Archives de la catégorie ‘Munitions’

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On se souvient de l’émoi suscité il y a quelques années par les caractéristiques du dernier-né des chars lourds russes, le T14 Armata. Avec une masse comprise entre 48 tonnes et 55 tonnes en fonction des versions (et des informations disponibles!), ce char était présenté comme l’arme ultime, capable de prouesses technologiques et opérationnelles telles qu’il donnait des sueurs froides états-majors occidentaux. Avant d’expliquer le titre de ce post, revenons un peu sur les caractéristiques connues de la bête de guerre (pour ceux que cela intéresse, voici une vidéo assez longue sur le sujet).

Pour rappel, le T14 Armata construit par Uralvagonzavod comporte de très nombreuses innovations (même si certaines sont difficilement vérifiables), comme une capsule blindée spécifiquement conçue pour protéger son équipage de trois hommes, ainsi que les zones sensibles (carburant et munitions), sa nouvelle tourelle 2A83 de 152mm (!) étant quant à elle téléopérée, et amenée à remplacer l’actuelle tourelle 2A82-1M à canon lisse de 125mm. Il devrait également être capable de tirer des missiles 3UBK21 Sprinter. Le char comporte une mitrailleuse télé-opérée PKTM de 7,62mm. La conduite de tir Kalina est numérique, et le T14 est équipé de viseurs thermiques pour le tireur et le commandant. Le tir est évidemment gyrostabilisé.

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De plus, l’Armata comporte un ensemble de systèmes destinés à assurer une certaine discrétion et protection, sans aller jusqu’à une prétendue furtivité. Sa carapace comporte plusieurs couches, comme un blindage brut composite (céramique/acier), un blindage réactif Monolith, et une protection à base de Kevlar jouant le rôle de pare-éclats pour l’intérieur de la capsule de l’équipage.

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Le T14 est muni d’un système de protection active analogue au Trophy israélien. Baptisé Afganit, il s’agirait d’un système de type Hard-Kill comprenant un système radar (deux grilles de radars actifs/passifs disposées de chaque côté du canon) couplé à un système de brouillage, une conduite de tir numérique et à des lanceurs spécifiques, permettant d’éliminer tout missile ciblant le T14 (y compris ceux à l’uranium appauvri), sans doute par utilisation d’une charge EFP (Explosively Formed Penetrator).

Petite incise sur cette technologie, que l’on retrouve également dans certaines munitions françaises comme la munition Bonus. Il s’agit d’un type de charge formée, qui ressemble à une soucoupe, concave dans la direction de la cible. En explosant, la charge projette le disque en métal (généralement du Tantale) qui se déforme afin de constituer un projectile pénétrant (en général, la profondeur de pénétration est égale à la moitié du diamètre de la charge). Un concept redoutable.

Le char est également muni de détecteurs d’alerte laser lui permettant de détecter toute illumination par un ennemi. Son moteur muni d’une turbine de 1500CV lui permettrait de se déplacer dans un froid extrême, grâce à de nouveaux super-condensateurs. Avec une vitesse de 80km/h sur route, et un rayon d’action annoncé de 500km, le super-char est également doté d’une capacité de surveillance et de vision déportée aux abords du char à l’aide du drone filaire Pterodaktyl embarqué.

Bon, tout cela pour dire que l’Armata est une bête de guerre bourrée d’innovation… Mais tout ceci a un prix : 4M$ par bestiole. C’est pourquoi le vice-premier ministre russe, Yury Borisov, vient de déclarer qu’il ne serait pas produit en masse. Pas de hordes d’Armata en vue à l’Est, donc (le chiffre initialement prévu était de 2300 T14 en 2020). La Russie considère que le T-72BM (une évolution du célèbre char de combat T72 de la guerre froide) est suffisant face aux troupes de l’OTAN (je cite). Il est vrai que le T72BM  (ci-dessous) ne coûte « que » 2M$ (ce qui n’est pas grand-chose face aux 6M$ d’un M1A2 Abrams, par exemple).

