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Si vous avez vu (ou lu) « la guerre des mondes », vous vous souvenez sans doute de ces engins de colonisation capables de se dissimuler plusieurs années dans la terre, pour ressortir une fois l’invasion lancée. Rien de comparable ici sinon le principe… du moins pour l’instant.

L’engin en question, de son petit nom CRACUNS (Corrosion Resistant Aerial Covert Unmanned Nautical System), est un drone aérien de type quadrirotor, mais conçu pour pouvoir séjourner sous l’eau sans dommage. Construit par des chercheurs du prestigieux Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory, dans le Maryland, le CRACUNS peut être soit lancé d’un sous-marin – éventuellement lui-même autonome, soit dissimulé sur un site sous-marin fixe, et lancé en cas de besoin.

L’idée est ainsi de pouvoir, sans être détecté, disposer dans un premier temps d’une capacité de renseignement, par exemple en étant largué à proximité des côtes, pour pouvoir effectuer plusieurs mois plus tard des missions de reconnaissance ou d’observation des terres.

Pour cela, le CRACUNS est résistant à la corrosion : les chercheurs du JHUAPL l’ont ainsi laissé en immersion dans de l’eau salée pendant deux mois – le drone s’est avéré capable de voler sans problème et sans trace de corrosion. En termes de profondeur, celle-ci est décrite comme « significative », sans plus de détail (on peut l’estimer à 100/150m de profondeur). Mais l’innovation est réelle : pour arriver à une telle capacité, le drone a été conçu par fabrication additive (impression 3D) de manière à pouvoir disposer d’un squelette en composite capable de résister aux immenses pressions rencontrées, tout en restant suffisamment léger pour permettre à l’engin de voler. Ses quatre moteurs électriques ont quant à eux subi un traitement de surface à partir d’une substance hydrophobe « du commerce ». Enfin, les éléments les plus sensibles ont été mis à l’abri dans un caisson étanche.

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Le CRACUNS est donc non seulement capable de résister à l’eau, mais également de remplir une mission avec un fonctionnement nominal de l’ensemble de ses composants.

L’idée n’est pas nouvelle : la DARPA (oui, encore elle) a en effet lancé en 2013 le programme Upward Falling Payloads (UFP), dont le sujet est le largage, plusieurs années en amont, d’effecteurs capables de séjourner sur le plancher océanique afin de surprendre l’adversaire. Parmi les effecteurs envisagés : des brouilleurs de guerre électronique, des armes non létales ou encore des stroboscopes lasers et bien évidemment, des drones de renseignement, ou permettant d’établir des réseaux de communication ad hoc.

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Le système UFP est ainsi construit à base d’une charge utile, d’un module appelé « riser » ayant pour fonction de faire remonter la charge à la surface de l’océan, et d’un module de communication capable de recevoir le signal lui ordonnant le lancement. Vous trouverez plus d’informations sur ce programme en suivant ce lien.

Quant au CRACUNS (le nom est quand même un peu spécial), il s’agit pour l’instant d’un prototype. A priori, ses créateurs laissent entendre que sa réalisation ne serait pas coûteuse, notamment en raison de l’emploi de technologies de fabrication additive. Une nécessité, car si l’engin est capable de décoller, il n’est pour l’instant pas capable de replonger vers sa base et est donc « à usage unique ». Enfin, si vous m’autorisez un peu de mauvais esprit (quoique) ce concept a un autre avantage: on peut envisager de déployer les systèmes très en amont d’éventuelles coupes budgétaires! Une nouvelle manière d’envisager la surprise stratégique…

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Si vous êtes un lecteur assidu (ce que j’espère :-)) de ce blog, vous constatez que j’y parle souvent de la DARPA, l’agence Américaine des projets de défense avancés (Defence Advanced Research Projects Agency). Dotée d’un petit budget de 3 milliards de dollars (autant que le programme français de dissuasion nucléaire !), cette agence a pour objectif de prévenir toute surprise stratégique. Je vous rappelle d’ailleurs l’excellente conférence d’une ex directrice de la DARPA, qui explique fort bien la philosophie de l’agence.

