Archives de la catégorie ‘Systèmes d’armes’

russe1

Utiliser la télévision pour parfaire son image, c’est bien…à condition de se rappeler que les caméras filment tout, y compris ce qui n’aurait pas dû l’être. A Sotchi, durant une réunion filmée par la télévision russe, un officiel aurait accidentellement montré à la caméra un document présentant un nouveau concept de torpille sous-marine nucléaire baptisé « Status-6 ». La vidéo ci-dessous montre le reportage dont l’image en tête de cet article est extraite :

Selon le document, le système Status-6  «Ocean Multipurpose System » est un système d’armes sous-marin autonome et robotisé, conçu pour déjouer les sonars de l’OTAN, avec un rayon d’action de 10 000 km, et capable d’évoluer à 1000m de profondeur à une vitesse de 185 km/h. Ces informations sont cohérentes avec des informations déjà divulguées par le journal Rossiiskaya Gazeta, qui spéculait sur le développement d’une arme radioactive porteuse d’une tête militaire de 100 mégatonnes à base de Cobalt 59.

Le but serait d’être capable soit d’anéantir une force ennemie, soit de causer des dommages catastrophiques à une région côtière, par irradiation massive. Le système aurait été développé par le bureau d’études Rubin, de Saint-Petersbourg, l’un des centres principaux de conception des sous-marins russes, et notamment responsable de la conception de la nouvelle classe de SNLE russes, la classe Borey – ci-dessous, le site de Rubin (http://ckb-rubin.ru/en/main/)

russe2

Une telle torpille serait, le cas échéant, lancée à partir des sous-marins de classe Belgorod ou Khabarovsk. Toutefois, le chiffre de 100 mégatonnes est terrifiant, puisque la bombe nucléaire la plus puissante jamais conçue et expérimentée était la célèbre « Tsar Bomba » de plus de 50 mégatonnes (voir ci-dessous). Imaginer une arme de 100 mégatonnes sous-marine, c’est imaginer, au-delà de la chaleur et de l’irradiation, un tsunami massif de 500m de haut, qui pourrait d’ailleurs également toucher les côtes de l’expéditeur.

Donc info ou intox ? Cela fait longtemps que le président Vladimir Poutine annonce que, sans vouloir rentrer dans une nouvelle course aux armements (!), il « se doit » de développer une arme en réponse au bouclier anti-missile de l’OTAN, notamment dans sa composante Aegis Ballistic Missile Defence (BMD). On peut ainsi imaginer que le concept ait été volontairement « fuité » aux média, pour soutenir le discours officiel, que l’information soit vraie ou non. Espérons en tout cas qu’une telle arme ne voie jamais le jour, car ses effets dépasseraient le pire cauchemar nucléaire que l’on puisse faire… Une image quelque peu dissuasive, et donc peut-être pas si fortuite que cela.

armatix1

Bon, on ne peut pas dire que le design de montres soit le point fort de la société Armatix. Sa montre connectée ne déparerait pas sur l’étagère d’un sportif des années 80. Mais il s’agit d’un concept intéressant, au croisement entre l’internet des objets et l’industrie de l’armement. Explication.

La société allemande Armatix GmbH, créée en 2004, s’est rendue célèbre par ses solutions de sécurisation d’armes de poing QuickLock et Baselock. Il s’agit de mécanismes mécaniques et électroniques permettant de sécuriser une arme en insérant un système de verrouillage (ci-dessous) dans le canon (pour les armes de poings) ou dans la chambre (pour les armes longues). Une fois inséré, il est impossible de supprimer le verrouillage sans rendre l’arme inutilisable, sauf à libérer le mécanisme par un code PIN, ou une combinaison empreinte digitale/code.

armatix5

Baselock reprend ce principe en concevant des « cabinets sécurisés » immobilisant le canon de l’arme tant que le code n’est pas entré.

