone.

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Dans l’expérience, les chercheurs utilisent un « smart film », en gros un film transparent qui devient opaque lorsqu’il reçoit une stimulation électrique. En faisant clignoter la fenêtre munie du smart film, les chercheurs génèrent un pattern clignotant reconnaissable dans le streaming vidéo, qui permet de déterminer que le drone effectivement observe la maison.

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Là où c’est extrêmement malin, c’est que le système est totalement indépendant de la nature des frames, et donc fonctionne même en présence de trames cryptées. Au passage, l’équipe de Ben Gurion comprend le célèbre professeur Adi Shamir, l’un des inventeurs du système de cryptage RSA.

L’expérience est visible ici (et s’appelle « Game of Drones ») – elle permet de bien comprendre le dispositif :

On voit clairement que le streaming video change de nature selon un pattern donné, lorsque le stimulus est présenté. Alors certains peuvent dire que cela ne fonctionnerait pas en réalité car le pattern serait visible, ou que le drone bougerait trop… En réalité, on peut imaginer une grande variété de dispositifs de « watermarking » qui pourraient exploiter les delta frames, sans que l’observateur ne s’en rende compte (par exemple en générant des variations subtiles dans des longueurs d’onde peu visibles). Evidemment, si le drone capture les images sans les transmettre, l’approche ne fonctionne pas ; c’est l’une des limites du système.

En tout cas l’idée est véritablement innovante, et pourrait constituer la base d’une nouvelle génération de systèmes de détection (sans doute peu onéreux) applicables à des installations sensibles.

Pour les lecteurs intéressés, vous trouverez l’article ici 

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Bien que n’étant pas journaliste, je jouerai le rôle de modérateur lors de cette conférence qui rassemble trois talentueux intervenants, le 13 mars prochain. Pour vous y inscrire, c’est ici.

 

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(je reprends le fil de ce blog après une semaine passée à Washington, notamment dans l’écosystème de l’innovation).

Lutter contre une menace aérienne, un missile, ou même un drone, cela fait partie des tâches classiques des unités de protection anti-aérienne. Maintenant, imaginez que vous surveillez une base opérationnelle avancée… Tout à coup, à quelques kilomètres, vous voyez apparaître un point noir. Non, finalement, pas un point, mais plusieurs dizaines ou centaines de points vrombissants. Ce sont des drones, communiquant les uns avec les autres pour effectuer des manœuvres d’esquive ou d’attaque coordonnées (voir cet article), portant chacun une charge explosive. Oups.

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Ce n’est évidemment pas là un scénario de science-fiction, même si cela n’était pas envisageable il y a seulement une dizaine d’années. C’est même la situation exacte qu’a vécu une unité russe stationnée autour de Latakieh en Syrie, le 6 janvier dernier, lorsque les radars ont identifié 10 drones  armées de charges explosives volant vers la base aérienne de Hmeimim, tandis que trois autres drones prenaient la direction de la base navale de Tartous.

Six assaillants ont été neutralisés (d’après les dires de l’armée russe) par des moyens de guerre électronique (interception des communications, leurrage et prise de contrôle à distance). Les drones restants ont été vaporisés par une « nouvelle » arme, le Pantsir-S, déployée par l’armée russe en Syrie depuis août 2017.

Le Pantsir-S, c’est en gros le croisement d’un blindé haute performance muni de deux canons de 30mm et d’une batterie comportant un système de douze missiles sol-air. Subtilité slave. Mais le Pantsir, ce n’est pas un inconnu – l’OTAN le connaît sous le nom de SA-22 Greyhound, et c’est le dernier rejeton d’une longue lignée de blindés dédiés à la protection aérienne, et qui remonte jusqu’au châssis du tank amphibie PT-76 – le premier Pantsir (mot russe signifiant carapace) a été mis en service en 1995.

