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Je me fais le relais d’une nouvelle du Cercle des Partenaires de l’IHEDN. Les 28 et 29 mai prochains, la Chaire Economie de défense (voir la présentation ici), en collaboration avec la Chaire Innovation (Gretha – Université de Bordeaux), organise une conférence sur le thème « Defense R&D and Innovation ».

Cette conférence se déroulera à l’Université de Bordeaux, dans les locaux de la faculté de droit, place Pey-Berland.

Plusieurs chercheurs interviendront pendant la conférence :
– Marianne Guille (Univ. Panthéon-Assas)
– Keith Hartley (University of York, GB)
– Martin Kenney (University of California Davis, USA)
– Nathalie Lazaric (GREDEG, CNRS-University of Nice, France)
– Martin Lundmark (FOI, Swedish Defence Research Agency)
– Valérie Mérindol (Paris School of Business)
– Knut Sogner (BI Norwegian Business School, Oslo, Norway)
– Jean Belin (Chaire Economie de défense)

Une table ronde réunissant chercheurs, décideurs publics et privés se déroulera le vendredi 29 dans la matinée.

Plus d’informations : http://economie-defense.fr/conference-defense-rd-and-innovation-28-29-mai-bordeaux

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Oui, je sais, je parle beaucoup des américains, mais budget oblige, il y a quand même beaucoup d’innovation technologique qui est générée outre-Atlantique. L’US SOCOM (Special Operations Command) a annoncé que les Forces Spéciales américaines ont déployé des séquenceurs d’ADN sur le terrain, en Afghanistan, afin d’en tester la pertinence opérationnelle.

Ces séquenceurs ont notamment permis d’identifier de l’ADN à partir de composants d’engins explosifs improvisés, afin de retrouver leurs concepteurs – visiblement, avec un certain succès.

Tout ceci est rendu possible par la rapidité des nouveaux appareils : pour identifier une trace ADN, il faut maintenant 90 minutes (contre des semaines, par des approches plus traditionnelles).  Deux machines ont été déployées : le RapidHIT 200 d’IntegenX, et la NetBio de Waltham, dans le cadre du programme « Sensitive Site Exploitation Special Reconnaissance, Surveillance & Exploitation ».

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Le principe consiste à collecter un échantillon (typiquement de salive), et à l’introduire dans le séquenceur qui utilise des technologies de biologie moléculaire classique (PCR par exemple – polymerase chain reaction, suivie d’une séparation par electrophorèse) mais à une vitesse fulgurante : environ 36 minutes pour l’extraction et l’amplification de l’ADN à partir des échantillons, 39 minutes pour la séparation et la détection des séquences, et 4 minutes pour l’analyse et la génération du rapport.

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Tout ceci est rendu possible en particulier par des réactifs pré-chargés dans la machine, et des opérations de manipulation automatisées et colocalisées… c’est un peu plus efficace que la procédure précédente qui consistait à envoyer une enveloppe à un laboratoire et à attendre les résultats (si, si). Et en plus les machines – de la taille de petits photocopieurs – sont capables d’examiner jusqu’à 8 échantillons simultanément (5 pour la NetBio).

Le système peut être opéré par une seule personne et nécessite uniquement 30 minutes de formation. Le produit parfait, donc, si ce n’était son prix : 250 000$ environ par machine, ce qui réserve leur usage à des opérations critiques et à fort enjeu (« juicy operations » selon le SOCOM). Autre inconvénient : le manque de données collectées sur place dans les bases de données américaines (qui concernent essentiellement des citoyens américains). Mais ces bases sont vouées à s’enrichir progressivement.

Le prochain défi : arriver à développer une version militarisée portable, opérée par batterie ; la mise au point d’un tel engin nécessitera un effort financier considérable, et nécessitera au moins 4 ans.

Photos (C) US SOCOM, IntegenX

Ce week-end, c’était le meeting aérien « le temps des hélices » à la Ferté-Alais. Un moment sacré et indispensable (pour moi en tout cas). Donc une petite image, pas d’hélice, prise par votre serviteur, pour rendre les honneurs aux succès du Rafale. Enjoy.


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Encore une innovation française montrant que notre industrie et nos PME technologiques n’ont plus à rougir dans le paysage international. Aujourd’hui, focus sur la société NEXESS, qui développe des solutions RFID industrielles, avec un tropisme vers le « Smart Manufacturing ». Rappelons que l’acronyme RFID désigne la radio-identification (radio frequency identification), une technologie permettant de mémoriser et récupérer des données à distance en utilisant des marqueurs appelés « radio-étiquettes », soit une antenne associée à processeur qui permet de recevoir et de répondre aux requêtes radio émises depuis l’émetteur-récepteur.