armatix4

Mais la société a poussé le concept plus loin, avec son produit Smart System (oui, bon, ce ne sont pas des champions du marketing non plus). Il s’agit en l’occurrence d’une montre RFID qui dialogue avec le mécanisme interne de l’arme de poing : cette dernière (en l’occurrence, un pistolet IP1 développé sur fonds propres, de calibre 22). A quoi cela sert-il ? En premier lieu, à contrôler le statut de l’arme sur la montre, et notamment le niveau de munitions dans le chargeur.

armatix2

Mais la principale fonction de cette technologie, c’est de n’autoriser l’utilisation de l’arme que dans un rayon spécifique autour de la montre. Ainsi, en cas de vol, de perte, ou si le tireur est désarmé, l’arme devient inutilisable. Une autre application (TRS ou Target Response Systems) concerne les stands de tir : il est possible de n’autoriser le tir de l’arme que sur une cible RFID, et par un utilisateur donné ; si le tireur vise très en-dehors de la zone de ciblage, le tir est bloqué (ce qui permet de sécuriser les stands pour éviter tout incident de tir).

armatix3

La technologie fonctionne aujourd’hui parfaitement avec le pistolet IP1, et la société a entrepris des discussions avec d’autres partenaires pour adapter cette solution à d’autres armes de poing. Mais si le concept est original, il semble toutefois que la rentabilité ne soit pas au rendez-vous pour Armatix qui affiche plus de 14 MEUR de pertes et est placée en redressement judiciaire.

Arme trop chère (a priori 4x plus chère qu’une arme normale) ? Trop peu de demandes ? La question reste ouverte mais la récente éviction du P-DG Ernst Mauch intervient dans un débat dominé par la question de la viabilité industrielle de cette innovation, et de son adoption par le marché. Ce n’est pas le cas aux Etats-Unis en tout cas : sur 1200 licenciés interrogés, plus de 75% rejetaient le concept d’un « smart gun » qui pourrait être désactivé sans leur consentement. Mais à mon sens, le principal obstacle reste la vulnérabilité de la technologie au brouillage ou la prise de contrôle à distance d’une arme par un hacker mal intentionné (voir mon article ici sur les cyberguns).

Il existe de nombreux moyens de sécuriser une arme (et la première est de ne pas en distribuer comme des jouets à tout le monde) ; Armatix a peut-être poussé le bouchon un peu trop loin, en imaginant une solution à un problème qui n’en est pas vraiment un. Ou alors, il fallait demander à Breitling de réaliser la montre, parce que bon, quand même…

aim1

Bon, effectivement, le titre est un peu bizarre. En l’occurrence, il correspond bien à l’engin présenté il y a quelques jours lors du show AUSA (Association of the United States Army Annual Meeting and Exposition)​ : un fusil, mais en fait non.

aim3

Il s’agit en fait d’un outil combinant une antenne wi-fi avec un processeur Raspberry Pi. Pour mémoire, rappelons que le Raspberry Pi est un ordinateur low cost de la taille d’une carte de crédit. Le modèle Pi2B comporte 1Go de mémoire vive, un processeur ARMv7 4 cœurs d’une fréquence de 900Mhz, 4 ports USB et supporte Windows 10 tout cela pour la somme de… 35 EUR. Tout ceci pour information…il faut bien avouer que cela donne des idées.

aim2

En l’occurrence, les idées sont celles de l’ US Army Cyber Institute qui a démontré l’outil au dernier show AUSA (Association of the United States Army Annual Meeting and Exposition)​. Son application : exploiter une faille de sécurité dans un drone quadrirotor Parrot, pour « l’abattre ». Ce n’est donc pas un véritable fusil, malgré son facteur de forme, mais une « cyber-arme » destinée à illustrer des capacités tactiques de soutien électronique à une mission.

aim4

L’engin a été construit en une dizaine d’heures (et ça se voit…), pour un coût d’environ 150$, et a montré son efficacité à la fois dans l’interception de drones grand public, et dans l’ouverture d’un coffre électronique, à distance.