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Le système fonctionne de la manière suivante : le Pantsir dispose d’un radar passif permettant de détecter des pistes jusqu’à 35km. Un second radar, plus précis, prend alors le relais à partir de 24km pour accrocher les cibles – en outre le système dispose de relais optroniques en cas de brouillage des radars, en voies optique et thermique. Le processus de détection et de verrouillage peut être réalisé en moins de 6 secondes. Une fois les mobiles accrochés, le Pantsir peut tirer jusqu’à 4 missiles sur deux ou trois cibles simultanées – il s’agit de missiles radiocommandés 257E6 d’une portée de 20km. Une fois tirés, c’est le véhicule qui permet de les diriger à Mach3 jusqu’aux cibles par liaison radio. Le Pantsir dispose également d’une tourelle munie des deux canons 2A38 de 30mm permettant de tirer 700 munitions avec une cadence de 2500 coups/minute.

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Outre sa capacité à neutraliser des drones, il s’agit en fait de la dernière ligne de défense d’un système de protection et de défense sol-air intégré. Typiquement, le Pantsir est associé à un système de missiles longue portée, haute altitude comme le S400. Mais il s’agit aussi d’une nouvelle doctrine en termes de protection sol-air. Classiquement, c’est l’armée de l’air qui est chargée de « nettoyer le ciel » de toute menace. Mais avec l’avènement des drones, et l’émergence de menaces du type de celles que les russes viennent de connaître (sans doute de la part du groupe Ahrar-Ash-Sham) – des attaques coordonnées, massives et très agiles- c’est maintenant aux unités blindés qu’il incombe d’assurer leur propre protection. Partant, il devient nécessaire de développer de nouvelles capacités, de nouveaux systèmes d’armes, de nouvelles stratégies. Le Pantsir en est l’une de premières incarnations, sans doute pas la dernière.

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Sans doute vous souvenez vous de « Big Dog », robot emblématique de la société américaine Boston Dynamics, supposé assister les fantassins lors de leurs déplacements ? Big Dog fut l’incarnation de cette nouvelle génération de robotique militaire, permettant aux combattants de disposer d’une « mule » robotisée capable de les suivre sur n’importe quel terrain. Son successeur, baptisé AlphaDog ou LS3 (legged squad support system) avait ainsi fait l’objet d’une expérimentation grandeur nature dans le cadre des exercices Pacific Rim, par les US Marines.

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Je l’avais écrit dans cet article, après un programme d’évaluation de 32 millions de $, l’armée américaine avait finalement renoncé au projet, en particulier parce que l’engin, muni d’un moteur thermique, était particulièrement bruyant et donc inadapté aux opérations.

La société Boston Dynamics a ensuite connu plusieurs péripéties (en annonçant renoncer aux robots militaires, puis non, puis si, puis….non). La DARPA a en effet poursuivi son soutien, et ce mois-ci un nouveau robot baptisé Spot Mini a été dévoilé, et ce n’est rien de le dire, il est impressionnant.

Sa technologie d’abord : le Spot Mini (petit frère du Spot, donc) est un robot quadrupède léger (une trentaine de kilos lorsqu’il dispose de son bras articulé). Ce poids lui permet d’être un robot « tout-électrique », disposant d’une autonomie non négligeable de 90 minutes. Et comme il est électrique, il est particulièrement discret.

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Il peut être muni d’un bras articulé préhensile à cinq degrés de liberté lui permettant de capturer des objets, et dispose d’une suite de capteurs assez avancée (caméra stéréo, centrale inertielle, potentiellement caméra IR…), ce qui en fait un engin assez intéressant, notamment pour évoluer discrètement en environnement urbain.

Là où cela devient carrément bluffant, c’est dans la vidéo ci-dessous.

On voit un SpotMini buter devant une porte fermée… et attendre qu’un autre robot, possédant le bras articulé, lui ouvre la porte. Difficile de savoir avec cette seule vidéo si la communication et le comportement collaboratif ont été explicitement codés. Il faut toujours se méfier des apparences, et le comportement observé pourrait simplement s’expliquer par le fait que le robot muni du bras a continué à explorer son environnement, et que l’ouverture de la porte a simplement été exploitée par opportunisme par le premier robot.

