Archives de la catégorie ‘Santé et médecine militaire’

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Comme disait l’autre, tant qu’à avoir un combattant, autant en avoir un sans fil. Autrement dit, la génération d’énergie nécessaire au bon déroulement des opérations est toujours un problème prégnant, qu’il s’agisse des forces spéciales ou conventionnelles. C’est aussi une dimension structurante dans la problématique de l’allègement du combattant, nécessitant de développer des batteries plus légères, plus endurantes, plus robustes.

Mais une autre voie est en train d’apparaître : l’utilisation de l’énergie cinétique fournie par le combattant lui-même afin de générer de l’énergie électrique utilisable. Dans ce domaine, la société Bionic Power a dévoilé le PowerWalk, un système destiné à équiper le genou des combattants.

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Il s’agit d’un dispositif articulé de 1.8kg, qui se fixe sur chaque jambe et qui génère de l’électricité en fonction de la flexion du genou. Mais au-delà de la connexion à un générateur, le PowerWalk dispose d’une certaine intelligence, en l’espèce, un calculateur qui analyse la marche de l’utilisateur et optimise le stockage de l’énergie en fonction de cette dernière. Car bien que le concept de récupération de l’énergie cinétique humaine soit connu depuis longtemps, la société BionicPower a investi pour en dériver un produit compatible avec une utilisation militaire.

En effet, il ne faut pas « juste » récupérer de l’énergie. En ce cas, on risque de gêner le combattant en générant un frein à son mouvement. Pour éviter cet écueil, le PowerWalk dispose d’un senseur, et d’un système de contrôle temps réel permettant d’assister, à la manière d’un exosquelette, les muscles de la jambe lorsque la récupération d’énergie et le poids du dispositif risquent de gêner le porteur.

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Cette assistance permet en outre d’économiser l’effort du combattant en réduisant jusqu’à 20% le coût métabolique, et 28% l’activité musculaire par rapport à un fantassin non équipé. Outre l’asservissement, c’est également la forme « biomimétique » de l’orthèse qui permet de ne pas gêner le mouvement naturel. Les différents testeurs disent d’ailleurs qu’ils oublient qu’ils portent le dispositif 20mn après le début de la mission.

La société annonce que le PowerWalk permet de générer de l’ordre de 10 à 12W, voire 25W lorsque l’utilisateur descend une pente de 15%. Pour donner une idée, cela signifie qu’en 1h, il est possible de charger jusqu’à 4 smartphones en utilisant la technologie.

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Notons également qu’il s’agit d’un dispositif plutôt silencieux : en plein fonctionnement, il génère moins de 40dB à 1m, ce qui correspond au bruit généré par un lave-vaisselle silencieux. Perfectible donc mais pas rédhibitoire. En outre, le système est durci aux chocs, et supporte une immersion temporaire. Tout ceci montre que malgré la simplicité du concept, le développement d’un produit performant en environnement militaire n’est pas évident.

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Le dispositif est encore à un TRL (technology readiness level) de 7. Le projet a pour l’instant bénéficié d’un financement de 5 millions de $ au total (en comptant la pré-production de prototypes). Des tests sur le terrain, dans le cadre du programme U.S. Joint Infantry Company Prototype (JIC-P) et impliquant l’armée de Terre américaine ainsi que les US Marines débuteront à la mi-2017.

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Le 15 novembre 2012, un F22 Raptor, fleuron de l’armée de l’air américaine, se crashait en Floride sur la base de Tyndall, heureusement cette fois-ci sans faire de victime, son pilote ayant réussi à s’éjecter in extremis. La raison pour laquelle 412 millions de dollars se sont transformés en chaleur et lumière ? L’hypoxie, soit le manque d’oxygène, qui a causé la perte de connaissance du pilote. En l’occurrence, il s’agissait d’une valve défaillante sur le gilet anti-G (ci-dessous) du pilote qui était en cause.