Je vous conseille aussi, par ailleurs, cet excellent livre de Michael Belfiore, sur le même sujet.

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Aujourd’hui, après le Japon et avant la Corée du Sud, la Chine souhaite crée sa propre version de la DARPA. L’initiative rentre dans la logique du président Chinois Xi Jinping, qui a lancé un vaste programme de réorganisation de l’armée chinoise. Rappelons que le budget de la défense Chinois est d’environ 150 milliards de dollars (en augmentation de 7 à 8% d’après les prévisions). Nul ne sait aujourd’hui de combien sera dotée la nouvelle agence. Celle-ci sera gérée par un comité spécial (dont le nom peut être transcrit par « junweikejiwei »), dirigé par le physicien et académicien des sciences Liu Guozhi, un spécialiste du domaine des micro-ondes.

Les thématiques qui pourraient être abordées par cette nouvelle agence sont sans doute connexes aux projets qui ont déjà suscité l’intérêt des hackers officiels chinois (c’est un secret de Polichinelle), comme le programme F35, l’arme Laser du USS Ponce, ou le drone Global Hawk (autant de programmes dont on sait que la sécurité – aux dire du Pentagone – a été compromise).

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Reste encore à savoir comment cette agence (dont la date d’entrée en service n’a pas été divulguée) pourra fonctionner. Car la DARPA américaine lance bon nombre d’initiatives de crowdsourcing, ou de collaboration ouverte par Internet, comme par exemple le forum Wait, What? A Future Technology Forum ou encore l’appel à idées pour le futur engin blindé de combat amphibie (ci-dessous, le design de l’équipe victorieuse, qui a au passage empoché 1 million de dollars).

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Un mode de fonctionnement aux antipodes des habitudes du gouvernement chinois. A moins qu’une nouvelle révolution culturelle ne soit en marche…

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L’idée est amusante et peut paraître bizarre, mais elle est loin d’être stupide. L’équipe de recherche de Ahmad Hassanat au sein de l’université de Mu’tah de Jordanie a en effet eu l’idée de déterminer l’appartenance d’un individu à un groupe terroriste et de tenter de l’identifier en utilisant une technologie de reconnaissance automatique des images… de leurs doigts faisant le signe « V » de la victoire.

La constatation – surprenante- de l’équipe de recherche est que la manière dont les doigts forment le signe « V » est aussi caractéristique de l’appartenance d’un individu que sa voix, ou même ses empreintes. Leur étude est baptisée « Victory Sign Biometric for Terrorists Identification » et est disponible en suivant ce lien. Une solution intéressante, dans un contexte où les individus se camouflent le visage pour ne pas risquer d’être identifiés.

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L’idée de s’intéresser aux signes provient à la fois de l’abondance de photos où des terroristes font un geste victorieux, et de la relative facilité de l’analyse :

  • La capture de la forme de la main ou de la gestuelle ne nécessite pas de senseurs élaborés, ou d’images de très haute-fidélité
  • Si des images plus détaillées sont disponibles, la méthode permet d’agréger d’autres techniques d’analyse (analyse palmaire, empreinte digitale…)
  • La complexité algorithmique de l’analyse est assez faible et les méthodes sont nombreuses et éprouvées.

L’idée consiste à identifier les points correspondant à l’extrémité des doigts, le point à la jonction des doigts et deux points caractéristiques sur la paume de la main. Dans l’étude, 50 volontaires ont fait le signe « V » et ont été photographiés par un appareil standard (8 mégapixels). Cette base de données a permis d’entraîner le système à identifier des références biométriques caractéristiques.

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Au final, l’étude a montré qu’il était possible dans de nombreux cas d’identifier avec une précision de 90% la personne faisant le signe. Quelques erreurs subsistent, par exemple dues à la position des autres doigts qui interfère avec les algorithmes de segmentation de l’image.