Néanmoins, cela permet d’observer un couplage intéressant entre deux robots potentiellement utilisables en environnement hostile, et qui cette fois-ci répondent à l’impératif de discrétion que Big Dog était incapable de respecter.

Bon, le souci c’est évidemment l’anthropomorphisme, et je ne donne pas plus de quelques jours pour que des articles fassent le lien entre Spot Mini, et les robots « tueurs » comme le robot présenté dans l’épisode « Metalhead » (ci-dessous)  de l’excellente série Black Mirror (que je vous recommande très chaudement).

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Au passage, j’ai reçu le nouveau livre de Brice Erbland, officier pilote de l’ALAT et auteur de l’essai « dans les griffes du Tigre : récits d’un officier pilote d’hélicoptère de combat en Afghanistan et en Libye » – que je conseille également – qui s’intéresse aux robots tueurs avec ce titre accrocheur : « Robots tueurs : que seront les soldats de demain ? ». J’en ferai le commentaire dans un prochain article.

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Revenons au Spot Mini ; il s’agit donc d’un concept intéressant, impressionnant si véritablement le comportement collaboratif a été volontairement implémenté.

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En revanche, le concept d’emploi devra être étudié. Ses capacités d’emport semblant limitées, l’utilisation qui semble la plus immédiate est aujourd’hui la patrouille et la protection de sites ou de périmètres, ou la reconnaissance au service soit de groupes d’intervention (modulo le bruit qui, même diminué, reste présent) soit de fantassins (reconnaissance d’un itinéraire, neutralisation d’IED). Mais le domaine évolue rapidement, et SpotMini montre qu’aujourd’hui, les concepteurs de robots ont une approche que l’on pourrait appeler « holistique » en concevant en même temps le hardware, le logiciel, et l’aspect comportemental du robot. Ce n’est qu’en adoptant une telle approche que les applications militaires de la robotique pourront réellement être étudiées.

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Le biomimétisme est un domaine en plein essor, et nous avons déjà parlé dans ce blog de l’inspiration de la nature dans différents domaines (camouflage, mobilité…). Cette fois-ci, un petit éclairage sur le programme OFFSET de la célèbre DARPA (rappel : Defense Advanced Projects Research Agency).

Là où il y a programme militaire, il y a acronyme et celui-ci (OFFSET, donc) signifie OFFensive Swarm-Enabled Tactics, soit tactiques offensives en essaim. La robotique en essaim, c’est un serpent de mer (pour rester dans la métaphore biologique); depuis les années 1990, de nombreux chercheurs et instituts s’inspirent de la nature et du comportement en essaim des oiseaux et des insectes pour imaginer des modes de travail collaboratifs pour des robots.

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Car un essaim, c’est un système multi-agents en mouvement, un système complexe capable de comportements émergents et adaptés. A la différence d’un système classique (un vecteur, une mission), un essaim semble capable de prendre des décisions complexes et coordonnées dans un environnement non structuré. On parle d’auto-organisation, un processus par lequel de multiples décisions individuelles entraînent un comportement au niveau du groupe.

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Prenons l’exemple d’un essaim d’insectes sociaux (fourmis, criquets…). Chaque individu possède des capacités de mouvement et de préhension limitée, l’ensemble de l’essaim étant quant à lui capable d’édifier des structures complexes. Autre exemple : les poissons ou oiseaux capables d’échapper à des prédateurs en utilisant des tactiques d’évitement tournoyantes complexes, sans que la trajectoire ne soit définie à l’avance, et chaque membre de l’essaim se fondant sur le comportement de ses voisins immédiats.

L’idée de la robotique en essaim, c’est donc de développer des algorithmes adaptés à des centaines ou des milliers de robots simples, chacun disposant de fonctions et de capacités de base et d’une connaissance limitée du monde et de ses voisins, afin de développer un comportement collectif résultant de la combinaison des actions individuelles.