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Il ne s’agit pas d’un cas isolé : l’hypoxie d’altitude est connue depuis longtemps. Si un avion de ligne est pressurisé, ce n’est pas le cas d’un avion de chasse, qui, de plus, subit des vitesses ascensionnelles très rapides. Le manque d’oxygène se traduit alors par des troubles visuels, neuro-psychiques,  sensitivo-moteurs, pouvant aller jusqu’à la perte de connaissance. D’autres pilotes que ceux du F22 Raptor (par exemple des pilotes de F/A-18) connaissent régulièrement ce type de problèmes.

L’enregistrement audio (authentique) ci-dessous montre les effets dévastateurs d’une hypoxie chez un commandant de bord.

Face à ce danger, plusieurs approches ont été testées, avec une difficulté majeure : détecter le manque d’oxygène avant qu’il n’affecte le pilote car, compte tenu des caractéristiques d’un avion de chasse, toute seconde compte.  La société britannique Cobham Avionics vient ainsi d’annoncer la signature d’un accord avec l’US Air Force, afin de fournir le système AMPS (Aircrew Mounted Physiologic Sensing System 2.6) destiné à détecter l’hypoxie le plus tôt possible avant la crise.

Ce système repose sur l’intégration de capteurs de respiration sur le masque du pilote, avec une suite d’autres capteurs au sein du système embarqué de gestion de l’oxygène. Dans une telle approche, la difficulté consiste à détecter et mesurer l’écart à la normalité, une référence qui varie avec chaque pilote, chaque condition de vol, chaque appareil. Un problème de traitement du signal et de fusion d’informations, très différent d’un pilote à un autre.

Une autre difficulté consiste à développer des capteurs suffisamment légers, compacts, sensibles et capables de résister aux conditions d’utilisation militaire. Pour cela, Cobham a fait appel à une spin-off de la NASA, la société Orbital Research. Cette société est connue pour avoir réalisé le système PUMA, pour Portable Unit for Metabolic Analysis.

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Le masque PUMA (ci-dessus) intègre ainsi des capteurs d’oxygène, de dioxyde de carbone, de pression respiratoire, ainsi que des capteurs pour mesurer le volume et le flux d’air, la température et le rythme cardiaque du pilote.

Le système de capteurs d’inhalation est développé par Cobham sur fonds propres, l’US Air Force financera l’unité de mesure de l’expiration ainsi que le développement de huit prototypes.

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Le théâtre d’opération est un milieu complexe, et parfois traumatisant. Pour protéger leurs oreilles des bruits trop forts (explosions, coups de feu, moteurs…), les fantassins pourraient porter des bouchons d’oreilles, au risque de ne pas bien percevoir leur environnement, et au détriment de la communication avec leurs chefs, camarades ou subordonnés. Le résultat ? La majorité refusent de porter de telles protections, et vivent donc avec l’angoisse d’une perte de l’audition, allant jusqu’à l’accentuation d’un syndrome de stress post-traumatique (PTSD). Un problème de santé dont le coût est chiffré à plus d’un milliard de $ par an aux USA (selon un rapport émanant du Department of Veterans Affairs).

Quelques sociétés ont donc naturellement cherché à doter les combattants de moyens de protection « intelligents ». C’est par exemple le cas de la société américaine INVISIO qui a développé le TCAPS, pour « tactical communications and protective system ».

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Il s’agit du résultat d’un projet financé par l’US Army, et qui a permis de développer des écouteurs jouant le rôle de bouchon d’oreille : ils laissent passer les communications, mais stoppent les bruits traumatisants. Le TCAPS est un dispositif qui « écoute l’environnement du fantassin », et écrête le signal sonore si celui-ci dépasse une certaine intensité. La vidéo ci-dessous présente le système:

Le dispositif en lui-même ((baptisé INVISIO X50) est constitué d’écouteurs de 5g, et d’une unité de contrôle capable d’évaluer l’environnement sonore, et qui pèse 250g. Le tout est relié à un smartphone. Le système possède une autonomie de 100h avec une simple pile AA. Il peut subir une immersion sous 2m d’eau sans dommage. Seul petit problème, qui devient un problème de taille si l’on considère le nombre de soldats à équiper : il coûte environ 2 000$/pièce !