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Le souci, c’est que le budget de la défense russe (environ 57 Milliards d’Euros, pas grand-chose en regard du budget de l’OTAN) ne permet pas au pays de rénover à la fois sa flotte de chars lourds, et ses autres systèmes. Le chasseur de nouvelle génération SU-57 est également mis en réserve, pour la même raison. D’aucuns suspectent que dans le cas du T14, la production n’était pas seule en cause, et que la conception du système n’était pas complètement mature.

Le T14 Armata – même s’il n’est pas abandonné – a néanmoins permis de donner un « électrochoc » en suscitant une accélération de la réflexion sur les chars du futur et leur emploi. Et rien n’est perdu pour la Russie : le T72BM (tout comme le T90) constitue déjà un beau succès à l’export. De quoi se consoler de l’Armata.

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Bien que le projet soit engagé depuis 2012, c’est ce mois-ci, lors de la conférence FIRES de Fort Sill (USA), qui permet chaque année aux industriels de dévoiler leurs dernières innovations en termes de technologie de défense (ci-dessous), que Lockheed Martin a fait le « buzz ». La firme américaine a en effet, et pour la première fois, dévoilé des détails et caractéristiques techniques sur son missile miniature « Hit-To-Kill » (MHTK).

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Il s’agit d’un nouveau type de missile miniature, permettant, sur le même principe que le système « Iron Dome » israélien, de constituer une bulle de protection autour d’installations sensibles, ou de troupes déployées.

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La bestiole est très, très compacte ; en gros, la taille d’un parapluie : 71cm de long dans sa dernière version (contre 68cm initialement), un diamètre de 4cm, et un poids d’environ 2,2 kg. Cela, en soi, c’est une innovation. Car le missile MHTK embarque un radar miniaturisé à antenne active, un système de propulsion et son carburant, le système de contrôle, et bien évidemment une charge utile (en l’espèce, de la même manière qu’un obus flèche, c’est l’énergie cinétique qui provoque l’effet militaire, sans besoin d’une charge explosive). Le système de tracking est une antenne AESA (active electronically-scanned array) qui procure un champ de balayage de 45° en élévation, avec un angle de 90°. Pour mémoire, un radar AESA remplace l’antenne mécanique mobile d’un radar classique par un ensemble fixe composé de plusieurs modules émetteur/récepteur. Chacun de ces modules est commandé individuellement, ce qui permet d’orienter le faisceau dans la direction souhaitée.

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L’emploi privilégié du MHTK est la protection d’installation contre des attaques de type roquettes, missiles ou drones. Différents radars couvrant la zone ont fonction de détecter la menace. Une fois celle-ci identifiée, le MHTK est lancé, et va se diriger vers les coordonnées signalées par le radar, avant d’engager une phase de recherche autonome de sa cible en analysant notamment sa vitesse d’approche. L’interception est directe (« hit to kill ») et permet d’éviter les dégâts collatéraux que l’on peut redouter si l’on emploie une charge explosive au lieu d’une charge cinétique.

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L’objectif est de pouvoir lancer le MHTK à partir de plateformes mobiles (camions lanceurs) ou même d’employer des systèmes de lancement verticaux, permettant d’embarquer une trentaine de missiles, qui ensuite trouveront d’eux-mêmes leur cible (plusieurs versions du MHTK existent, actives ou semi-actives, mais elles possèdent toute la même configuration). Lockheed Martin cherche ainsi à imposer le choix du MHTK comme le système retenu dans le cadre du programme Indirect Fire Protection Capability de l’US Army.

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Mais comment Lockheed Martin a-t-il réussi à miniaturiser un tel système (gage notamment de sa manœuvrabilité une fois dans les airs, sachant qu’il doit intercepter des cibles elles-mêmes très manœuvrantes) ? La réponse : en s’inspirant de technologies civiles !

Son système de tracking utilise ainsi des composants issus de l’imagerie médicale (en particulier en convertissant les radiofréquences en signaux lumineux – pour le coup, c’est le niveau maximal d’information fourni par Lockheed Martin !). Ce faisant, le système gagne en compacité. Les ingénieurs se sont également inspirés de l’industrie des smartphones afin d’en dériver des modules et en particulier d’en exploiter une caractéristique très intéressante : dans un smartphone, l’électronique est conçue de telle façon que les composants n’interfèrent pas entre eux alors qu’ils cohabitent dans un facteur de forme très compact. Une caractéristique évidemment très utile au domaine militaire.