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Dans le programme OFFSET, la DARPA s’intéresse au combat urbain et vise à utiliser des techniques innovantes en essaim pour établir et maintenir une supériorité opérationnelle dans cet environnement. Car l’exploration d’un théâtre d’opérations en zone urbaine est complexe : l’environnement est imprévisible, compliqué (occlusion, multiples chemins, découpage vertical de l’espace). Une stratégie de type essaim permettrait d’avoir un réseau de capteurs distribués et dispersés, une combinaison des effecteurs, et une distance opérationnelle accrue. L’idée dans le programme est d’employer environ 250 éléments autonomes et hétérogènes au sein de l’essaim, dans une zone équivalant à 8 blocs urbains (rappelons que nous sommes aux USA et que leurs villes sont conçues avec Minecraft – juste pour plaisanter), et pour une durée moyenne de mission de 6 heures.

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La logique est présentée dans le schéma ci-dessous : les individus sont munis d’algorithmes de base (ainsi SLAM signifie Simultaneous Location & Mapping, cartographie et localisation simultanées). Des missions de plus haut niveau sont définies (les primitives), et le système multi-agents doit lui montrer l’emploi de tactiques (comme donner l’assaut à un bâtiment).

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Pour ce faire (et comme présenté dans la vidéo ci-après), l’agence cherche à développer un environnement interactif de type jeu vidéo permettant à des opérateurs humains de juger de la pertinence des tactiques de l’essaim observées. En parallèle, la DARPA souhaite disposer d’une plate-forme de test physique permettant d’évaluer les individus autonomes et de définir une architecture de contrôle.

Dans sa forme, le projet est dynamique et itératif et utilise la méthode agile: tous les 6 mois, la DARPA organise un « Sprint » – donc une session de prototypage rapide – sur l’une des thématiques d’intérêt : autonomie de l’essaim, tactiques de l’essaim, interaction essaim/humain, environnement virtuel et plate-forme de test physique.

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En parallèle, l’agence peut décider de déclencher un « sprint » sur une thématique ad hoc, à n’importe quel moment. Le schéma ci-après présente l’organisation du projet.

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Le projet est innovant dans le fond et la forme, même si c’est encore une fois l’alliance de groupes industriels « classiques » qui rafle la mise, la phase 1 du contrat ayant été notifiée à Raytheon BBN Technologies et Northrop Grumman, les acteurs moins classiques se voyant intervenir lors des sprints. Presque innovant, donc…

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De temps en temps, on voit une société émerger, qui provoque chez nous autres passionnés un réflexe d’envie voire de jalousie. J’ai par exemple déjà parlé de la société remarquable d’Angel Ramirez, GTD, qui est, je dois le dire, la société que j’aurais aimé créer… Aujourd’hui, laissez moi vous parler d’une autre pépite, la société Planetary Resources. Au passage, merci à Starburst de m’avoir présenté son fondateur et de m’avoir invité à leur conférence il y a quelques mois…

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Nous allons donc parler d’espace et d’astéroïdes… Quel rapport avec la défense ? En réalité, l’espace est véritablement devenu un champ à part entière de l’action militaire, comme l’illustre d’ailleurs la récente déclaration du général Jean-Pascal Breton, du commandement interarmées de l’espace : « « Il y a naturellement dans l’espace un certain nombre de satellite qui viennent regarder et observer ce que nous faisons en particulier sur certaines orbites géostationnaires. C’est ce qui nous préoccupe un tout petit peu en ce moment ».

Outre cet aspect, il est évident que l’espace est aujourd’hui un domaine d’intérêt stratégique majeur, ce qui nécessite de pouvoir y accéder, construire des infrastructures en orbite, s’y ravitailler, … autant de problématiques d’une complexité réelle compte tenu de l’hostilité du milieu (ainsi la température à la surface d’un satellite oscille de +150°C à -120°C, ce qui ne facilite pas les opérations).