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Mais les sociétés françaises ne sont pas en reste (comme quoi, je ne parle pas uniquement des américains !). La société française bien connue ELNO, spécialiste en équipements de communication en environnement sévère, a communiqué lors du dernier salon Eurosatory sur un nouveau produit, appelé Hoplite en référence au casque des fantassins de la Grèce antique.

Il s’agit d’une nouvelle génération de casques communicants, permettant au combattant de disposer d’un son ostéophonique (la conduction osseuse est une spécialité d’ELNO), ergonomique, mais permettant une perception spatiale complète de l’environnement sur 360°. Les oreilles du combattant sont protégées par des coquilles, mais comme dans le système TCAPS, la perception du théâtre opérationnel est préservée. En avant-première, voici à quoi ressemblera le casque Hoplite:

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Il devrait être prochainement disponible – à ce moment là, je pourrai communiquer sur ses caractéristiques technologiques, pour l’instant encore confidentielles. Pour plus d’information et si vous êtes plus persuasifs que moi, voici le site de la société: http://www.elno.fr/fr/.

Comme le rappelait récemment le directeur de la Section Technique de l’Armée de Terre, il ne faut pas oublier que chaque innovation technologique dans le monde de la défense doit bénéficier en premier lieu aux hommes et aux femmes qui sont au contact, en opérations. C’est bien le cas ici.

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Dans ce blog, on aime bien également suivre le devenir des innovations qui ont déjà fait l’objet d’un article. En l’occurrence, un petit coup de projecteur sur TALOS. Si vous vous en souvenez (voir cet article), TALOS – pour Tactical Assault Light Operator Suit – est une armure individuelle développée pour les besoins des forces spéciales américaines (US SOCOM). Elle consiste en une panoplie technologique très impressionnante censée rentrer en service en 2018, en vue d’assurer une protection balistique optimale aux fantassins.

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En particulier, TALOS possède une armure liquide intégrée, activée par champ électrique (rappel : il s’agit d’un matériau magnétorhéologique à base de nanoparticules, capable de changer son état de liquide à solide en quelques millisecondes, lorsqu’un champ magnétique ou électrique est appliqué). Lors de la conférence 2016 Special Operations Forces Industry Conference (SOFIC), l’US SOCOM est revenu sur le projet pour en donner les avancées actuelles.

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Au-delà de la protection conférée par le liquide, TALOS comprend des senseurs pour la vision augmentée du fantassin (IR, IL), un système intégrée de chauffage/refroidissement,  des capteurs permettant d’inférer l’état physique, voire des systèmes permettant automatiquement de stopper une hémorragie ou de fournir de l’oxygène. General Atomics, le célèbre fabricant de drones, est également de la partie, puisqu’il fournit un générateur hybride thermique/électrique pour l’armure. Capable de monter à 10 000 rpm (assez bruyamment), le système peut passer en « tout-électrique » pour préserver la discrétion. Il est également équipé des nouveaux moteurs de LiquidPiston (ci-dessous) pour mouvoir l’exosquelette.

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Le planning est agressif puisqu’un premier prototype devrait voir le jour pour Aout 2018 ! Le coût du programme est estimé à 80M$ – un montant que beaucoup trouvent sous-estimé. Mais le programme a donné naissance à des « spin-offs », au premier chef d’entre elles la société REVISION.

A partir des spécifications de TALOS, la société REVISION a en effet développé le Military’s Kinetic Operations Suit, un concept qui équipe le fantassin d’un exosquelette pour les membres inférieurs, et d’une colonne vertébrale rigide, pour faciliter l’emport de charges.