La technique est donc intéressante, même si, d’un point de vue purement scientifique, il semble difficile de généraliser de tels résultats avec une base de données aussi restreinte. Mais cela permet d’imaginer exploiter au maximum les sources ouvertes, comme les images présentes sur Internet. Faute d’identifier avec précision un terroriste, il serait possible de le suivre, et de corréler cette information avec toutes les autres disponibles en source ouverte. Et si les terroristes arrêtent de faire le signe « V », alors soit cela signifient soit qu’ils arrêtent d’être victorieux ( !) soit qu’il est nécessaire de passer à d’autres modes de reconnaissance (gestuelle, attitude, etc…). Une course aux armes biométriques, en somme…

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Bon, puisque nous sommes dans une thématique « radar », continuons, avec une nouvelle technologie assez ébouriffante. Un nouveau concept vient en effet d’être développé par les chercheurs de l’université de l’Iowa. Il s’agit d’une « méta-peau » (meta-skin, dans le texte), pouvant camoufler un objet vis-à-vis d’un radar.

Vous vous souvenez peut-être de mon article sur la cape d’invisibilité à base de métasurface diélectrique. Ici, le principe est différent, et consiste à utiliser des métamatériaux polymères à base de métal liquide (oui, je sais, ça se complique). Explication.

Pourquoi ce jargon de métamatériau ? Le terme désigne en fait un matériau composite artificiel qui présente des propriétés électromagnétiques qu’on ne retrouve pas dans un matériau naturel. En l’occurrence, il s’agit d’un matériau composite « métal liquide» capable de modifier la propagation des ondes électromagnétiques.

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L’idée consiste à incorporer des résonateurs électriques, en gros des anneaux emplis d’un alliage métallique appelé le galinstan, entre deux fines couches de silicone. Le galinstan est un alliage de gallium, d’indium et d’étain qui possède la propriété d’être liquide à température ambiante, avec une température de fusion de -19°C, et qui n’est pas toxique, à la différence d’autres métaux possédant les mêmes propriétés, comme le mercure. D’ailleurs, le galinstan est commercialement utilisé pour remplacer le mercure des thermomètres.

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En l’occurrence, il emplit des anneaux d’un diamètre de 2.5mm, d’une épaisseur de 0.5mm, qui jouent le rôle de résonateurs capables de piéger les ondes électromagnétiques radar. Là où l’idée est encore plus innovante, c’est qu’en étirant la « peau » de silicone, on modifie la taille des anneaux en métal liquide, et donc la fréquence qui doit être piégée.

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Et cela fonctionne : une fois un objet revêtu de cette « cape », 75% des ondes radar qu’il reçoit (entre 8 et 10 GHz) sont absorbées, quelle que soit leur incidence ou l’angle d’observation.

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Pas d’information pour l’instant sur la taille maximale de la « cape » et son coût de production, même si les auteurs considèrent visiblement pouvoir revêtir un avion ou un drone d’une telle « peau ».

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Mais il y a plus fort : en réduisant la taille des résonateurs, et en utilisant des technologies de nanofabrication, on pourrait piéger d’autres ondes…et notamment les ondes correspondant à la lumière visible. Une autre voie qui pourrait mener à la cape d’invisibilité déjà envisagée par les chercheurs de l’université de Californie à San Diego. Celle-ci reposait sur l’utilisation d’une structure de Teflon incorporant des micro-particules de céramique, mais qui avait l’inconvénient de nécessiter que l’observateur se trouve en face de l’objet, avec une lumière d’une incidence fixée. Une limitation que l’équipe des Pr Liang Dong et Jiming Song semblent avoir surpassée.

En tout cas, si le système fonctionne pour des ondes de 8 à 10GHz aujourd’hui, cela pourrait trouver une nouvelle application…car ce sont les longueurs d’onde des radars routiers aux Etats-Unis ! Mais je n’ai rien dit…

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L’université de Nanyang (Nanyant Technology University ou NTU) à Singapour est, pour l’avoir visitée, un creuset d’innovation, avec plus de 33 000 étudiants et un classement au 13e niveau sur l’échelle mondiale. La preuve : les chercheurs du laboratoire VIRTUS de la NTU annoncent aujourd’hui avoir développé une puce SAR (Synthetic Aperture Radar – ou radar à ouverture synthétique) qui tient… sur un doigt et qui consommerait 75% de moins que les technologies conventionnelles, pour un coût de production 20x moindre.