aim5

Bon, ils ne remporteront pas le prix du design, mais le concept est innovant et intéressant ; il illustre également, malheureusement, la vulnérabilité des systèmes électroniques à des attaques ciblées rendues possibles par le rapport coût/puissance des processeurs actuels. La preuve : à la « black hat conference » annuelle, évènement de référence, certes un peu sulfureux, mais rassemblant les hackers de tous pays, les chercheurs Runa Sandvik et  ont montré ce qui arrive lorsqu’en combinant une antenne wi-fi et un ordinateur, on peut pirater un fusil « intelligent » comme les modèles à 13 000$ développés par la société TrackingPoint.

aim6

De quoi parle t’on ? D’un fusil TP750 comme le modèle ci-dessus, comportant un processeur embarqué sous Linux, et, il faut le dire, assez incroyable. Une fois que l’utilisateur a rentré les paramètres comme le vent, la température, le type et le poids de la munition, il vise la cible, appuie sur la détente…et le fusil décide quand il doit tirer. Même à un km de distance, un débutant touche la cible.

aim7

Les deux chercheurs ont détecté (après avoir acheté un tel fusil et réalisé la rétroingéniérie du code) que le système possédait des vulnérabilités. Le résultat ? En réalisant un cyberfusil analogue à celui développé par l’US Army Cyber Institute, ils ont fait « croire » au fusil qu’il était connecté à un serveur, et ont réussi, à distance, à en prendre le contrôle.

Le résultat fait froid dans le dos : ci-dessous, le tireur vise la cible à droite. A un moment donné, les hackers en prennent le contrôle et le fusil tire pile… dans la cible de gauche (et au centre, s’il vous plaît). Ils sont même allés jusqu’à prendre le contrôle total (« root ») du fusil, avec la possibilité d’empêcher tout tir.

aim8

Tout cela illustre bien la course à la technologie, et à l’armement. Peut-être doit-on, au lieu de penser à ce qui pourrait se passer si une Intelligence Artificielle de haut niveau permettait à des robots maléfiques armés de conquérir le monde (voir mon article ici), se poser d’abord la question de protéger suffisamment les armes technologiques. Car un drone, armé ou non, pour un hacker, c’est avant tout un ordinateur qui vole. Un peu comme un canard pour un chasseur aguerri.

 

grenade1

C’est une innovation testée par l’US Army, et qui provient d’une société plutôt connue pour ses réalisations dans le domaine aéronautique et spatial. La société Orbital ATK, qui est quand même un producteur reconnu de munitions de petit calibre et de systèmes d’armes incluant des missiles, vient d’annoncer le test de son nouveau fusil X25, capable de neutraliser des adversaires cachés derrière un mur, ou enterrés dans des caches.

Le X25 est une arme semi-automatique, dénommée CDTE pour « Counter Defilade Target Engagement ». D’un calibre de 25mm, le fusil possède une portée maximale de 500 à 600m, et est construit en matériaux composites. Mais sa principale caractéristique est d’utiliser des munitions de type « airburst ».

Le principe ? Il s’agit d’une munition « intelligente » de 25mm, qui est programmée pour exploser après un temps de vol donné, par exemple 3 ou 4m au-dessus d’un adversaire, neutralisant ce dernier par un effet de souffle et la production d’éclats sur 360 degrés. Le tir est coordonné avec le laser permettant de calculer la distance à la cible (le « temps de vol » étant calculé par les rotations subies par la munition dès la sortie du canon).

grenade2

Cette capacité permet d’atteindre des cibles abritées derrière des obstacles sans avoir à les toucher directement. Généralement, les munitions sont envoyées en rafale : programmées en une fraction de seconde avant le tir, elles explosent séquentiellement au-dessus de l’objectif visé. L’effet est redoutable.

grenade3

Le X25, au-delà de son armement, intègre donc des capacités de programmation balistique de telles munitions (en l’espèce un système d’acquisition et de tir : target acquisition/fire control system ou TA/FC) permettant d’envisager une cadence de tir élevée. La portée optimale est en ce cas de 300m.