Le système a également un mode réfrigération incorporé, et permet de protéger le fantassin à 60% (contre 18% actuellement) des impacts de balles. Tout ceci a mené le président Obama à déclarer publiquement « nous construisons un IronMan ». Restent encore quelques grandes interrogations : le coût, le poids, l’efficacité du système énergétique, et…la facilité à utiliser son armement des deux mains, tout en contrôlant l’armure.

La société REVISION (mais a priori sans l’armure complète) sera présente la semaine prochaine lors du salon Eurosatory 2016. Pour s’inscrire, c’est gratuit (mais réservé aux professionnels et au plus de 16 ans), et c’est ici 

 

 

 

 

 

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De retour de Washington (d’où le rythme un peu lent cette semaine de mes articles), coup de projecteur sur une initiative de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency, encore elle), le projet NESD pour Neural Engineering System Design. Il ne s’agit ni plus ni moins que de développer une interface cérébrale permettant de transférer des données entre le cerveau et le monde numérique.

Pour ce faire, la DARPA dispose d’un « petit » budget à son échelle (60 millions de $ sur 4 ans, à comparer à un budget annuel global de près de 2.9 milliards de $, pour information). L’idée est de développer un implant cérébral, de la taille d’une pièce de 5 centimes d’euros et d’une épaisseur double, permettant de traduire les communications électrochimiques du cerveau en signaux numériques.

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Alors que les implants thérapeutiques existants se limitent à 100 canaux de communication, le nouvel implant devrait permettre de communiquer simultanément avec 1 million de neurones. Les défis technologiques sont nombreux : en neurobiologie évidemment, mais aussi dans le domaine du calcul, de l’énergie, et du logiciel (transcodage, compression, analyse du signal, etc…).

Quant aux applications, elles vont de la restauration de capacités perdues suite à une lésion cérébrale (audition, vision, gestes…) au traitement rapide de l’information, et au contrôle/commande de systèmes complexes par interface cérébrale.

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Le projet, ambitieux, fait partie du programme « Brain initiative » lancé par le président Barack Obama, et qui, en ce qui concerne la DARPA, agrège plusieurs programmes de recherche comme le projet ElectRx visant à conférer au corps humain des capacités d’auto-guérison accrues, par la neurostimulation modulaire des organes internes (!), le projet PREVENT pour comprendre la physique des blessures neurologiques et en limiter les effets, ou encore le projet HAPTIX de développement d’interfaces tactiles proprioceptives. Pour une vision globale, voir la page dédiée sur le site de la DARPA. En ce qui concerne le projet Brain Initiative, vous pouvez en savoir plus sur le site de la Maison Blanche.

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Le projet NESD sera orienté vers le développement d’interfaces prioritairement vers le cortex visuel primaire et le cortex auditif – outre les applications, il s’agit des zones du cerveau sur lesquelles on dispose aujourd’hui d’information et de connaissances importantes, et qui sont physiquement accessibles pour l’implantation d’un dispositif. Le programme sera organisé en deux domaines techniques (TA pour Technical Areas) :

  • TA1 : transduction neurale et algorithmes – il s’agit de mettre en place les algorithmes et techniques permettant d’élaborer le design du système NESD
  • TA2 : Hardware, prototypage et fabrication (ainsi que les tests et validations) de la plate-forme NESD.

La DARPA cherche aujourd’hui à mettre en place un consortium industriel multidisciplinaire de travail sur le programme et organise une journée d’information dont vous trouverez le détail ici. Les français y sont d’ailleurs bien représentés.

 

 

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Il s’appelle XSTAT 30 Rapid Hemostasis System, et le département FDA (Food & Drugs Administration) américain vient d’autoriser son utilisation par le grand public. Il s’agit d’un petit engin ingénieux destiné à stopper une hémorragie causée par une blessure par arme à feu, lorsqu’un pansement compressif ou un tourniquet ne peuvent être appliqués.