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Ce « baby missile » comme la presse le surnomme déjà est donc l’illustration parfaite des fertilisations croisées entre le monde civil, grand public, et l’innovation technologique de défense. De plus, l’utilisation de technologies dites CE pour « Consumer Electronics » permet de garantir une certaine robustesse. Un smartphone doit pouvoir tomber, encaisser des chocs, des variations de température, sans pour autant cesser de fonctionner. Finalement, le monde civil est parfois plus exigeant en termes de robustesse que le monde militaire.

Le missile MHTK – s’il remporte la compétition – devrait être mis en service d’ici 2022.

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(je reprends le fil de ce blog après une semaine passée à Washington, notamment dans l’écosystème de l’innovation).

Lutter contre une menace aérienne, un missile, ou même un drone, cela fait partie des tâches classiques des unités de protection anti-aérienne. Maintenant, imaginez que vous surveillez une base opérationnelle avancée… Tout à coup, à quelques kilomètres, vous voyez apparaître un point noir. Non, finalement, pas un point, mais plusieurs dizaines ou centaines de points vrombissants. Ce sont des drones, communiquant les uns avec les autres pour effectuer des manœuvres d’esquive ou d’attaque coordonnées (voir cet article), portant chacun une charge explosive. Oups.

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Ce n’est évidemment pas là un scénario de science-fiction, même si cela n’était pas envisageable il y a seulement une dizaine d’années. C’est même la situation exacte qu’a vécu une unité russe stationnée autour de Latakieh en Syrie, le 6 janvier dernier, lorsque les radars ont identifié 10 drones  armées de charges explosives volant vers la base aérienne de Hmeimim, tandis que trois autres drones prenaient la direction de la base navale de Tartous.

Six assaillants ont été neutralisés (d’après les dires de l’armée russe) par des moyens de guerre électronique (interception des communications, leurrage et prise de contrôle à distance). Les drones restants ont été vaporisés par une « nouvelle » arme, le Pantsir-S, déployée par l’armée russe en Syrie depuis août 2017.

Le Pantsir-S, c’est en gros le croisement d’un blindé haute performance muni de deux canons de 30mm et d’une batterie comportant un système de douze missiles sol-air. Subtilité slave. Mais le Pantsir, ce n’est pas un inconnu – l’OTAN le connaît sous le nom de SA-22 Greyhound, et c’est le dernier rejeton d’une longue lignée de blindés dédiés à la protection aérienne, et qui remonte jusqu’au châssis du tank amphibie PT-76 – le premier Pantsir (mot russe signifiant carapace) a été mis en service en 1995.

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Le système fonctionne de la manière suivante : le Pantsir dispose d’un radar passif permettant de détecter des pistes jusqu’à 35km. Un second radar, plus précis, prend alors le relais à partir de 24km pour accrocher les cibles – en outre le système dispose de relais optroniques en cas de brouillage des radars, en voies optique et thermique. Le processus de détection et de verrouillage peut être réalisé en moins de 6 secondes. Une fois les mobiles accrochés, le Pantsir peut tirer jusqu’à 4 missiles sur deux ou trois cibles simultanées – il s’agit de missiles radiocommandés 257E6 d’une portée de 20km. Une fois tirés, c’est le véhicule qui permet de les diriger à Mach3 jusqu’aux cibles par liaison radio. Le Pantsir dispose également d’une tourelle munie des deux canons 2A38 de 30mm permettant de tirer 700 munitions avec une cadence de 2500 coups/minute.

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Outre sa capacité à neutraliser des drones, il s’agit en fait de la dernière ligne de défense d’un système de protection et de défense sol-air intégré. Typiquement, le Pantsir est associé à un système de missiles longue portée, haute altitude comme le S400. Mais il s’agit aussi d’une nouvelle doctrine en termes de protection sol-air. Classiquement, c’est l’armée de l’air qui est chargée de « nettoyer le ciel » de toute menace. Mais avec l’avènement des drones, et l’émergence de menaces du type de celles que les russes viennent de connaître (sans doute de la part du groupe Ahrar-Ash-Sham) – des attaques coordonnées, massives et très agiles- c’est maintenant aux unités blindés qu’il incombe d’assurer leur propre protection. Partant, il devient nécessaire de développer de nouvelles capacités, de nouveaux systèmes d’armes, de nouvelles stratégies. Le Pantsir en est l’une de premières incarnations, sans doute pas la dernière.