La vidéo ci-dessous présente le concept.

Une telle arme avait déjà été testée par l’US Army en Afghanistan en 2010. Les expérimentations actuelles pourraient rapidement déboucher sur une mise en service dès la fin 2016. Une version 40 mm est en cours de développement.

laser2

Décidément, alors que sort la bande-annonce du futur opus de StarWars, le laser n’a jamais été aussi présent dans le domaine de l’innovation technologique de défense. Oublions les canons lasers pour détruire les drones (quoique) précédemment décrits dans ce blog, je reviens cette semaine sur deux informations provenant, comme à l’habitude, d’outre-Atlantique.

En premier lieu, l’US Army  (AMRDEC : U.S. Army Aviation and Missile Research Development and Engineering Center) et l’US Air Force (Air Combat Command et Redstone Test Center) ont annoncé un partenariat en vue de développer des véhicules type MRAP – Mine Resistant Ambush Protected – résistants aux mines et engins explosifs improvisés, dotés d’armes laser de déminage. L’idée est ainsi d’intégrer un Laser développé par l’Air Force (Zeus III) sur un MRAP de type Cougar (voir ci-dessous), afin de faire détoner à distance des bombes enterrées à 300m de distance.

laser1

La problématique se pose typiquement dans le cas du « nettoyage » de pistes d’atterrissages minées, ou contaminées par des explosifs artisanaux, ou par des bombes non explosées. Avec l’engin baptisé RADBO (Recovery of Airbase Denied by Ordinance), il devient possible d’accélérer le nettoyage de telles zones. Pour ce faire, le RADBO dispose de deux alternateurs afin de procurer une intensité de 1100 ampères, suffisante pour faire fonctionner le laser. Ce dernier est placé sur un bras manipulateur permettant à l’équipage de manier le laser en restant à l’abri dans le véhicule. Une décharge du laser est capable de faire détoner 25 kg d’explosif.

laser5

Le prototype ayant été jugé efficace, une première commande de 14 RADBO a été engagée.

La seconde annonce a été quant à elle réalisée par l’US Air Force, qui annonce vouloir déployer des armes laser sur l’ensemble de ses avions de combat d’ici…2020. Ces « pods à énergie dirigée » permettraient de neutraliser des missiles, des drones, et, ne nous en cachons pas, d’autres avions.

laser4

Un premier candidat a été développé par la société General Atomics (connue pour ses drones PREDATOR et REAPER). Il s’agit du laser HELLADS (High Energy Liquid Laser Area Defense System), un laser de 150kW miniaturisé (moins de 5kg par kW, pour un volume de 3m cubes). Il s’agit d’un laser dit liquide, car à la différence des autres lasers utilisant des milieux solides, le faisceau passe à travers des couches de céramique baignées dans un liquide refroidissant circulant rapidement. Cela permet d’éviter le principal problème des lasers solides : la surchauffe qui oblige à tirer des impulsions laser. Le laser liquide permet quant à lui de générer des faisceaux continus sans surchauffe. La technologie précise est gardée confidentielle : General Atomics parle de « ThinZag Ceramic solid-state laser technology » (comprenne qui pourra).

laser3

Une ambition certaine, mais qui pourrait connaître des décalages, car la DARPA n’envisage pas la généralisation de ces technologies avant…2030. Pour la sortie du 12e épisode de StarWars , sans doute…

dragon1

Lors du dernier salon AUSA (Association of the United States Army), la société Neany Inc a dévoilé un nouveau drone naval baptisé DragonSpy. Armé d’une arme automatique ARES 7.62, il repose sur une plateforme hybride diesel ou essence/électrique ; le prototype présenté lors d’AUSA était à propulsion uniquement électrique. L’arme repose sur un affut TRAP T360, développé par la société Precision Remote, une référence dans le domaine des armes automatiques autonomes et téléopérées (photo ci-dessous).

