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« je le croirai quand je le verrai » : jamais cette affirmation n’a été aussi risquée qu’aujourd’hui, alors qu’Internet regorge d’images supposées refléter la réalité. La photo-portrait prétendue du cadavre de Ben Laden (que je me suis permis de flouter, parce que bon…), des photo-reportages dénonçant des violences policières à Chypre, ou des images de propagande gouvernementale … tous ces éléments, puisqu’ils sont visuels, nous semblent naturellement authentiques. Mais aujourd’hui, les logiciels de retouche photo sont sophistiqués, et nombre de ces éléments sont en fait fabriqués de toutes pièces. Fort heureusement, des solutions permettant de les démasquer existent – Aujourd’hui, focus sur eXo maKina, une société 100% française qui en a fait son cœur de métier.

Son fondateur et dirigeant, Roger Cozien, avec qui j’ai eu le plaisir de m’entretenir, est un expert en informatique et photographie. La société est surtout connue pour son logiciel Tungstene Factory, un logiciel impressionnant que l’on pourrait qualifier de plate-forme de photointerprétation, et permettant de savoir si une photo a été ou non manipulée ou éditée, et ce à des fins purement esthétiques, ou en vue de la truquer.

Considérons par exemple la photo suivante prise lors d’émeutes à Chypre, et utilisée ensuite à des fins de propagande anti-gouvernementales pour dénoncer des violences policières (Nota : toutes les images de cet article sont © eXo maKina). Cette image est-elle authentique ? Le policier de face porte-t’il réellement un coup de poing américain à la main droite ?

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Le logiciel dispose d’une palette d’outils, permettant à l’opérateur d’appliquer des filtres et de procéder à l’analyse d’une image selon plusieurs axes : détection des ruptures dans les statistiques profondes de l’image (excavation des pixels identiques, par exemple, ou déformation des contours), détection des incohérences dans les aspects physiques de l’image (diffusion de la lumière, chrominance, luminance…), modification du bruit électronique, analyse des données EXIFS, de l’histogramme, etc… Il s’agit donc d’une plate-forme complète, destinée à assister l’expert dans son analyse. Le système fonctionne soit de manière autonome, soit en utilisant une base de données de référence.

Appliquée à l’image ci-dessus, le résultat est édifiant : le logiciel détecte des anomalies et permet d’affirmer que l’image a subi une intrusion – de fortes manipulations et une post-production importante :

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Des zones altérées sont mises en évidence :

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Confirmées par des anomalies dans le bruit électronique de l’image sur certaines zones :tung9

En résumé, les outils utilisés mettent en évidence que l’image a été modifiée en vue de faire passer un message politique :

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Dans ce cas, la modification n’est pas purement esthétique : l’arrière-plan a été nettoyé afin de mettre en évidence les sujets au premier plan, mais au-delà, le mot « Police » sur le dossard a été profondément travaillé, ainsi que le coup de poing américain visible sur la main du policier. Même si l’on ne peut reconstituer l’image originelle, il est possible d’affirmer que la photo a subi trop de manipulations pour être authentique, il est impossible d’en tirer une quelconque information.

Dans d’autres cas, même si l’image semble suspecte, le logiciel permet de montrer que les modifications sont uniquement à visée photographique, afin d’améliorer la qualité visuelle de l’image. C’est le cas de cette photo de la manifestante Rachel Corrie, s’opposant à des bulldozers israéliens venus raser une maison à Gaza – elle sera d’ailleurs tuée par le bulldozer. Des réserves avaient été émises sur l’authenticité de la photo (problèmes supposés d’échelle entre la manifestante et le véhicule, ombres projetées…). Appliquée à cette photo, la technologie Tungstene permet d’en prouver l’authenticité : les modifications et éditions sont simplement le résultat d’un travail photographique classique.