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Il s’agit d’une pompe capable « d’injecter » des éponges médicales expansibles, chacune de la taille d’une pastille, au sein de la blessure. Chacune de ces pastilles est capable d’absorber environ 500cm3 de sang, et possède de plus un radiomarqueur permettant de la localiser visuellement par radiographie (histoire de ne pas en oublier dans la blessure…). La pastille possède une durée d’efficacité de 4h environ.

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Développé initialement  par la société REVMEDX pour l’armée américaine, le système est capable d’arrêter un saignement en moins de 15 secondes. Evidemment, il ne s’agit que d’un moyen d’urgence et de dernier recours (pomper des éponges dans des blessures n’est pas toujours très recommandé), mais lorsque l’on sait qu’entre 30% et 55% des décès par hémorragie se produisent avant que la victime ne parvienne à un hôpital ou centre avancé de soins, on comprend que la FDA ait autorisé son emploi pour le grand public.

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D’autres approches existent. J’ai déjà mentionné dans ce blog le « quickclot », des microparticules propulsées par gaz, mais pas le « veti-gel » ( !), une invention d’un étudiant qui avait remporté en 2011 le concours polytechnique organisé par l’Université de New York. En l’occurrence, il s’agit d’un gel médical à base de polymères pouvant se solidifier instantanément dans une blessure, afin de stopper le saignement. La DARPA américaine examine en ce moment son utilisation possible sur le champ de bataille. Joe Landolina, l’étudiant en question, a créé sa propre société, Suneris Inc., afin de commercialiser cette invention, aujourd’hui uniquement utilisée par les vétérinaires. L’application humaine, baptisée Traumagel, est en cours d’évaluation clinique, et la FDA n’a pour l’instant pas encore rendu son verdict.

Deux concepts différents pour un même objectif, hélas d’actualité, qu’il s’agisse du champ de bataille ou de l’équipement de primo-intervenants dans un contexte civil et grand public.

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On connaissait déjà l’utilisation de l’analyse de sons en temps réel pour, par exemple, la détection de départ de coup. Mais ici, l’innovation concerne une application très duale et grand public ; la start-up Otosense, basée à Cambridge, est en effet connue pour avoir développé une application destinée à aider les personnes sourdes à reconnaître des alertes sonores : le téléphone, une sonnerie à la porte, un chien qui aboie, etc,…oto2

Ses applications sont téléchargeables sur smartphone, pour le grand public. Elle travaille également avec Orange, et dans le domaine de l’environnement industriel, et de l’automobile.

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Mais récemment, cette société s’est trouvée dans le radar de l’US Air Force, et a finalement remporté un projet CRADA (Cooperative Research and Development Agreement) au profit du Battlespace Acoustics Division de l’armée de l’air américaine. Cette division qui fait partie du laboratoire de recherche du 711th Human Performance Wing de l’US Air Force a pour objectif (je cite) « d’optimiser la performance du combattant, à travers une approche centrée sur l’humain », et en l’occurrence l’audition.

Dans ce projet collaboratif, il s’agit d’utiliser la technologie Otosense pour équiper un dispositif de micros monté sur le casque du combattant, en vue de détecter les sons associés à des actions de combat et en particulier de reconnaître les situations de risque. L’idée est de pouvoir générer des alarmes destinées à fournir des informations aux sauveteurs et infirmiers du champ de bataille. Une approche originale et qui repose sur la plate-forme IATIS mettant en œuvre les algorithmes de détection, d’inférence, d’identification et de localisation de son développés par Otosense. Il s’agit ainsi, pour chaque type de combattant et de situation, de développer une base de données sur mesure associant des types de sons et les risques associés.