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C’est évidemment paradoxal compte tenu de l’histoire militaire des Etats-Unis, notamment dans la Guerre du Pacifique, mais la semaine dernière, lors du salon d’armement Army USA (AUSA), la société américaine Mistral, représentant de la société israélienne Uvision aux Etats-Unis, a présenté un drone kamikaze opérationnel à destination des forces spéciales américaines.

Le principe de ce drone ? Un hybride entre un drone opérationnel et une munition « rodeuse » (loitering en anglais), baptisé Hero. Lancé par un système pneumatique (en gros, un canon à air comprimé), le drone Hero possède tous les attributs d’un drone classique : des commandes de vol, un système de téléopération, un système de caméra… mais aussi une charge militaire explosive.

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Le principe est simple ; le système peut être emporté sur le terrain (au moins dans sa variante appelée Hero 30), pesant moins de 15 kg avec son système de lancement. Une fois en vol, le Hero 30 peut être téléopéré par un opérateur, et possède une autonomie de 30mn.

Mais le drone ne se contente pas d’observer : une fois une cible identifiée, il se transforme en missile afin d’effectuer la neutralisation de son objectif (lire caramélisation, c’est juste un terme un peu plus… sibyllin). Plusieurs versions existent : le Hero 30 avec une charge antipersonnel efficace également sur les véhicules très légèrement blindés, le Hero 40 avec une charge militaire plus importante, et destiné à être lancé à partir d’un véhicule, et le plus imposant Hero 120.

Les drones Hero peuvent en effet être lancés à partir d’un véhicule blindé, ce qui permet d’équiper des unités de reconnaissance d’une plate-forme permettant de lancer une dizaine de drones, quantité estimée suffisante pour neutraliser les unités ennemies de premier rideau. Le Hero 120 quant à lui possède une autonomie d’1 h, une portée de 40km, et une charge de 3.5kg d’explosif suffisante pour faire de l’antichar.

A la différence d’un missile, le Hero possède toutes les fonctions d’un drone : vision jour/nuit, utilisation en environnement non accessible au GPS, autonomie de navigation… Par rapport à une munition classique, l’idée est aussi de pouvoir faire du « handover », soit de la transmission de contrôle : le drone est lancé par un poste opérationnel avancé, et la section de reconnaissance sur le terrain en prend le contrôle pour les phases terminales de la mission.

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Il s’agit donc d’une munition intelligente dite « rôdeuse » car pouvant être déployée dans une zone sans avoir de cible préétablie. En revanche, oubliez le fantasme du robot tueur ou SALA (système d’armes létal autonome) capable d’identifier sa cible et de décider unilatéralement de la traiter. L’autorisation de l’opérateur est requise pour procéder à l’autorisation d’emploi de la charge militaire ; et de toutes façons, je ne connais pas beaucoup d’unités qui se risqueraient sur un théâtre survolé par un robot qui déciderait de lui-même de faire exploser sa charge (il y a des volontaires ??).

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Pour l’heure, l’US Army – en particulier l’US SOCOM, commandement des forces spéciales américaines – procède à des tests opérationnels, en ayant annoncé son vif intérêt pour le système proposé par Uvision. La société annonce d’ailleurs son système Hero 400, nouvelle version du drone kamikaze de 2m de long et 2,4m d’envergure, muni d’une charge creuse en tandem de 10kg.

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Je reprends – pour une semaine seulement – le cours de ce blog, entre deux périodes de vacances (si, si, méritées 😊), avec un focus sur les armes légères. Cela peut paraître inattendu pour un blog sur l’innovation technologique de défense, dans la mesure où les munitions de pistolets, revolvers, ou fusils n’ont finalement que très peu évolué en 200 ans.