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Au-delà de l’interprétation des photos journalistiques, la société a également conçu TUNGSTENE RITUEL, une solution permettant, uniquement par analyse d’images, de détecter des contrefaçons de documents (en particulier de documents d’identité). L’intérêt est de ne pas nécessiter la présence physique de la pièce à analyser: tout peut se faire à distance puisque seule l’analyse de l’image est employée. De plus, dans la plupart des cas, le papier est authentique, ainsi que les encres. C’est donc l’analyse poussée de l’image et elle seule qui permet d’en établir ou non l’authenticité.

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eXo maKina ne s’arrête pas là. Le 1er janvier 2016, la société va lancer HELIUM 3, une plate-forme pour fournir des technologies d’amplification multispectrale et de vision nocturne, pour l’analyse de vidéos. L’objectif est d’amplifier les vidéos sombres ou sous-exposées (débruitage, amplification intelligente, extraction de mouvement) de façon passive, en direct ou a posteriori, et en outre de calculer la vitesse relative des sujets observés par rapport au capteur. Les premières images divulguées sont impressionnantes : voici l’image issue de la vidéo initiale

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Et l’amplification réalisée par HELIUM 3 :

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Ici, l’image est analysée pour permettre le calcul automatique de la vitesse relative de déplacement du sujet :

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Et enfin, une photo originale – vous conviendrez qu’elle est nettement sous-exposée ( !!!)

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Et l’information récupérée par HELIUM 3.

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Ces résultats impressionnants reposent donc sur une palette de compétences, une suite d’outils et d’algorithmes (ainsi qu’une méthodologie permettant de les mettre en œuvre de manière cohérente), mais aussi des compétences très pointues en termes de R&D. D’ailleurs, dans le domaine, des défis persistent : certains types de falsification de documents sont plus résistants que d’autre à l’analyse, mais surtout, le défi principal demeure la quantité massive de données à analyser. Pour pouvoir utiliser de telles techniques sur un smartphone ou un portable, il faut encore résoudre des problèmes de transport parcimonieux des images, de compression, etc…) ; c’est aujourd’hui la feuille de route de R&D de la société, qui a déjà plusieurs brevets à son actif.

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Ah, et au fait, la photo de Ben Laden ? Tungstene a permis (ci-dessus) de démontrer qu’il s’agit d’un photomontage incontestable, avec des différences très claires, par exemple, entre la signature électronique du capteur qui a pris la photo originale de Ben Laden (à gauche) et celle qui a pris les photos d’une dépouille mortelle anonyme (à droite). Plus jamais vous ne croirez ce que vous verrez…

Crédits images © eXo maKina

Pour contacter Roger Cozien : communication@exomakina.fr

Et pour ceux que cela intéresse, voici un lien vers les publications d’eXo maKina 

Un joyeux Noël à tous !

Publié: 23 décembre 2015 dans Non classé

Depuis (virtuellement) le central opérations du USS Zumwalt. Merci à tous de votre soutien, ce blog est pour vous.

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Nos ennemis savent aujourd’hui user et abuser de la communication visuelle. En publiant sur Internet des photos et des vidéos, ils nourrissent les bases de données des agences de sécurité du monde entier. Les images du terrain (photographies, images provenant du contrôle de personnes, renseignement d’origine image, saisie de matériel informatique ou de smartphones lors de perquisitions ou d’opérations spéciales…) contribuent également à ce déluge de données au sein desquelles trouver l’information pertinente revient à chercher une aiguille dans un super tanker rempli de bottes de foin. Comment naviguer dans ces immenses bases de données visuelles ? Comment présenter à l’opérateur les séquences pertinentes ?

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Répondre à ces questions, c’est le but du programme VMR – pour Visual Media Reasoning – de la DARPA (US Defense Advanced Research Projects Agency). Ce programme a pour objectif d’utiliser des technologies d’Intelligence Artificielle afin de permettre à un opérateur humain en possession d’une image pertinente d’en tirer toutes les informations possibles. L’idée est ainsi de lui permettre de poser des questions naturelles comme : « qui est cet individu ? », ou encore « où se situe ce bâtiment ? ». La vidéo (très sibylline) ci-après présente le concept.