dragon 4

L’engin de 3m40 est doté de capteurs et de capacités ISR (intelligence, surveillance, reconnaissance) dont une caméra i2Tech i200L et peut s’intégrer dans un système de drones aériens, tel le drone ARROW développé par Neany Inc., pour augmenter ses capacités de reconnaissance. Il possède également un système de ciblage et d’interception de cibles automatique, ce qui ne manquera pas de déclencher l’ire des adversaires du recours aux SALA (systèmes d’armes létaux autonomes). Le système d’armes du DragonSpy a été testé avec succès en conditions opérationnelles, annonce la société.

L’engin est capable de fonctionner dans moins de 50 cm d’eau, et possède une vitesse de pointe de dix nœuds – le prototype dévoilé à AUSA est capable quant à lui de maintenir pendant 3h une vitesse de six nœuds en propulsion électrique. Reste encore à savoir comment se comporte la plate-forme dans des rapides ou des eaux agitées.

Ce n’est bien évidemment pas le premier (ni le dernier !) drone naval autonome ; a titre d’exemple, voici le système CARACaS (Control Architecture for Robotic Agent Command and Sensing) développé par l’ONR (Office of Naval Research) américain, et capable de contrôler un essaim de drones navals. La vidéo est assez impressionnante :

Dans le cas de DragonSpy, l’emploi est assez équivalent, mais la plate-forme, plus compacte, permet de patrouiller dans des eaux peu profondes. Une version future pourrait même incorporer une plate-forme pour un drone quadricoptère embarqué (on la voit d’ailleurs dans la photo ci-dessous prise lors d’AUSA et qui montre le nouvel aspect du DragonSpy).

dragon 3

La société envisage de généraliser le concept sur plusieurs types de plateformes navales. Le DragonSpy quant à lui serait utilisé pour des missions de patrouille et d’interdiction de zones (frontières, centrales nucléaires ou autres zones sensibles).

night1

La filiale américaine de la société BAE systems a développé un nouveau système permettant à un utilisateur de disposer d’une vision à la fois nocturne et thermique. Le dispositif permet de pallier les inconvénients liés, par exemple, à la présence de pluie, de brume ou de fumée. Jusqu’alors réservée aux jumelles thermiques, ou aux systèmes d’armes, le dispositif permet de fusionner les capacités de vision et de ciblage (« targeting ») sans nécessité pour l’utilisateur de changer de dispositif en opérations.

night4

Destiné à une utilisation opérationnelle en 2017, il s’agit d’un dispositif reposant sur une interface vidéo sans fil: l’image est directement transmise aux lunettes de l’utilisateur. BAE a particulièrement travaillé sur le poids du dispositif, et des batteries.

night3

L’intérêt opérationnel (outre la vision tout temps) est de pouvoir réaliser une visée sans nécessité de quitter la cible des yeux, ni d’amener l’arme au niveau du regard, puisque les images de la visée de l’arme peuvent être, via l’interface sans fil, directement transmises à l’utilisateur via ses lunettes, sans aucune transition.

night2

Le système est en cours de développement, mais a été réalisé en collaboration avec l’U.S Army Night Vision and Electronic Sensors Directorate – il a fait l’objet d’un contrat poétiquement intitulé « Enhanced Night Vision Goggle III and Family of Weapon Sight-Individual » doté de 434 millions de dollars sur 5 ans (tout de même !).

 

loon1

La Chine vient de mettre en ligne une vidéo montrant pour la première fois le drone MALE (medium altitude long endurance)  Wing Loong en train de tester son armement (en l’occurrence un missile air-sol). Ce drone, dont l’apparence ne peut manquer de faire penser à un drone Predator, a été présenté récemment au salon du Bourget. Il a une longueur de 9,34 mètres pour une envergure de 14 mètres, et pèse un peu plus d’une tonne.