La société NEXESS, créée il y a une vingtaine d’années, développe des solutions à base de RFID :

  • Armoires RFID intelligentes pour la gestion, l’inventaire temps réel et la distribution automatique de matériels
  • Guichet RFID intelligent pour la gestion et la distribution semi-automatique de matériels
  • Portique RFID pour la détection automatique de mouvements d’objets connectés

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L’intérêt pour nos secteurs de prédilection (défense, aéronautique, spatial, sécurité) ? Améliorer la sécurité en luttant par exemple efficacement contre les FOD : « Foreign Object Damage ». Ce terme désigne le risque de présence d’un corps étranger pouvant entraver le bon fonctionnement des avions ou les mécanismes de contrôle. Comme l’annonce le site de Nexess, « le « National Aerospace FOD prevention » estime le coût des FOD, pour toute l’industrie Aéronautique et Aérospatiale, à 4 Milliards de dollars par an ».

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Les FOD ne sont pas un risque mineur : chaque année, ils représentent 30% des incidents constatés dans les ateliers aéronautiques. Nexess n’est pas seule dans ce domaine (on peut en particulier citer la société FACOM), mais la société propose, au-delà du tagging des outils, une solution complète avec par exemple l’Armoire RFID NexCap XS, une armoire intelligente (oui, jusqu’à présent c’était un oxymore), capable d’effectuer un inventaire automatique du stock d’outils qu’elle contient, ou l’armoire RFID NexCap® X-Draw capable de réaliser une traçabilité précise et efficace de tous les mouvements d’outils, chaque mouvement étant horodaté.

Au-delà, la technologie fonctionne pour toute sécurisation d’objets sensibles. Les armoires RFID sont connectées à une plateforme logicielle qui collecte, traite et archive les données contextuelles relevées sur le terrain. Une solution originale, qui équipe déjà plus de 50 sites industriels… et une innovation française!

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Il s’appelle CICADA comme les cigales de type  magicicada septendecim (j’ai été biologiste au début, mais juste au début), une espèce dont les larves restent enfouies pendant 17 ans dans le sol. Je vous rassure, ce n’est pas cela sa caractéristique première, mais plutôt sa robustesse et sa capacité d’évoluer en essaim de très nombreux individus.

« Il », c’est le nouveau nano-robot (un terme un peu abusif, je trouve) de l’US Army. Dans ce contexte, CICADA signifie Covert Autonomous Disposable Aircraft : un drone aérien jetable et surtout évoluant par essaim d’individus si nombreux que leur capture globale serait physiquement impossible. Des sales bestioles, donc.

L’idée n’est pas nouvelle. Rodney Brooks, un des pionniers de la robotique et de la vie artificielle avait, dans les années 90, déjà formulé le concept de robots en essaim. Mais aujourd’hui, le concept technologique s’accompagne d’un mode opératoire et d’un concept d’opérations.

Pourquoi doit il être robuste ? Justement à cause de ce mode opératoire, consistant à larguer un essaim de robots à partir d’un avion ou d’un drone, et de les laisser atteindre le sol, en espérant qu’ils survivent à un impact moyennement bien contrôlé (puisque dans la phase de descente, l’engin peut atteindre 75 km/h).

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Chaque CICADA est équipé de senseurs (phoniques, magnétiques ou sismiques par exemple), d’un gyroscope et d’un GPS pour sa navigation. Il coûte environ 1000$ à construire, trop cher donc pour l’instant, mais les concepteurs de l’engin visent un coût de fabrication de250$.

Quand on parle de robustesse : ni le sable, ni l’impact sur l’asphalte, ni le gravier ou les branches n’ont eu raison de ces bébêtes! Seul un buisson épineux a réussi à empêcher un CICADA de remplir sa mission.

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Le CICADA a été présenté aux LabDays (voir cet article). Outre son intérêt militaire, il pourrait fournir un moyen pour les météorologistes de prévoir les tornades et autres phénomènes dangereux, en permettant d’établir de très nombreux relevés de températures dans une zone donnée de l’atmosphère. En plus, la bestiole est duale…

Images (c) AFP, US DoD, Naval Research Laboratory

 

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Vous ne rêvez pas. Ce petit robot, imprimé en 3D, est capable d’ouvrir n’importe quel cadenas muni d’une roue à code. C’est le hacker Samy Kamkar (twitter : @samykamkar) qui a annoncé cette réalisation, somme toute assez impressionnante (et inquiétante).