Pour bien comprendre l’innovation, quelques précisions. Une caméra SAR coûte aujourd’hui 1 million de $ environ, pèse jusqu’à 200 kg, et consomme 1000W par heure. Il s’agit de dispositifs volumineux (jusqu’à 2m de longueur) destinés à équiper des aéronefs ou des satellites, mais capables, même en cas de couverture nuageuse ou de végétation dense, de détecter des objets de l’ordre du mètre, en utilisant une imagerie en bande X ou bande Ku (entre 8 et 12 GHz) – un petit rappel sur les bandes de fréquence utilisées dans le graphique ci-dessous.

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Les radars actuels SAR fonctionnent très bien, mais les contraintes d’encombrement et d’alimentation en énergie limitent considérablement leur emploi, notamment quand il s’agit de drones ou de véhicules autonomes légers. C’est là que l’on comprend toute l’innovation des chercheurs de la NTU : leur caméra SAR ne mesure que 2mmx3mm (ce qui, encapsulée dans un module, mène à une dimension du dispositif de 3cmx4cmx5cm) , ne pèse que 100g et ne nécessite que l’équivalent de l’alimentation d’un téléviseur LED, soit 200W/h. Et sa résolution lui permet de détecter des objets de 50cm à 11 km de hauteur. La puce, intégrée à une carte PC, apparaît ci-dessous en rouge.

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Les applications de l’innovation réalisée par la NTU vont de l’utilisation de SAR par des drones aériens aux véhicules autonomes terrestres, en passant par le développement de satellites d’imagerie plus petits et plus compacts : de l’ordre de 100 à 200kg en comparaison des satellites classiques d’imagerie dont le poids est plus proche de la tonne (ci-dessous).

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Evidemment, les candidats acquéreurs se bousculent. La NTU et l’équipe de VIRTUS dirigée par le Pr Zheng Yuanjin a déjà reçu des manifestations d’intérêt de SpaceX, Thales ou Panasonic. D’ailleurs, la puce doit être testée dans le cadre du programme satellitaire S4TIN dirigé conjointement par la NTU et Thales Alenia Space. L’exploitation commerciale devrait quant à elle intervenir d’ici 3 à 6 ans.

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Pour l’anniversaire de ce blog (que j’ai d’ailleurs oublié de mentionner au début du mois), voici la révélation par l’US Air Force du nouveau bombardier furtif à grand rayon d’action (« long range strike fighter »), le B21.

Bon, pour ceux qui connaissent bien l’aéronautique militaire, le B21 ressemble quasiment trait pour trait au B2 (voir ci-dessous), son prédécesseur. C’est d’ailleurs la société Northrop Grumman, constructeur du B2 Spirit, qui a conçu et fabriquera le nouvel engin.

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Le B21, baptisé provisoirement ainsi pour « 21e siècle » devrait avoir des caractéristiques impressionnantes, mais très comparables au B2. Conçu pour des frappes conventionnelles et nucléaires, il devrait avoir un rayon d’action d’environ 11 000 km, une capacité de charge utile de 20 tonnes, et une vitesse maximale de 950km/h. Comparé au design du B2, les moteurs semblent mieux dissimulés, et les entrées d’air semblent quasiment intégrées au cockpit (en tout cas, sur le dessin).