Il est aujourd’hui illusoire de penser répondre automatiquement à de telles questions – l’analyse visuelle par un opérateur humain reste incontournable. Mais le système VMR permet d’en augmenter significativement les performances, en procédant d’une part à une première analyse automatique par des algorithmes de vision artificielle, et de présenter les résultats de cette première analyse par le biais d’une interface « intelligente ».

Dans l’image ci-dessous, l’interface VMR développée conjointement avec le laboratoire US Army Research Laboratory, présente à l’analyste un paysage visuel constitué de toutes les images répondant potentiellement à une question posée, organisées par groupes ou clusters dont la taille et la position correspondent à des attributs spécifiques. Plutôt que d’utiliser une arborescence de menus, l’opérateurs peut donc zoomer dans l’interface, à la manière de Google Maps, pour décider d’examiner ou d’extraire une image d’un groupe, et de la stocker pour une analyse ultérieure, ou de l’insérer dans un autre groupe. L’interface réorganise alors automatiquement les images, en fonction des actions de l’opérateur.

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L’intelligence artificielle est cachée : elle est utilisée en amont pour sélectionner les images pertinentes, et pour générer les diagrammes et groupes permettant de les rassembler. L’interface, quant à elle, facilite les actions de l’analyste en lui présentant une organisation visuelle cohérente, lui permettant de se concentrer sur des caractéristiques particulières comme la localisation ou la date de prise de vue. L’innovation est aussi dans le design de l’interface « Flat-Design », indiquant que toute l’information est présentée sur une seule « couche », sans avoir à rechercher dans des menus. Il s’agit d’un concept emprunté au grand public, et que l’on peut voir par exemple dans l’application Photo d’Apple.

La DARPA reste discrète sur les algorithmes de vision artificielle utilisés en amont – elle communique en revanche plus facilement sur l’interface VMR, qui, selon elle, constitue une véritable innovation dans le domaine, et repose sur l’observation que le cerveau humain est apte à analyser des images en grande quantité, sans faire appel à des fonctions de raisonnement de haut niveau. Une interface pour le cortex temporal inférieur, en somme…

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A l’occasion du dernier Star Wars, une nouvelle de circonstance : le programme américano-israélien Arrow Weapon System vient de frapper, au propre comme au figuré, un grand coup, en interceptant avec succès un missile Silver Sparrow au-delà de l’atmosphère, au-dessus de la Méditerranée.

Le programme Arrow Weapon System ou AWS a pour objectif de procurer à Israël une protection anti-missiles balistiques courte et moyenne portée. Attention, l’acronyme n’est pas unique, on parle également du programme AWS pour Advanced Warning System, ou pour l’Aegis Weapon System.

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En l’occurrence, l’AWS, composante du National Missile Defense system d’Israël, comprend le système de missiles Arrow, le « Super Green Pine fire control radar » construit par la filiale d’IAI, Elta Systems, avec Lockheed Martin, le centre de gestion du théâtre opérationnel « Citron Tree » développé par Tadiran Electronics, and le centre de contrôle du lancement « Hazelnut Tree ». Le consortium du projet associe Boeing, Elbit Systems, et IAI (Israeli Aircraft Industries).

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L’intercepteur Arrow-3 est un missile doté de deux étages de propulsion, d’une portée de 1250 km, dont la finalité est de lancer un véhicule militaire d’interception appelé « exo-atmospheric kill vehicle » (EKV). Ce dernier est muni d’un propulseur et de capteurs optiques orientables, lui permettant de sélectionner la cible déjà désignée par le radar de contrôle au sol et de la percuter en vol. En l’occurrence, il a sélectionné une charge militaire cible éjectée par le missile Silver Sparrow, au milieu d’autres cibles leurres non pertinentes, chacune de la taille d’une bouteille d’eau.