Le principe : suite à la découverte d’une vulnérabilité dans ce type de cadenas, ce petit robot tout mignon est capable d’ouvrir ledit cadenas, une fois fixé dessus, en moins de 5 minutes. La vulnérabilité repose sur la légère résistance que l’on peut éprouver en tournant la roue codée du cadenas, qui permet de détecter la position des disques de combinaison. Ensuite, avec l’aide d’un algorithme spécifique, il devient possible de réduire le nombre de combinaisons effectives, et de trouver le code en moins de 80 essais. La vidéo du prototype a été rendue publique :

Le robot intègre un processeur Arduino qui héberge le programme de déchiffrement. On rappelle que ce type de carte est un circuit imprimé sous licence open source, intégrant un microcontrôleur, et que l’on peut acquérir pour moins de 20 euros sur Internet. Le prix du robot de Kamkar est donc bien en-dessous des 100$, donc accessible à tous !

Selon le hacker, il s’agit de « faire prendre conscience au public que les protection de type cadenas codés sont ridiculement simples à forcer ». Encore une preuve que le « garage hacking » (c’est-à-dire la possibilité de concevoir et de produire des matériels capables de défier les protections logicielles ou matérielles à partir de technologies open source, grand public et de solutions d’impression 3D) est aujourd’hui une réalité qui doit être prise au sérieux.

Images (c) S. Kamkar

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Lancé en décembre 2009 dans le cadre du Conseil OTAN-Russie afin d’élaborer un dispositif de détection à distance de kamikazes porteurs d’explosifs dans le transport de masse, le programme STANDEX s’est achevé en 2014, à la suite de la démonstration parisienne du système. Au cours des essais en conditions réelles qui ont eu lieu en juin dernier dans le métro, le projet a permis  d’identifier un suspect, et surtout de détecter les explosifs que ce suspect dissimulait sur lui – tout ceci en temps réel, et sans perturber ou ralentir le flux des passagers.

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Les technologies utilisées:  le balayage hyperfréquence permettant de détecter des anomalies dans la composition moléculaire des sujets, et un système de contrôle adaptatif, fusionnant les informations, et capable d’affiner le comportement des capteurs en cas de détection d’une anomalie. La vidéo ci-dessous présente le projet.

La France a financé une partie de STANDEX et a joué le rôle de pilote du programme. De plus, et dans le contexte actuel, cela mérite d’être souligné (!),  STANDEX est un programme collaboratif entre l’OTAN et la Fédération de Russie. Cette dernière a contribué très activement, en particulier via l’Institut du radium Khlopine, basé à Saint-Pétersbourg. Les autres participants pour la première phase de STANDEX étaient le CEA, le Frauenhofer Institute allemand, TNO aux Pays-bas, Applied Science and Technology Organisation (APSTEC) et ATC Semiconductor en Russie et l’ENEA en Italie.

L’OTAN, avec les Etats parties, travaille actuellement à la définition d’un programme destiné à prendre la suite de STANDEX. En parallèle de ses travaux, l’OTAN vient de lancer un appel à proposition,  dont le détail est disponible sur www.nato.int/science. Les réponses sont attendues pour le 1er juillet 2015.
Images (c) OTAN

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Travaux de jardinage oblige (oui, j’ai une vie normale aussi), désolé pour le retard ce week-end. Pour me faire pardonner, et à l’occasion de la sortie du nouveau Mad Max et du futur salon du Bourget, une magnifique vue d’une bête mécanique sauvage, le SU 35BM en préchauffage sur le tarmac. Le SU35 BM (« Bolshaya Modernizatsiya » – « Grande Modernisation », en russe) finalement dénommé SU35S est une variante du SU35 Flanker, nouvel avion de combat de génération 4++ développé par Sukhoï. C’est un chasseur super manoeuvrable, équipé de nouveaux moteurs à poussée vectorielle pour une poussée maximale de 130kN chacun, et capable de voler à Mach 2,05 à 19 000m. L’avion est en composite, et tous les systèmes embarqués ont été modernisés.

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Le 14 mai dernier, le département de la défense américain a organisé le premier « Lab Day », un évènement situé au Pentagone, ayant pour but de constituer une vitrine technologique de l’innovation de défense.