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Tout ceci pour un prix catalogue d’environ 550 millions de $ par engin, une affaire si l’on compare ce prix aux 737 millions de $ que coûtait un B2 (sic). Mais la nouveauté n’est pas tant dans l’avion lui-même que dans son programme de développement. Le Pentagone souhaite en effet éviter les erreurs dans la gestion de ses développements de nouveaux aéronefs : le programme F35 est une catastrophe technique et financière, et le programme B2 lui-même a du être adapté aux variations de l’environnement géopolitique, ce qui a provoqué un glissement financier désastreux (de 132 avions prévus, les coûts de rétrofit ont été tels qu’il n’a été possible que d’en produire …21 avant arrêt du programme). Bon, évidemment, tous les systèmes et plateformes de l’avion seront de nouvelle génération… En tout cas au moment de sa conception, puisque la mise en service ne devrait pas intervenir avant 2025 au plus tôt.

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A cette époque, si mes calculs sont exacts, je devrais avoir comptabilisé près d’1 million de visites sur le blog, et j’aurai posté plus de 1600 articles. En tout cas, aujourd’hui, ce blog compte plus de 90 000 visites, et je vous en remercie chaleureusement. Vraiment.

 

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Ce n’est pas parce qu’une balle n’atteint pas sa cible qu’elle ne peut pas tuer. Une étude de l’université de Californie montre ainsi qu’environ 41% des victimes de balles perdues ont été touchées chez elles, souvent à l’intérieur de leurs maisons, et souvent dans leur sommeil, les balles ayant transpercé les murs. 30% des victimes sont des enfants. Des chiffres inquiétant, qui incitent les fabricants de munitions à chercher des parades.

Une technique classique consiste à concevoir des munitions à haut transfert d’énergie ; ce sont des balles qui transfèrent un maximum d’énergie à la cible lors d’un impact, permettant ainsi d’éviter une perforation et à la balle de poursuivre sur sa trajectoire. Plusieurs fabricants ont conçu de telles munitions, par exemple la société RUAG, qui commercialise des munitions dites déformables, essentiellement à l’intention des forces de police.

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En utilisant des alliages spécifiques, on parvient également à limiter la tendance au ricochet. La déformation de la balle, quant à elle, permet de limiter la pénétration dans la cible à un maximum de 35cm (munition 9×19 action 4 SXF). D’autres fabricants ont également conçu d’autres solutions fondées sur le même principe.

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Mais cela n’élimine pas le risque du à des tirs directs qui manqueraient leur cible. Une solution originale à ce problème vient d’être révélée par l’intermédiaire d’un brevet datant de 2013 : des balles capables de s’auto-détruire à une certaine distance.

Conçue par l’US Army’s Armament Research, Development and Engineering Center (ARDEC), cette munition est remplie avec une substance inflammable, dont l’allumage est déclenché lorsque la balle est tirée. Ce matériau, en se consumant, réagit avec une autre substance qui a pour effet de lentement déformer la balle jusqu’à ce qu’elle devienne instable. Une approche « low-tech », mais néanmoins innovante.

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En d’autres termes, en lui faisant perdre sa forme aérodynamique au-delà d’une certaine distance, la balle finit par tomber sur le sol. Evidemment, cela nécessite de prévoir à l’avance la distance utile opérationnellement parlant (celle-ci peut être ajustée en modifiant les quantités respectives des deux substances pyrotechniques présentes au sein de la balle). A réserver à un usage intérieur, ou urbain, donc.

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Le projet n’est plus financé, mais les chercheurs de l’ARDEC, qui viennent de voir leur brevet validé, cherchent à générer de l’intérêt auprès des fabricants de munitions. Un intérêt qui devrait être réel : plus de 300 personnes sont tuées par an aux Etats-Unis seuls, sans compter les blessés, par des balles perdues.

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Bon, un article un chouïa plus technique pour changer, cela fait beaucoup de jargon en une phrase, mais le concept est simple : amener de la bande passante et de la capacité de traitement de données au sein de « data centers » mobiles, au plus près du théâtre d’opérations. Pour faire simple, l’hyperconvergence, c’est une approche d’architecture matérielle/logicielle qui consiste à intégrer des capacités de calcul durcies (processeurs), du stockage de données robuste, un réseau militarisé, des machines virtuelles, encapsulées dans un module hardware unique embarqué au cœur des opérations.