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Au-delà des capacités d’interception, on parle donc bien de capacité de discrimination d’une cible dans l’espace. Le senseur infrarouge de l’Arrow 3 a été développé par Raytheon. Le programme américano-israélien, résultat d’un « memorandum of understanding » signé par les deux nations en 1986,  a pour objectif de procurer une protection à Israel, notamment vis-à-vis des missiles iraniens Shihab. Une véritable avancée dans ce programme, qui avait connu un échec au précédent test réalisé en 2014.

 

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Il a l’air tout droit sorti d’un film de science-fiction et d’ailleurs (ça ne s’invente pas) son capitaine s’appelle…James Kirk. Après un décalage de quelques années, le premier Destroyer de la classe, le DDG 1000 USS Zumwalt, vient d’entamer sa campagne d’essais à la mer.

La classe Zumwalt est une classe de navires furtifs de gros tonnage (14 000 tonnes) qui remplace, dans son usage, les navires Iowa mythiques de 1940. Conçu pour des missions de frappe contre la terre, l’USS  Zumwalt possède deux canons de 155mm, de type AGS (Advanced Gun Systems) d’une portée de 160km, et 80 cellules lance-missiles, ainsi que deux canons d’autoprotection Mk46 de 30mm.

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Mais surtout, l’USS Zumwalt, avec 78 MW, produit suffisamment de puissance électrique pour pouvoir opérer le « railgun » (voir cet article) électromagnétique, capable de lancer des projectiles à une vitesse de plus de 7200 km/h !

Toutefois, quelques critiques soulignent son retard technologique : le programme Zumwalt (nommé en l’honneur de l’Amiral Elmo Zumwalt Jr (commodément surnommé « Bud »), héros de la guerre du Vietnam et ancien directeur des opérations navales, a été lancé en 1990 avec un objectif initial de 32 bâtiments, aujourd’hui ramené…à trois ! Car, d’une part, le jouet est cher : 3,2 milliards de $ par navire ! Mais surtout… il ne tiendrait pas bien la mer, d’après certains observateurs critiques.

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Car la forme de coque inversée nécessaire à sa furtivité (appelée Tumblehome) semble ne pas faire bon ménage avec sa stabilité. La tenue à la mer forte semble problématique, à tel point que plus de 8 officiers de l’US Navy impliqués dans le programme ont douté de ses performances. Un vieux débat, qui resurgit aujourd’hui. D’après l’US Navy, le souci réside en fait moins dans la forme intrinsèque du navire que dans la certification du logiciel qui en garantit la stabilité. Mais des tests ont été réalisés, des simulations effectuées et la campagne d’essais aujourd’hui débutée devrait permettre de dissiper rapidement ces doutes.

Il reste que le Zumwalt est un navire révolutionnaire, avec un équipage très réduit à l’instar de nos frégates multi-missions (FREMM) puisqu’il ne compte que 125 marins. S’il parvient à dompter les flots…

 

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Il s’appelle XSTAT 30 Rapid Hemostasis System, et le département FDA (Food & Drugs Administration) américain vient d’autoriser son utilisation par le grand public. Il s’agit d’un petit engin ingénieux destiné à stopper une hémorragie causée par une blessure par arme à feu, lorsqu’un pansement compressif ou un tourniquet ne peuvent être appliqués.

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Il s’agit d’une pompe capable « d’injecter » des éponges médicales expansibles, chacune de la taille d’une pastille, au sein de la blessure. Chacune de ces pastilles est capable d’absorber environ 500cm3 de sang, et possède de plus un radiomarqueur permettant de la localiser visuellement par radiographie (histoire de ne pas en oublier dans la blessure…). La pastille possède une durée d’efficacité de 4h environ.

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Développé initialement  par la société REVMEDX pour l’armée américaine, le système est capable d’arrêter un saignement en moins de 15 secondes. Evidemment, il ne s’agit que d’un moyen d’urgence et de dernier recours (pomper des éponges dans des blessures n’est pas toujours très recommandé), mais lorsque l’on sait qu’entre 30% et 55% des décès par hémorragie se produisent avant que la victime ne parvienne à un hôpital ou centre avancé de soins, on comprend que la FDA ait autorisé son emploi pour le grand public.

