Archives de la catégorie ‘Munitions’

 

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Ce n’est pas parce qu’une balle n’atteint pas sa cible qu’elle ne peut pas tuer. Une étude de l’université de Californie montre ainsi qu’environ 41% des victimes de balles perdues ont été touchées chez elles, souvent à l’intérieur de leurs maisons, et souvent dans leur sommeil, les balles ayant transpercé les murs. 30% des victimes sont des enfants. Des chiffres inquiétant, qui incitent les fabricants de munitions à chercher des parades.

Une technique classique consiste à concevoir des munitions à haut transfert d’énergie ; ce sont des balles qui transfèrent un maximum d’énergie à la cible lors d’un impact, permettant ainsi d’éviter une perforation et à la balle de poursuivre sur sa trajectoire. Plusieurs fabricants ont conçu de telles munitions, par exemple la société RUAG, qui commercialise des munitions dites déformables, essentiellement à l’intention des forces de police.

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En utilisant des alliages spécifiques, on parvient également à limiter la tendance au ricochet. La déformation de la balle, quant à elle, permet de limiter la pénétration dans la cible à un maximum de 35cm (munition 9×19 action 4 SXF). D’autres fabricants ont également conçu d’autres solutions fondées sur le même principe.

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Mais cela n’élimine pas le risque du à des tirs directs qui manqueraient leur cible. Une solution originale à ce problème vient d’être révélée par l’intermédiaire d’un brevet datant de 2013 : des balles capables de s’auto-détruire à une certaine distance.

Conçue par l’US Army’s Armament Research, Development and Engineering Center (ARDEC), cette munition est remplie avec une substance inflammable, dont l’allumage est déclenché lorsque la balle est tirée. Ce matériau, en se consumant, réagit avec une autre substance qui a pour effet de lentement déformer la balle jusqu’à ce qu’elle devienne instable. Une approche « low-tech », mais néanmoins innovante.

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En d’autres termes, en lui faisant perdre sa forme aérodynamique au-delà d’une certaine distance, la balle finit par tomber sur le sol. Evidemment, cela nécessite de prévoir à l’avance la distance utile opérationnellement parlant (celle-ci peut être ajustée en modifiant les quantités respectives des deux substances pyrotechniques présentes au sein de la balle). A réserver à un usage intérieur, ou urbain, donc.

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Le projet n’est plus financé, mais les chercheurs de l’ARDEC, qui viennent de voir leur brevet validé, cherchent à générer de l’intérêt auprès des fabricants de munitions. Un intérêt qui devrait être réel : plus de 300 personnes sont tuées par an aux Etats-Unis seuls, sans compter les blessés, par des balles perdues.

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Il ne s’agit pas de systèmes d’armes létaux autonomes, car sont supposés être contrôlés en permanence par un humain, mais quand même… Le programme Lethal Miniature Aerial Munition System ou LMAMS vise à développer des munitions intelligentes – un nom sibyllin pour désigner des drones armés portables.

La société américaine Aerovironment a ainsi développé et déployé le Switchblade, un mini-drone portable armé. Transportable dans un sac à dos car il ne pèse que 2,5 kg, le drone est tiré à partir d’un tube. Une fois éjecté, ses ailes se déploient, et il commence un vol qui peut durer jusqu’à 10 minutes, dans un rayon de 10km. Capable d’envoyer des images dans les spectres visible et infrarouge à l’opérateur qui le contrôle, il est aussi capable de fondre à 150 km/h sur sa proie… en activant une tête militaire capable de neutraliser un camion. Un drone kamikaze, en quelque sorte… Il peut également être programmé pour percuter une cible prédéfinie.

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Cela est peu connu, mais 4000 de ces drones ont déjà été déployés en Afghanistan par la 3e division d’infanterie américaine. Et les fantassins sont plutôt conquis par le concept. Vous pouvez le voir en action sur ce film.