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Lors du dernier salon AFCEA West conference and trade show à San Diego, plusieurs sociétés ont présenté un tel concept. Parmi elles, on peut citer la société californienne Themis Computer, qui a développé un concept baptisé Themis Hyper-Unity. Il s’agit d’une unité de calcul durcie, fondée sur un concept de stockage en mémoire Flash, et intégrant 4 nœuds serveurs RES-XR5-1U de 8 disques chacun, à base de processeurs Xeon de 14 cœurs. Faisons simple : une capacité de stockage jusqu »à 30 TB, un réseau Mellanox Infiniband de 56Gb, et tout ceci compatible avec les normes militaires MIL-STD-810G, MIL-S-901D et MIL-STD-167-1*. Bref, une bête absolue, durcie aux standards opérationnels, et gérable par un seul administrateur comme un système unique placé à l’intérieur d’un véhicule léger de type Humvee.

Fiber-optic equipment in a data center

Jusqu’à maintenant, l’obstacle principal au développement de capacités de calcul sur le champ de bataille était le poids et la taille des équipements nécessaires. Entre la puissance de calcul souhaitée, la capacité de stockage, les équipements réseaux et le nécessaire passage à des standards de durcissement compatibles avec l’utilisation militaire, le problème était véritablement complexe. Ou alors il fallait une très, très grande rallonge (sic).

Et pourtant, le besoin est prégnant : il s’agit de pouvoir recevoir, traiter et distribuer des quantités astronomiques de données, de réaliser du « blue force tracking » et du suivi des pistes hostiles, de gérer les missions des unités, de réaliser de l’analyse du signal (SIGINT), etc, etc.

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Le recours à la virtualisation permet de disposer de ressources de calcul et de stockage durcies, gérables comme un seul système. C’est l’hyperconvergence. Si la convergence (en informatique) peut être définie comme « des systèmes séparés conçus pour fonctionner ensemble », donc une approche dite « scale up » (on utilise plusieurs cœurs de calcul pour une même tâche) l’hyperconvergence peut être définie comme une approche « scale out » (on distribue des tâches sur plusieurs machines au sein d’un même réseau lui-même confiné à une même infrastructure). Cette approche permet de démarrer petit, et d’évoluer facilement vers de plus grandes capacités au fur et à mesure, sans aucune perte de performances et de manière linéaire. Bien connue dans le monde civil, cette approche n’était pas encore répandue dans le monde militaire. C’est maintenant chose faite.

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Outre Themis, d’autres sociétés comme Crystal Group ou encore Core Systems ou Systel Inc. développent aujourd’hui de tels concepts pour la défense. Ce n’est bien évidemment pas une approche parfaite, et des défis techniques persistent comme l’équilibrage (« load balancing ») entre les ressources réelles et virtuelles, ou la gestion des entrées/sorties dans une architecture hyperconvergée. Toutefois, le monde civil progresse à pas de géant ; nul doute que les nœuds de calcul hyperconvergés seront bientôt dans la nuque de toutes les tourelles, comme dans le coffre des nouvelles générations de véhicules militaires.

PS. Désolé pour le retard entre deux articles, la plateforme de blog a visiblement connu quelques difficultés techniques il y a quelques jours… Un manque d’hyperconvergence peut-être…

 

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Je sais bien, cela fait beaucoup d’articles où l’on parle de DARPA et de drones. Mais cela reflète également les tendances actuelles du marché, et les recherches entreprises en innovation technologique de défense.

En l’occurrence, je souhaitais donner un éclairage rapide sur le programme FLA de la DARPA. FLA signifie Fast Lightweight Autonomy (autonomie, vitesse et légèreté). Il s’agit en l’occurrence d’un programme…logiciel, dont l’objectif est d’exploiter pleinement la puissance des plateformes de drones grand public pour les amener à réduire leur consommation en énergie, et à optimiser leur contrôle en diminuant le besoin en télécommunications et en intervention humaine.