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C’est là que l’on commence à parler de Planetary Resources (PR). Cette société a été fondée par un visionnaire, Chris Lewicki, directeur de vol à la NASA sur les missions martiennes Spirit et Opportunity, et directeur des aspects surface du programme Phoenix. Chris Lewicki a même un astéroïde nommé d’après son patronyme : 1369Lewicki. Car l’homme s’intéresse beaucoup aux astéroïdes au point d’avoir créé la première et aujourd’hui seule société au monde dédiée au « mining d’astéroïdes ».

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Pour comprendre son business, il emploie une analogie ; imaginons que vous voulez construire un barrage. Si l’on raisonne comme raisonnent aujourd’hui la NASA ou Space X : on construit le barrage dans un hangar, on le protège pour qu’il résiste au transport, on construit un système massif de transport routier pour acheminer le barrage sur des gigantesques camions à destination, puis on installe le barrage. Ce dernier va devoir résister pendant le voyage à des contraintes qu’il ne connaîtra jamais plus, et une fois en place, à des contraintes qu’il n’a jamais rencontrées auparavant. C’est ce que l’on fait aujourd’hui pour construire une station spatiale ou un satellite, et l’acheminer en orbite.

Mais imaginons que l’on puisse tout faire depuis l’espace… En particulier se ravitailler en eau et en carburant, mais aussi construire des infrastructures sans avoir besoin de tout acheminer depuis la Terre… Cela change radicalement la donne (on parle de 95% de réduction de coûts par rapport  aux processus traditionnels), et c’est le projet de PR.  L’idée ? Exploiter les ressources naturelles des NEA (near-earth asteroids), les astéroïdes proches de la Terre.

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Dans un premier temps, il s’agit de trouver de l’eau, pour le soutien des équipages, mais aussi pour créer du carburant. Pour cela, il faut lancer une mission d’exploration, afin de cibler et de sonder les astéroïdes d’intérêt.

La société est prête à envoyer dans l’espace son satellite Arkyd6, un instrument dont l’objectif est de scanner les astéroïdes en imagerie infrarouge (bande 3-5 microns), une zone du spectre électromagnétique permettant de détecter la présence d’eau. Auparavant, en 2015, elle avait déployé à partir de la station spatiale internationale le satellite Arkyd3R afin de valider les briques technologiques nécessaire à la réalisation de la mission de la société. En 2020, PR déploiera Arkyd301, un essaim de véhicules spatiaux inhabités d’exploration propulsés par des moteurs ioniques, ciblant plusieurs astéroïdes d’intérêt afin de réaliser un sondage de leur surface, établissant au passage la base de données la plus chère (et sans doute la mieux protégée) au monde, chaque gisement pouvant générer l’équivalent de trillions de dollars en termes de ressources.

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L’idée ensuite ? Extraire de l’eau pour créer des stations de ravitaillement dans l’espace, mais aussi bâtir des infrastructures complètes à partir du métal trouvé sur des NEA, notamment par des techniques d’impression 3D.

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Situées au-delà de l’attraction terrestre, de telles structures seront moins chères à construire, et ne seront pas limitées en termes de taille. N’oublions pas non plus l’extraction de métaux précieux afin de développer des composants électroniques dans l’espace.

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Le projet est sérieux ; outre des conseillers prestigieux (James Cameron, Henry Hertzfeld, et autres scientifiques du MIT ou de John Hopkins Applied physics lab), la société compte des investisseurs aux poches profondes :  Larry Page et Eric Schmidt (Alphabet), Ram Shriram, l’un des premiers investisseurs dans Google, Sir Richard Branson (Virgin) ou encore Ross Perot. La société bénéficie également du soutien du Luxembourg ; cette petite nation vise en effet à attirer les sociétés du domaine spatial en travaillant notamment sur les aspects régulation, lobbying et propriété intellectuelle.

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Une société réellement innovante, un projet passionnant et de long terme, une véritable question stratégique dans le contexte de l’arsenalisation de l’espace… PR inaugure une nouvelle génération d’acteurs de la conquête spatiale, qui devrait intéresser à la fois l’écosystème de la défense, et celui du financement des entreprises innovantes et stratégiques.