Mais pour le coup, c’est une double innovation qui vient d’être présentée par Textron Systems. Les munitions, en premier lieu. Le problème pour le fantassin de devoir transporter des chargeurs remplis de munitions, c’est le poids. En particulier, l’enveloppe des munitions traditionnelles est constituée essentiellement de cuivre, et les munitions elles-mêmes sont volumineuses. Pour donner une idée, un ruban de 800 munitions pour la mitrailleuse américaine M240L (7,62mm) pèse environ 23 kg ! Un poids à ajouter à celui de la mitrailleuse elle-même (10kg), et une contrainte que les opérateurs français de Minimi connaissent bien.

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L’idée de Textron – dans le cadre d’un programme baptisé LSAT pour Light Weight Small Arms Technology – est donc d’alléger les balles elles-mêmes et de réduire leur taille afin de faciliter leur transport. Pour ce faire, les ingénieurs se sont intéressés à l’enveloppe des munitions, qu’ils ont remplacée par une enveloppe en polymère. Ce sont des munitions dites télescopées, c’est-à-dire que la balle n’est pas placée au-dessus de la poudre, mais qu’elle est incluse dans celle-ci. Elle est placée dans une enveloppe en polymère, et complètement entourée par la poudre. De ce fait, elle est moins volumineuse (30% moins longue), et surtout, grâce à cette nouvelle enveloppe, elle est jusqu’à 40% plus légère que son équivalent en cuivre ! Textron appelle ce nouveau système CT pour « cased telescoped ».

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 Le souci, c’est que de telles balles ne peuvent être tirées à partir d’armes classiques. Il a donc fallu développer de nouvelles mitrailleuses capables de tirer des munitions CT. Revenons à la M240L qui, avec ses munitions, pèse aujourd’hui 33 kg. La nouvelle version capable de tirer des balles CT polymères pèse 6,6 kg, pour un poids de munitions de 14 kg, soit au total 20,6 kg, ce qui n’est pas un gain négligeable.

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Mais le gain n’est pas uniquement en termes de poids. Textron a en effet développé une variante CT d’une autre mitrailleuse, la M249 en calibre 5.56, qui a été testée récemment en Suède. Outre l’allègement (des munitions, mais pas de l’arme), ce sont les performances qui sont remarquables : les tirs (plus de 5000) ont été plus groupés (en moyenne de 20%) et ont nécessité 30% de munitions de moins pour le même effet militaire. En réalité, la variante de la 5.56 est un peu plus large (diamètre de 6.5 mm) et repose sur un système de piston permettant de limiter la surchauffe en cas de tir intensif.

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Selon Textron, la nouvelle munition de 6.5 possède 3 fois plus d’énergie que la munition standard américaine M855A1. Ce qui n’est pas encore suffisant pour que l’US Army adopte ces nouvelles munitions. En premier lieu, si elles sont moins longues, les munitions sont aussi plus larges en raison du nouveau conditionnement, ce qui a des impacts sur l’encombrement des chargeurs. Mais surtout, l’armée américaine est assez conservatrice sur ses munitions, qui n’ont finalement que très peu évolué en 50 ans. Reste à voir si les avantages procurés par ces nouveaux armements en termes de mobilité et de létalité sont de taille à faire évoluer les mentalités.

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Vous vous souvenez sans doute, il y a quelques semaines, du largage en Afghanistan par l’US Air Force de la bombe GBU-43/B Massive Ordnance Air Blast – ou MOAB (aussitôt surnommée Mother Of All Bombs et même « Frankenbomb »). Il s’agit de la plus puissante bombe non nucléaire disponible dans l’arsenal américain : une bombe de 9800 kg, contenant plus de 8400 kg d’explosifs H6, soit un équivalent de 11 tonnes de TNT, pour un prix modique de 16 millions de dollars par unité.

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La vidéo ci-dessous montre le largage du monstre, effectué le 12 avril dernier, contre un complexe de l’état islamique en Afghanistan.

L’US Air Force a récemment annoncé travailler sur une « mini-MOAB », avec la volonté de développer une bombe plus petite, et avec effet de souffle sélectif. Explications.

L’idée est en fait d’avoir, avec une même bombe, la possibilité d’avoir un effet de souffle restreint ou plus large. On rappelle qu’une bombe de type « airburst » est conçue pour exploser à quelques mètres du sol et non à l’impact. Guidée par GPS, sa trajectoire de chute est contrôlée par une centrale inertielle avec une précision à l’impact de 8m. Pas très discriminant, mais comme le disait l’autre « elle détruit tout, y compris ce qui est visé » ( !).