Cet évènement réunissait 60 centres de recherche et laboratoires médicaux sous le haut patronage de Frank Kendall, sous-secrétaire d’état à la défense pour l’acquisition. L’exposition a rassemblé une centaine de stands, incluant des innovations telles que le système BATMAN (si, si, c’est l’acronyme de « Battlefield Air Targeting Man-Aided (K)nowledge. », un viseur tête haute pour l’US Air Force fondé sur l’utilisation de Google Glasses), le laser à haute énergie de l’US Army ou encore différentes innovations dans le domaine de la robotique (système FERRET), des casques et de la protection individuelle.

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Il s’agit surtout d’une opération de communication très bien orchestrée, associant visiteurs professionnels, parlementaires et sénateurs, les media, mais également les écoles et universités.

C’est d’ailleurs là une différence majeure avec l’approche française : alors que les salons américains sont accessibles aux mineurs encadrés par une équipe pédagogique, il n’existe que peu d’initiatives pour familiariser les collégiens ou lycéens avec l’environnement militaire et en particulier avec sa base technologique. Et c’est dommage, lorsque l’on se rend compte de leur réel intérêt pour le domaine (que j’ai pu mesurer en tant qu’officier de réserve en accompagnant une classe lors de la visite d’un navire de la Marine Nationale), ou lorsque l’on observe les visites de salon par des classes, à l’étranger. Ci-dessous, une visite d’étudiants lors du salon I/ITSEC d’Orlando (simulation pour la défense et la sécurité) – ils n’ont pas l’air malheureux ni traumatisés.

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Pour encourager l’innovation technologique de défense, je pense qu’il est indispensable d’entretenir l’esprit de défense chez nos plus jeunes concitoyens. Leur curiosité naturelle fera le reste. Une opération conjointe ministère de la défense / ministère de l’éducation nationale autour de l’innovation de défense serait un beau complément aux mécanismes et dispositifs existants (voir ici), portant aujourd’hui davantage sur l’histoire, la politique et le patrimoine que sur le domaine technologique. L’association avec les référents pédagogiques, mais également l’implication d’instituts tels que l’IHEDN ou certaines grandes écoles (X, ENSTA) sont autant de vecteurs possibles d’une telle initiative. A bon entendeur…

Images (c) I/ITSEC, US DoD

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Vue au dernier SOFINS, voici Spynel-M, la nouvelle caméra de la société HGH Infrared Systems, pour la surveillance de sites critiques. HGH est une société bien connue dans le domaine des systèmes optroniques pour applications industrielles, civiles et de sécurité. Depuis 33 ans, c’est l’un des experts mondiaux en optronique et technologies infrarouges (et c’est une société française !).

Au SOFINS 2015, HGH présentait la dernière-née de la gamme Spynel, le Spynel-M, un système thermique de surveillance panoramique, particulièrement compact comme le montre la photo ci-dessus. Ce système, embarqué facilement sur un véhicule quelconque, ne pèse en effet que 1,8 kg pour un encombrement réduit à 12×20 cm. Il consiste en une caméra thermique panoramique haute résolution, agissant comme un radar infrarouge capable de prendre des images panoramiques sur 360 degrés, surveillant ainsi une zone d’un diamètre de 1,5 km.

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Il peut donc être installé sur un mât, en haut d’un bâtiment, ou transporté sur une zone d’opérations. En sus de sa capacité de capture des images, le système est capable de réaliser une poursuite automatique d’objets mobiles, tels que des drones, ou des personnels (même rampants). A cet égard, les images présentées au SOFINS étaient particulièrement éloquentes. La détection d’un personnel est efficace sur une portée de 700m.

Enfin, une dernière fonctionnalité est inhérente à la nature du capteur : à la différence d’un radar, le capteur est ici passif, et ne peut donc être brouillé, ni localisé.

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Au-delà des applications classiques, on peut donc imaginer qu’un tel système puisse fournir, pour des sites sensibles, une surveillance efficace contre les micro-drones qui sévissent en ce moment. La combinaison des capacités de la caméra et du logiciel d’analyse CYCLOPE permet en effet la capture et le suivi de mobiles très difficilement détectables, comme le montre l’image ci-dessus.

J’avais parlé, dans un précédent article, des systèmes de la société KESTREL – la société française HGH n’est donc pas en reste. Elle démontrera d’ailleurs le Spynel-M lors du Forum Entreprises Défense 2015 à Versailles-Satory, France, du 20 au 21 mai.

Images (C) HGH, E. Chiva