Construit par AVIC (Aviation Industry Corporation of China), l’engin descend du “Pterodactyle”, un UCAV (unmanned combat air vehicle) présenté à la fois au Bourget et au salon de Zhuhai en 2012. Il pourrait emporter une charge utile plus importante que celle du Pterodactyle, qui était de 200 kg (seulement). 4 armements ont été exposés : le missile air-sol BA-7, la bombe guidée laser YZ-212, la bombe antipersonnel YZ-102A et une bombe guidée miniaturisée de 50 : la LS-6.

loon3

Il est muni d’un moteur à pistons de 101ch et une hélice tripales, et possède un plafond opérationnel de 5300 m, un rayon d’action de 4000 km et une vitesse maximale de 280 km/h (20h d’autonomie). La station de guidage est présentée ci-dessous.

loon4

Le drone possède plusieurs variantes dont le Sky Saker / Rui Ying destiné à l’export et embarquant un radar SAR et un pod optronique, le WJ-1 pour l’attaque au sol ou encore le GJ-1 également destiné à l’attaque au sol, et capable d’effectuer une désignation automatique de cibles.

La video montre le tir de test du Wing Loong, ainsi que la séquence de chargement.

L’ ambition de la Chine n’est pas uniquement technologique. Il s’agit en l’occurrence de fournir une alternative à l’export, pour des pays incapables d’acheter des drones américains ou israéliens en raison de contraintes législatives ou d’embargos. En fait, la Chine n’ayant pas pris part aux accords MTCR (Missile Technology Control Regime) et à l’arrangement de Wassenaar sur le contrôle des exportations d’armes conventionnelles et de biens et technologies à double usage, elle prétend jouer le rôle de challenger à l’export, sans être liée à de telles contraintes.

Dans ce domaine, la Chine, qui fait fabriquer ces engins par des consortiums académiques, ce qui a l’effet immédiat de baisser les coûts de production et le prix de vente, serait un joueur crédible et disruptif. A titre d’exemple, le drone MALE BZK-005, livré à plus de 1500 exemplaires à l’armée chinoise, a été développé par la Beijing University of Aeronautics and Astronautics et le groupe Harbin Aircraft Industry Co., Ltd – la comparaison avec le drone américain MQ1 Predator est présentée ci-dessous.

loon2

Même s’il est aujourd’hui difficile d’évaluer le degré réel de sophistication des drones chinois, la Chine est sans nul doute en train de devenir un acteur réel capable de jouer un rôle de premier plan dans la prolifération de drones aériens militaires.

robot3

Il s’agit d’un débat récurrent, et qui enfle de plus en plus, sous-tendu à la fois par l’imaginaire collectif et une certaine tendance journalistique au sensationnel. Je veux parler du débat sur l’interdiction des « robots tueurs ». Après avoir alarmé l’opinion sur les dangers de l’intelligence artificielle (à mon sens, la bêtise naturelle est une plus grande menace, mais bon…), Stephen Hawking, Elon Musk ou encore Steve Wozniak et Noam Chomsky viennent en effet de signer une lettre ouverte pour l’interdiction des armes autonomes.

robot2

Il s’agit là d’un sujet complexe, et je ne pouvais pas ne pas réagir ou en tout cas tenter de donner mon opinion dans ce débat. Pardonnez moi par avance si j’enfonce quelques portes ouvertes.