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La hauteur de l’effet de souffle peut être contrôlée ; l’avantage est que cette hauteur est directement liée à la puissance destructrice de la bombe, notamment car l’onde de choc est réfléchie par la surface. L’image ci-dessous illustre le concept.

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Si l’on désolidarise le détonateur de l’enveloppe de la bombe elle-même, on peut distribuer différents détonateurs sur la bombe, afin de pouvoir contrôler les modalités de la mise à feu lorsque cette dernière approche sa cible. Ce faisant, l’onde de choc est contrôlée et modulée en fonction de ce qui est souhaité. Cela permet également d’améliorer la résilience de l’arme, en disposant de plusieurs détonateurs redondants.

Mais distribuer de tels détonateurs n’est pas évident en utilisant des techniques conventionnelles de fabrication. C’est notamment pour cette raison que les ingénieurs de l’Air Force Research Lab ont imaginé pouvoir utiliser des techniques de fabrication additive (impression 3D) pour concevoir cette bombe. Ils viennent de dévoiler un prototype à l’échelle 1 :7 lors de la journée « Department of Defence Lab Day » organisée au Pentagone.

L’impression 3D permet de concevoir des prototypes de détonateurs externes modulaires, qui sont intégrés au sein de la bombe – c’est l’image ci-dessous. C’est donc l’illustration du concept de bombe à effet de souffle sélectif.

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On pourrait dire que ce prototypage peut être réalisé sans utiliser de techniques de fabrication additive. C’est exact, mais la réflexion de l’US AFRL va plus loin, et cette fois-ci, l’impression 3D se révèle indispensable. C’est une question de poids et d’efficacité.

L’enveloppe externe en aluminium d’une bombe airburst classique comme la MOAB, bien que fine, a une épaisseur d’environ 5 cm. Cela a pour effet de générer de très nombreux débris, mais également de limiter la taille de l’explosion. Pour diminuer cette enveloppe, l’idée est de conserver une intégrité structurelle en répartissant le poids de l’enveloppe jusqu’à l’intérieur de la bombe elle-même. Pour ce faire, des pièces spécifiques en acier sont conçues via impression 3D. Ressemblant aux traverses de la tour Eiffel, l’idée est d’alléger au maximum la structure en intégrant des renforts jusqu’au cœur de la bombe (image ci-dessous).

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L’idée est également de rendre la bombe plus compacte, et plus adaptée aux systèmes d’emport des avions modernes, avec souvent l’existence d’une trappe à munitions.

On voit ainsi la généralisation des techniques de fabrication additive, avec des technologies qui permettent aujourd’hui (même si dans le cas présenté il s’agit essentiellement d’un prototype) des gains en termes de poids, l’optimisation de structures, la conception d’équipements plus compacts, et surtout l’émergence de nouveaux concepts (comme ici la modulation de l’effet de souffle).

 

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Bon, pour une fois, je me suis fait coiffer sur le poteau par l’excellent blog OPEX360 qui a publié un article sur le même sujet. Du coup, je me permets quand même de publier celui-ci, qui complète l’analyse d’OPEX360 – mais voici également un lien vers leur article. Il faut être beau joueur.

Nous avons déjà parlé à maintes reprises de la fabrication additive (nom compliqué pour l’impression 3D), en rappelant qu’elle permettait aujourd’hui de réaliser des objets complexes, notamment des armes. D’un côté (le bon) cela permet d’envisager des unités de logistique avancées sur le théâtre d’opérations, capables de réparer, modifier, ajuster des composants ou pièces détachées. D’un autre (le mauvais), cela donne la capacité à ceux « d’en face » de disposer de moyens de réaliser des armes efficaces et intraçables. Rappelons qu’aujourd’hui, on n’imprime pas que du plastique, mais également du métal (titane, aluminium…) et même bientôt des organes…

L’US Army vient encore une fois d’enfoncer le clou (avec un très gros marteau), en annonçant le test réussi du RAMBO (on ne peut pas dire qu’ils n’ont pas d’humour) pour Rapid Additively Manufactured Ballistics Ordnance (!) soit arme balistique rapidement fabriquée par impression 3D. Oui, il fallait trouver l’acronyme…