Evidemment, des questions se posent par exemple sur la vulnérabilité au piratage ou au brouillage de ces drones (la société Aerovironment ne souhaite pas communiquer à ce sujet). Et il vaut mieux ne pas imaginer de tels systèmes entre de mauvaises mains. D’autant que le Switchblade n’est pas le seul engin de ce type. Ainsi, la société Textron, avec le Battlehawk (ci-dessous), la société Israélienne uVIsion avec le Hero30 ou encore Lockheed Martin, avec le Terminator ( !) sont également en lice pour le programme LMAMS.

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Pour ce dernier, les spécifications sont exigeantes : le système doit être piloté à partir d’une station opérable de jour comme de nuit, fournir de la vidéo et des moyens de contrôle en temps réel. L’opérateur doit pouvoir sélectionner les cibles visuellement, par géolocalisation, pouvoir armer ou désarmer le système. Ce dernier doit être capable d’interrompre sa mission et de revenir seul à son point de lancement. Le système doit pouvoir opérer de manière semi-autonome, manuelle, ou… autonome (un mot dangereux car extrêmement vague, dès lors que l’on parle de systèmes d’armes létaux : en l’occurrence, il est bien précisé que c’est l’opérateur qui commande la détonation de la charge militaire).

Ce sont donc tous des drones professionnels haut de gamme. Mais dans ce blog, je parlais récemment du drone DISCO de Parrot qui pourrait être équipé de capacités analogues (si l’on élimine le besoin d’une optronique performante). Et donc représenter une menace en cas de détournement… D’ailleurs, la photo suivante montre un drone Skywalker X9 civil, militarisé par Daech, et transformé en IED (heureusement abattu par les forces kurdes).

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Une nouvelle menace à prendre en compte dans cette course à la technologie aujourd’hui ouverte à tous les participants.

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Bon, on ne peut pas dire que le design de montres soit le point fort de la société Armatix. Sa montre connectée ne déparerait pas sur l’étagère d’un sportif des années 80. Mais il s’agit d’un concept intéressant, au croisement entre l’internet des objets et l’industrie de l’armement. Explication.

La société allemande Armatix GmbH, créée en 2004, s’est rendue célèbre par ses solutions de sécurisation d’armes de poing QuickLock et Baselock. Il s’agit de mécanismes mécaniques et électroniques permettant de sécuriser une arme en insérant un système de verrouillage (ci-dessous) dans le canon (pour les armes de poings) ou dans la chambre (pour les armes longues). Une fois inséré, il est impossible de supprimer le verrouillage sans rendre l’arme inutilisable, sauf à libérer le mécanisme par un code PIN, ou une combinaison empreinte digitale/code.

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Baselock reprend ce principe en concevant des « cabinets sécurisés » immobilisant le canon de l’arme tant que le code n’est pas entré.

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Mais la société a poussé le concept plus loin, avec son produit Smart System (oui, bon, ce ne sont pas des champions du marketing non plus). Il s’agit en l’occurrence d’une montre RFID qui dialogue avec le mécanisme interne de l’arme de poing : cette dernière (en l’occurrence, un pistolet IP1 développé sur fonds propres, de calibre 22). A quoi cela sert-il ? En premier lieu, à contrôler le statut de l’arme sur la montre, et notamment le niveau de munitions dans le chargeur.

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Mais la principale fonction de cette technologie, c’est de n’autoriser l’utilisation de l’arme que dans un rayon spécifique autour de la montre. Ainsi, en cas de vol, de perte, ou si le tireur est désarmé, l’arme devient inutilisable. Une autre application (TRS ou Target Response Systems) concerne les stands de tir : il est possible de n’autoriser le tir de l’arme que sur une cible RFID, et par un utilisateur donné ; si le tireur vise très en-dehors de la zone de ciblage, le tir est bloqué (ce qui permet de sécuriser les stands pour éviter tout incident de tir).