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Ainsi, un fantassin ou un chasseur parachutiste seraient équipés du même système, mais avec des bases de données différentes permettant d’optimiser la détection de situations potentiellement dangereuses pour chacun. Malheureusement, et malgré mes recherches, il est difficile aujourd’hui de trouver davantage d’informations sur le programme, mais l’approche est innovante, et certainement disruptive.

Oh, et un dernier point en passant : derrière cette société prometteuse se cache… un français, Sébastien Christian, diplômé de l’université de Nice-Sophia Antipolis. Si vous voulez entendre sa conférence sur la sémantique, voici la vidéo de la conférence qu’il a donné à TEDx Cambridge.

 

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Bien qu’étant notoirement un hypocondriaque de classe mondiale, de temps en temps, il me semble utile de parler de la manière dont l’innovation technologique peut contribuer à sauver des vies. En l’occurrence, en traitant l’une des causes majeures de décès sur le champ de bataille : la perte de sang massive suite à une blessure.

Des solutions modernes existent pourtant, comme la gaze de combat (la, pas le…) comme le QuikClot, imprégnée de Kaolin, afin d’assécher la blessure, ou encore les bandages à base de chitine, qui se soudent sur les bords de la blessure. Mais la pression du sang est telle que ces produits restent à la surface, et ne peuvent pénétrer dans les blessures profondes.

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Des chercheurs à l’Université de Colombie Britannique, avec à leur tête Christian Kastrup ont planché sur une nouvelle solution, qui passe par une approche originale : une explosion de bulles de gaz.

Le procédé combine un bandage avec des agents comme le carbonate de calcium, la thrombine (un agent coagulant) et l’acide tranexamique, connu pour développer une action antihémorragique par inhibition de l’activité de la plasmine (un enzyme anticoagulant). Dès que le pansement imprégné touche la blessure, la poudre de carbonate de calcium réagit avec l’acide et l’eau contenue dans le sang, mousse, explose, et propulse les molécules actives au cœur de la blessure. La vidéo ci-dessous présente le concept.

Bon, pour le moment, seuls des animaux ont été testés ; mais la technique, originale, semble prometteuse, à condition de pouvoir maîtriser davantage la déperdition des molécules, puisque l’explosion provoquée est aujourd’hui isotrope, et propulse les agents dans toutes les directions. L’image ci-dessous montre l’explosion de la poudre (à droite) par rapport à la même diffusion sans l’agent propulsant.

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Le ciblage de la zone à traiter doit donc encore être perfectionné – mais l’espoir est là. Une avancée importante qui pourrait sauver de nombreuses vies en opérations.

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La plante s’appelle Arabidopsis Thaliana, et c’est un modèle classique en biologie moléculaire du développement. Des chercheurs de l’université de York, au Royaume-Uni, viennent de montrer qu’une mutation provoquée dans son génome lui procurait des capacités inédites : celles de décontaminer les sols souillés par des résidus d’explosifs, en l’occurrence du TNT.

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Le problème : lorsque le TNT explose, il n’est pas entièrement consumé, et laisse environ 2% de matière toxique (pour les humains et les animaux) dans le sol. La décontamination de terrains militaires (et en particulier de polygones d’essais) se trouve donc être un problème complexe, d’autant que les résidus peuvent également perturber l’ensemble de la chaine microbienne du sol.

L’idée est de procurer à des plantes la capacité d’extraire et de dégrader le TNT. Et ça marche : les mitochondries de certaines plantes (en gros, les organelles intracellulaires qui permettent de produire de l’énergie pour la cellule) sont capables de transformer le TNT du sol en source d’énergie pour la plante. Mais c’est un problème dans la mesure où, ce faisant, elles combinent ces molécules de TNT avec de l’oxygène … ce qui crée du TNT volatil.