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Il s’agit du résultat d’un projet de recherche collaboratif de 6 mois qui associait le RDECOM (Army Research, Development, and Engineering Command) le U.S. Army Manufacturing Technology (ManTech) Program et AmericaMakes, une entité visant à accélérer le développement des technologies de fabrication additive. Le défi était réel : le RAMBO est un fusil lance-grenades de 40mm fondé sur le modèle du M203A1, et composé de 50 pièces, qui ont toutes été fabriquées en utilisant l’impression 3D (à l’exception des ressorts). Et le but du programme n’était pas simplement de montrer que c’était possible, mais essentiellement de prouver la faisabilité d’accélérer considérablement le processus de transition entre le prototype de laboratoire et le produit utilisable sur le terrain.

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Pour le réaliser, différentes technologies d’impression 3D ont été utilisées. Ainsi, le canon de l’arme a été imprimé en 70h (plus 5h de finition), en utilisant la technique dite DMLS pour Direct Metal Laser Sintering (Frittage Laser Direct Metal en français) afin de réaliser l’impression en aluminium. Cette technique repose sur la fusion successive par laser de couches de poudre de métal, en l’occurrence de l’aluminium. C’est une technologie éprouvée, utilisée déjà en contexte de production – la vidéo ci-dessous illustre la technique.

 

L’arme est donc réalisée par une combinaison de différentes techniques d’impression 3D (ainsi, la gâchette est réalisée en alliage d’acier, alors que le canon est en aluminium). L’intérêt est également de pouvoir, directement pendant la phase de fabrication, générer le rayage interne du canon en même temps que ce dernier est « imprimé ».

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L’US Army a ainsi procédé à 15 tirs de test sans aucune dégradation de l’arme, et avec une vitesse initiale (sortie de la munition de l’arme) égale à 95% de celle de l’original. Le test a eu lieu à Picatinny Arsenal (New Jersey) en utilisant un déclenchement à distance (faut pas charrier quand même).Mais ce n’est pas tout : l’US Army a demandé pour ce test que les munitions elles-mêmes soient également imprimées par fabrication additive.

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Pour cela, deux autres centres de recherche du RDECOM ont été sollicités : le US Army Research Lab (ARL) ainsi que le US Army Edgewood Chemical and Biological Center (ECBC). La munition considérée était fondée sur la grenade d’entraînement M781 40 mm, utilisée pour ce même lance-grenade. C’est une munition d’entraînement à basse vélocité, qui produit une signature orangée à l’impact.

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Le processus s’est révélé complexe. L’enveloppe de la munition a bien été facilement imprimée en nylon et fibre de verre. Mais le corps du projectile d’entraînement, en zinc, a dû être imprimé par un autre procédé, le processus DMLS ne fonctionnant pas. Ils ont utilisé une imprimante 3D pour imprimer un moule en cire, et par la technique de la cire perdue, ont réussi à obtenir un moule en plastique correspondant au corps du projectile. Il a ensuite suffi de verser de la poudre de zinc en fusion pour obtenir la pièce recherchée.

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L’essai est visible dans la vidéo ci-dessous, ainsi que la fabrication de l’arme et des munitions:

Cette expérience montre l’intérêt d’un processus optimisé de fabrication additive pour accélérer la mise en service d’un prototype (tout en diminuant les coûts de fabrication). Cette démonstration s’avère être un succès. Reste bien évidemment à tester la résistance de l’arme, sa durée dans le temps, sa robustesse lors d’une utilisation réelle (les tests correspondants sont en cours).

Mais attention également à ne pas laisser partir « dans la nature » les plans de conception CAO de l’arme. Car demain, de tels processus seront démocratisés, et de nouveaux équipements moins onéreux seront à la portée d’un plus grand nombre. La vigilance s’impose donc, à la fois pour éviter que nos ennemis ne puissent « imprimer » leurs propres armes, mais aussi pour prévenir toute tentative d’intrusion qui permettrait à des hackers d’introduire d’invisibles défauts dans les armes ainsi générées. La course continue…