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L’idée est ainsi de développer des algorithmes permettant de réaliser une perception automatique rapide de l’environnement, et d’adapter des méthodes de contrôle/commande pour, in fine, permettre à ces drones de se déplacer à leur vitesse maximale théorique dans des environnement complexes, changeants et encombrés.

Les drones ainsi modifiés doivent pouvoir effectuer des missions à haute vitesse, avec une charge utile (senseurs, caméras), sans communiquer avec leur opérateur, et sans utiliser de GPS. Une véritable autonomie en temps réel, donc.

La plate-forme utilisée pour les tests est le célèbre drone de loisir DJI Flamewheel avec le chassis 450 ARF, un kit de propulsion E600 (4 moteurs/ESC, 4 paires d’hélices), et un contrôleur de vol 3DR Pixhawk. Soit un système que l’on peut se procurer dans le commerce pour un prix global d’environ 500 EUR (sans le montage).

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Les chercheurs de la DARPA ont ainsi réalisé une première démonstration dans un hangar de l Otis Air National Guard Base, à Cape Cod dans le Massachusetts. Le drone emportait une charge utile complète et autonome, comprenant des senseurs comme des caméras haute définition et un LIDAR, et a réussi à voler à 20m/s (soit 72km/h). La difficulté est de développer des algorithmes efficaces avec une puissance de calcul embarquée autonome très limitée.

Vous pouvez voir ce très impressionnant test dans la video ci-dessous (y compris les nombreux accidents qui ont émaillé ce test).

Soyons clairs : le drone n’arrive pas encore à voler à 20m/s en évitant tous les obstacles dans son environnement. Toutefois, il n’y a aucune raison que cet objectif ne puisse pas être atteint dans les futures phases du programme. L’objectif est de pouvoir réaliser des missions de surveillance rapide dans des environnements complexes (théâtre d’opération, catastrophe naturelle) là où aucune téléopération n’est possible car trop dangereuses pour les opérateurs (dans une ville rendue instable par un tremblement de terre par exemple).

Une dernière question : les drones ainsi « boostés » arriveront-ils à éviter leur capture par les aigles ? (si, si, il y a bien un programme de la police néerlandaise qui vise à entraîner des rapaces afin qu’ils puissent capturer des drones en plein vol. La preuve en image ci-dessous…) On n’arrête pas le progrès.

Invitation au Forum SIMOPS 2016

Publié: 12 février 2016 dans Non classé

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Un petit peu de pub pour changer(mais l’inscription est plus que modique!). Le forum de la simulation opérationnelle SIMOPS 2016 se tiendra du 30 mars au 1er avril aux Ecoles Militaires de Saumur. Dans un pôle de simulation unique dans l’armée de Terre, le SIMOPS 2016 présentera les outils de simulation utilisés pour la préparation à l’engagement. Cette deuxième édition a pour objectif de mettre en lumière les réflexions et expérimentations sur l’emploi de la simulation pour la préparation de l’avenir et l’appui aux opérations, notamment dans la perspective du programme Scorpion.

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Ce forum s’articulera autour de quatre pôles d’activités :

  • simulation en démonstration ;
  • simulation en libre-service ;
  • stands industriels et étatiques ;
  • exposés et débats.

Il s’appuiera en particulier sur un exercice SCORPION IV piloté par le CDEF (centre de doctrine d’emploi des forces), mis en oeuvre sur la plateforme de simulation JANUS avec le concours de la 9e BIMA, et sur une démonstration dynamique de simulateurs en réseau qui permettent l’entraînement sur une mission tactique interarmes.

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Il y aura également un certain nombre de conférences autour de 4 thèmes: la simulation pour tous et pour tout, la simulation en appui à la préparation des forces, la simulation en appui aux opérations et la simulation pour la préparation de l’avenir.

La précédente édition (photo ci-dessus) avait réuni plusieurs centaines de visiteurs, et avait constitué un moment privilégié d’échange entre les Forces, les industriels et la DGA, et cela dans un cadre privilégié.

Renseignements et inscriptions sur www.simops2016.fr