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La technologie fonctionne aujourd’hui parfaitement avec le pistolet IP1, et la société a entrepris des discussions avec d’autres partenaires pour adapter cette solution à d’autres armes de poing. Mais si le concept est original, il semble toutefois que la rentabilité ne soit pas au rendez-vous pour Armatix qui affiche plus de 14 MEUR de pertes et est placée en redressement judiciaire.

Arme trop chère (a priori 4x plus chère qu’une arme normale) ? Trop peu de demandes ? La question reste ouverte mais la récente éviction du P-DG Ernst Mauch intervient dans un débat dominé par la question de la viabilité industrielle de cette innovation, et de son adoption par le marché. Ce n’est pas le cas aux Etats-Unis en tout cas : sur 1200 licenciés interrogés, plus de 75% rejetaient le concept d’un « smart gun » qui pourrait être désactivé sans leur consentement. Mais à mon sens, le principal obstacle reste la vulnérabilité de la technologie au brouillage ou la prise de contrôle à distance d’une arme par un hacker mal intentionné (voir mon article ici sur les cyberguns).

Il existe de nombreux moyens de sécuriser une arme (et la première est de ne pas en distribuer comme des jouets à tout le monde) ; Armatix a peut-être poussé le bouchon un peu trop loin, en imaginant une solution à un problème qui n’en est pas vraiment un. Ou alors, il fallait demander à Breitling de réaliser la montre, parce que bon, quand même…

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C’est une innovation testée par l’US Army, et qui provient d’une société plutôt connue pour ses réalisations dans le domaine aéronautique et spatial. La société Orbital ATK, qui est quand même un producteur reconnu de munitions de petit calibre et de systèmes d’armes incluant des missiles, vient d’annoncer le test de son nouveau fusil X25, capable de neutraliser des adversaires cachés derrière un mur, ou enterrés dans des caches.

Le X25 est une arme semi-automatique, dénommée CDTE pour « Counter Defilade Target Engagement ». D’un calibre de 25mm, le fusil possède une portée maximale de 500 à 600m, et est construit en matériaux composites. Mais sa principale caractéristique est d’utiliser des munitions de type « airburst ».

Le principe ? Il s’agit d’une munition « intelligente » de 25mm, qui est programmée pour exploser après un temps de vol donné, par exemple 3 ou 4m au-dessus d’un adversaire, neutralisant ce dernier par un effet de souffle et la production d’éclats sur 360 degrés. Le tir est coordonné avec le laser permettant de calculer la distance à la cible (le « temps de vol » étant calculé par les rotations subies par la munition dès la sortie du canon).

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Cette capacité permet d’atteindre des cibles abritées derrière des obstacles sans avoir à les toucher directement. Généralement, les munitions sont envoyées en rafale : programmées en une fraction de seconde avant le tir, elles explosent séquentiellement au-dessus de l’objectif visé. L’effet est redoutable.

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Le X25, au-delà de son armement, intègre donc des capacités de programmation balistique de telles munitions (en l’espèce un système d’acquisition et de tir : target acquisition/fire control system ou TA/FC) permettant d’envisager une cadence de tir élevée. La portée optimale est en ce cas de 300m.

La vidéo ci-dessous présente le concept.

Une telle arme avait déjà été testée par l’US Army en Afghanistan en 2010. Les expérimentations actuelles pourraient rapidement déboucher sur une mise en service dès la fin 2016. Une version 40 mm est en cours de développement.

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La société Raytheon a développé un mini-missile à guidage laser destiné à équiper les fantassins et les forces spéciales. Le missile Pike, son petit nom, mesure 43 cm de long pour un calibre de 40mm, et pèse moins de 900g. Tiré par un lance-grenade monté sur une arme automatique comme le M320, il peut atteindre une cible à 2km de distance (cette dernière devant être illuminée par un laser).

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Bien plus compact qu’un missile Javelin, le Pike possède néanmoins une tête explosive à fragmentation, suffisante pour un emploi dans un contexte de guérilla urbaine. L’innovation réside dans la miniaturisation de l’électronique embarquée du Pike mais aussi dans son comportement.