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Mais c’est là que la mutation dans le génome de l’arabidopsis fait son entrée : en modifiant un gène codant pour une enzyme, la plante ne cherche plus à dégrader le TNT, mais le stocke dans les parois des cellules végétales. Et les chercheurs, en découvrant cette anomalie, ont, par croisement, créé une variété d’arabidopsis capable de stocker beaucoup de TNT sans que celui-ci ne devienne toxique pour la plante (ni pour les herbivores d’ailleurs, puisque les molécules sont complexifiées avec les parties ligneuses, qui ne sont pas digérées – bon, il faut évacuer les… résidus de digestion, en ce cas).

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Le résultat ? Une technique naturelle (pas une manipulation génétique, mais une sélection de variété) permettant de créer des plantes naturellement décontaminantes – potentiellement au-delà de la variété arabidopsis, puisque cette mutation existe dans d’autres variétés. Une technique inattendue pour traiter le problème de la décontamination des sites militaires, ou des anciens champs de bataille. En tout cas, une étude à suivre…

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Un soldat de StarWars? Non, un chercheur à Barksdale Air Force Base, le 15 mai 2015, essayant des lunettes PLZT de protection contre l’exposition à un flash nucléaire. Voici un petit récapitulatif historique sur le sujet…

L’aveuglement provoqué par un flash nucléaire (flash blindness) est un phénomène bien connu (bien que, heureusement, rarement expérimenté) du à la saturation temporaire des cellules de la rétine exposées indirectement au flash thermique de l’explosion. En plein jour, l’aveuglement peut durer plus de 2 minutes, un temps assez long ( !) lorsque l’on pilote le bombardier. De nuit, la durée de l’aveuglement et de la récupération est évidemment plus longue (on parle de 5 à 10 minutes), dans la mesure où la pupille est généralement dilatée.

Les choses se compliquent si l’explosion survient directement dans la ligne de vue de l’opérateur : en ce cas, des dommages irréversibles peuvent affecter la rétine (retinal scarring). Pour donner une idée de la puissance du flash, voici un film assez impressionnant :

Inutile de dire que de nombreux chercheurs ont travaillé sur le moyen de s’en protéger. Dans les années 1960, plusieurs solutions ont été examinées : le casque électro-optique (avec un senseur détectant le flash, et un mécanisme d’occultation en 500 microsecondes à base de « rideaux » métalliques sur chaque œil, supportant 4 flashs avant de devoir changer les moteurs) :

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Ou encore la coûteuse visière en or du kit MIL-G-635 associée à une protection monoculaire, mais avec une efficacité modeste, et une fragilité importante :

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Ou enfin le casque DH-101 développé par la Marine américaine, très étonnant dans son fonctionnement : une mini charge explosive (si, si), reliée à un senseur, permettait en cas de détection de flash de libérer un nuage de graphite en suspension dans l’air contenu entre les deux parois des lunettes, assombrissant ainsi le champ de vision. Il y avait plusieurs versions, mais je passe les détails.

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Le système aujourd’hui en opérations a été développé en 1980 pour les pilotes de FB-111A. Il s’agit des lunettes PLZT pour Polarized Lead Zirconium Titanate. Le principe repose sur une céramique composée de plomb, de zircon, de titane et de lanthane, qui peut changer rapidement de polarisation passant d’une transparence de 20% à une opacité totale en 1/10 000 000e de seconde.

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Toutefois, ces lunettes souffrent de limitations : la transparence de 20% n’est pas idéale pour piloter autre chose qu’un bombardier (donc en particulier incompatible avec le pilotage d’un avion de combat), mais surtout l’opacité pouvait se déclencher… par les émissions d’une station radar, ou par les pales d’un hélicoptère…

Aujourd’hui, ce n’est plus tant le flash nucléaire qui est à craindre, fort heureusement (quoique…), mais plutôt les systèmes LASER aveuglants. Les pistes pour s’en protéger (au-delà de la vision indirecte par caméra) incluent le recours à des nano-composites devant être appliqués sur le cockpit – c’est par exemple la recherche conduite par Airbus reposant sur le film Lamda Guard’s “metaAir” voir leur site ici .