En premier lieu, je pense qu’il convient de ne pas faire d’amalgames entre IA, robotique, et armes autonomes. La robotique de théâtre est une réalité, mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, elle est aujourd’hui essentiellement orientée vers des fonctions de soutien ou d’appui. Au-delà, à quoi sert un robot sur le champ de bataille ? :

  • A protéger, pour éloigner l’homme de la menace ou de la zone exposée : fonctions de déminage, de reconnaissance…
  • A durer : l’attention d’un robot ne décroit pas au cours du temps : fonctions de surveillance…
  • A permettre accroître l’efficacité opérationnelle, par exemple en servant de « mule » pour porter les charges lourdes, en assurant une permanence de télécommunications, mais aussi, et c’est là le débat, en délivrant de l’armement.

robot6

Donc plus que de parler de robots tueurs (terme entretenant une certaine confusion anthropomorphique), on parle ici de SALA (systèmes d’armes létaux autonomes) ou, en anglais, LAWS ( !) pour Lethal Autonomous Weapons Systems.

Le problème consiste à définir ce que l’on entend par « système autonome ». Un missile de croisière, même si le ciblage est initié par l’homme, est aujourd’hui complètement autonome dans les phases terminales du vol (dans certains cas, une intervention humaine est même physiquement impossible). Cependant, ces systèmes sont explicitement en-dehors du débat suscité par les signataires de la lettre, même si ce sont des systèmes autonomes supervisés.

Donc de quoi parlons nous ? De systèmes létaux (en soi un terme restrictif :  est il plus humain d’être blessé gravement ?) autonomes, sans homme dans la boucle, et qui n’existent pas encore. Les seuls SALA aujourd’hui en service, notamment en Israël et en Corée du Sud, sont des sentinelles qui, si elles sont technologiquement capables de tirer sur des intrus, sont inféodées à la décision d’un humain dans la boucle (ci-dessous, le robot sentinelle SGR-A1 de Samsung).

robot1

Allons plus loin dans la restriction : on parle d’autonomie de décision, donc pas de systèmes préprogrammés pour effectuer des tâches. Ni de systèmes avec un humain dans la boucle pour le ciblage. Donc, aucun système actuel, ni même pressenti dans un futur proche.

De fait, les deux seuls pays à avoir aujourd’hui une politique officielle sur les SALA (les Etats Unis et le Royaume Uni) ont déjà explicitement déclaré qu’un SALA doit être conçu pour permettre à un commandant ou un opérateur d’évaluer humainement le niveau d’usage de la force. Donc d’exercer un contrôle.

Alors doit-on – sur l’idée que l’IA deviendrait capable de décisions autonomes telles qu’un humain pourrait les prendre, une affirmation plus que discutable compte tenu du niveau actuel de la technologie sous-jacente – interdire de manière préemptive un tel système ? Est-ce une application aveugle d’un principe de précaution mené à un tel degré qu’il devient un principe incapacitant? Comme le déclare microbiologiste Didier Raoult, « le principe de précaution privilégie la prévention de risques virtuels aux dépens de risques, eux, bien réels. Toute innovation technologique s’accompagne nécessairement d’incertitudes. Serions-nous allés sur la Lune si l’on avait appliqué le principe de précaution ? Finalement, ce que le principe de précaution refuse d’admettre, c’est que l’avenir est imprévisible »

Mon opinion est donc qu’il est dangereux d’empêcher ou de limiter la recherche sur l’Intelligence Artificielle sous le prétexte qu’un jour, un « Terminator » conçu par un humain pourrait décider de tuer d’autres humains. Produire des armes totalement autonomes n’est dans l’intérêt de personne et on pourrait disserter longuement comme le fait excellemment le diplomate et philosophe Jean-Baptiste Jeangène Vilmer sur l’humanité d’être tué par un humain ou un robot (la bombe nucléaire est elle plus « humaine » que le fait d’être tué par une sentinelle robotisée ?) ou sur le prétendu « accès facilité » à la guerre par l’utilisation d’armées de drones autonomes.

robot8

L’interdiction préventive des SALA n’a pas de sens et ne stopperait certainement pas des individus ou états qui souhaiteraient les utiliser dans un cadre non conforme aux droits de l’homme. A la différence des mines antipersonnel, un SALA complètement autonome et doté de « conscience » ou « d’intelligence » n’existe pas encore et n’a donc pas démontré son illégalité.  Et la recherche, dans ce domaine, est de toutes façons duale, donc accessible, in fine, aux utilisateurs motivés.