Il est en effet possible de lancer le missile en tir balistique, et de n’illuminer la cible qu’après le missile tiré. Une fois lancé, le Pike cherche en effet la réflexion du laser, et s’oriente de manière autonome en fonction de cette détection. Selon Raytheon, le missile n’émet pas de fumée en vol, pour accroître sa discrétion. L’innovation réside également dans la protection de cette électronique embarquée dans un si petit format, puisque celle-ci doit subir sans dommages des accélérations impressionnantes en une fraction de seconde. Pas évident en termes d’ingénierie.

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Ce missile a été présenté lors de l’exposition AUSA à Washington ces derniers jours ; la société Raytheon a annoncé que le missile Pike avait été testé avec succès en conditions opérationnelles. Une version future devrait voir le jour, en particulier capable d’être tirée depuis un drone.

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Et ça marche! Après les armes de poing, les missiles. La société Raytheon a annoncé que ses ingénieurs avaient réussi à imprimer en 3D 80% des composants d’un missile : le moteur, les ailerons, et des composants nécessaires au guidage et à la navigation. L’image ci-dessus montre le moteur du missile en fonctionnement – or ce moteur a été créé par la méthode de fabrication additive (impression 3D).

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La recherche aujourd’hui consiste, en sus des composants mécaniques plus traditionnels, à utiliser de telles techniques pour déposer des matériaux conducteurs afin de créer des circuits électriques. L’intérêt est aussi (outre la rapidité de création et la diminution des stocks) de pouvoir expérimenter des structures plus légères et optimisées en termes d’isolation thermique, et de tester presque immédiatement les prototypes.

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L’image ci-dessus montre les composants « imprimables » (ceux qui ne sont pas en métal) d’un missile. A terme, même les connecteurs pourront être créés de cette manière. Le principe en lui-même n’est pas nouveau : Lockheed Martin a même déposé en 2006 un brevet sur la conception et l’impression en 3D de têtes militaires. Et pour tous ceux que cela intéresse, je vous conseille la lecture (même si la mise en page est surréaliste) du numéro spécial de Army Technology ci-dessous (cliquez sur l’image pour le télécharger).

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PS. Je rappelle que ce blog va fonctionner à un rythme ralenti en cette période estivale. Encore une fois, ce n’est pas un abandon, ou un manque d’inspiration. Juste un gros besoin de vacances.

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Parfois l’innovation concerne des domaines de la défense autres que les drones, les robots, l’aéronautique ou la cyberdéfense. C’est par exemple le cas de la destruction de munitions, un problème récurrent pour les armées, notamment lorsqu’il s’agit de vieilles munitions de la première guerre mondiale avec des composants chimiques.

A Hawaii, dans les « Schofield Barracks » du champ de tir de Fort Shafter, l’US Army a installé un dispositif innovant pour la destruction sécurisée de munitions, l’EDS pour Explosive Destruction System.

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Le système permet de détruire les munitions sensibles comme les munitions chimiques, dans un système qui utilise des sas de confinement redondants, testés par détection de fuite d’hélium. Le système a été conçu par les Sandia National Labs ; il permet non seulement de confiner l’explosion provoquée par des charges linéaires placées le long des munitions – et donc l’effet de souffle, mais également de récupérer les fragments et la vapeur générés.

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Les armes chimiques que l’on peut traiter par l’EDS incluent : gaz moutarde, phosgene, agents de type G, VX, Lewisite, cyanogene, chloride, cyanure d’hydrogène,et la chloropicrine. Les obus jusqu’à 155mm sont traités. Bien que compact, le système nécessite une infrastructure de sécurité complète, telle que présentée ci-dessous.

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L’armée américaine dispose de 5 EDS transportables, deux conçus en 2001 et trois dits « phase 2 » car de nouvelle génération.

Photos et illustrations (c) US Army