En revanche, encadrer comme l’ont fait les USA et le Royaume-Uni l’utilisation de tels systèmes afin qu’ils ne puissent, même si la technologie le permettait, fonctionner sans un « veto » humain (au minimum) me semble souhaitable. D’ailleurs, qui nous dit qu’un robot ne serait pas en mesure de mieux respecter les règles d’engagement que les hommes eux-mêmes (relire les lois d’Asimov) ?

Et, in fine, une question n’a pas été posée, et elle me semble plus prégnante : comment maîtriser le contrôle de ces systèmes autonomes armés avec une informatique qui progresse mais qui devient difficile à maîtriser, contrôler, débugger de façon sûre ? Cela, en soi, plaide pour le maintien de l’homme dans la boucle.

robot5

Ce n’est bien évidemment que mon opinion, mais je souhaitais la partager, au moment où l’on lit tout, et surtout n’importe quoi sur le sujet, et que des amalgames dangereux et populistes font leur apparition. La robotisation de l’espace de bataille est une réalité. L’émergence de la conscience humaine dans une machine est aujourd’hui de l’ordre de la science-fiction. Le débat éthique sur l’armement autonome doit guider son développement.

On pourrait aussi demander aujourd’hui l’interdiction préventive de l’Etoile Noire, capable de détruire une planète. Elle non plus n’existe pas encore.

robot7

exo2

Dans la course au « soldat augmenté », l’armée de la république populaire de Chine n’est pas en reste : depuis peu, elle développe et perfectionne ses propres exosquelettes militaires. Au-delà de leur utilisation dans un contexte logistique et de manutention, l’ambition de l’armée chinoise est bien de permettre aux soldats d’infanterie d’évoluer plus facilement dans les terrains difficiles, notamment montagneux.

L’institut 202 (groupement industriel) avait présenté son premier modèle d’exosquelette au meeting aérien de Zhuhai, en 2014, comme l’illustre la vidéo ci-dessous. Ce dernier avait un coefficient de 80% (un poids porté de 100kg ne pèse que 20kg pour le porteur de l’exosquelette).

En juin, l’institut a dévoilé une version upgradée de ce système, capable notamment de permettre des mouvements complexes requérant une grande flexibilité (ramper dans la boue, sous des barbelés, par exemple), tout en conservant l’avantage de l’exosquelette en termes de transport de charges lourdes.

exo1

On constate à ce sujet un système d’aide en haut du costume, pour permettre l’emport d’objets lourds (une espèce de « grue portable », en quelque sorte). Les caractéristiques de l’exosquelette upgradé sont les suivantes : emport de plus de 50 kg, capacité de marcher 20km à une vitesse moyenne de 4,5 km/h. Des caractéristiques proches du système HULC développé par Lockheed Martin (ci-dessous).

exo4

Mais ce qui interpelle également, ce sont les vidéos présentant le concept en images de synthèse. On y voit clairement que l’exosquelette est appelé à servir non seulement en soutien, mais en première ligne, avec des soldats portant de lourdes charges, et un armement également pesant.

exo5

Une solution intéressante pour l’allègement du combattant, problème de premier plan aujourd’hui dans les armées, et compte tenu à la fois de la numérisation du soldat, et de la difficulté des missions. Toutefois, la problématique de la charge et de la puissance électrique demeure, même  si ces différents systèmes sont capables, même en cas de faible charge batterie, de continuer à soutenir des charges sans « laisser tomber » le combattant.

exo3

Mais au-delà du transport de charges, l’intérêt d’un exosquelette est de permettre l’augmentation des capacités de mobilité du soldat : sauter plus haut, courir plus vite, et avec un armement complet. En ce sens, il sera intéressant de suivre les évolutions du système chinois.