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D’autres approches existent. J’ai déjà mentionné dans ce blog le « quickclot », des microparticules propulsées par gaz, mais pas le « veti-gel » ( !), une invention d’un étudiant qui avait remporté en 2011 le concours polytechnique organisé par l’Université de New York. En l’occurrence, il s’agit d’un gel médical à base de polymères pouvant se solidifier instantanément dans une blessure, afin de stopper le saignement. La DARPA américaine examine en ce moment son utilisation possible sur le champ de bataille. Joe Landolina, l’étudiant en question, a créé sa propre société, Suneris Inc., afin de commercialiser cette invention, aujourd’hui uniquement utilisée par les vétérinaires. L’application humaine, baptisée Traumagel, est en cours d’évaluation clinique, et la FDA n’a pour l’instant pas encore rendu son verdict.

Deux concepts différents pour un même objectif, hélas d’actualité, qu’il s’agisse du champ de bataille ou de l’équipement de primo-intervenants dans un contexte civil et grand public.

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Avez-vous vu le film « Gravity ». Si oui, vous savez ce que c’est que le syndrome Kessler : une collision en chaîne, une réaction exponentielle entre débris orbitaux, potentiellement catastrophique. Car comme le dit Alexandre Astier dans « l’Exoconférence » (que je ne saurais trop vous conseiller, même si cela dépasse largement le cadre de ce blog) : là haut, si vous rencontrez une poussière, « CarGlass, il ne répare rien du tout » (!).

Pour donner une idée, un débris spatial voyage en moyenne à dix fois la vitesse d’une balle de fusil. Et les 500 000 débris qui orbitent autour de la Terre constituent une menace considérable pour tous les systèmes en orbite (et notamment militaires). Pour en donner une idée, en 2009, un satellite russe en panne est rentré en collision avec un satellite Iridium américain, générant plus de … 2, 000 débris de taille « notable ».

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Le problème est donc (avant de parler de débarrasser l’espace de tels débris, ce qui fera l’objet d’un autre article) d’être capable de repérer, suivre et identifier ces débris. Les militaires viennent alors à la rescousse.

En premier lieu, l’US Air Force a demandé à la société Lockheed Martin de concevoir un système capable de suivre les débris en orbite. Ainsi a vu le jour le système Space Fence : un programme fondé sur des radars au sol, capables de tracker les débris en orbite.

Ce radar utilise un nouveau circuit intégré à base de semiconducteurs de nitrure de Gallium – une nouvelle technologie permettant notamment une plus grande sensibilité, et une meilleure fiabilité. Il s’agit d’un projet d’envergure : plus de 400 radars opérants dans la bande S vont scruter le ciel à compter de 2017.

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Mais ce réseau est d’ores et déjà complété par un site australien OSSTM, opérant un réseau de capteurs optiques. Cette nouvelle installation, baptisée Optical Space Services (OSS), complètera donc le projet Space Fence de Lockheed. Il s’agira de mettre en œuvre et de fusionner des systèmes à base de capteurs laser et optiques, et surtout de proposer des services en boucle courte aux opérateurs de satellites : en prévoyant la trajectoire des débris, il s’agit de reprogrammer les manœuvres satellitaires pour éviter les collisions les plus meurtrières.

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Il convient ensuite de se débarrasser des débris en orbite ; mais cela, ce sera l’objet d’un autre article dans ce blog.

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On connaissait déjà l’utilisation de l’analyse de sons en temps réel pour, par exemple, la détection de départ de coup. Mais ici, l’innovation concerne une application très duale et grand public ; la start-up Otosense, basée à Cambridge, est en effet connue pour avoir développé une application destinée à aider les personnes sourdes à reconnaître des alertes sonores : le téléphone, une sonnerie à la porte, un chien qui aboie, etc,…oto2

Ses applications sont téléchargeables sur smartphone, pour le grand public. Elle travaille également avec Orange, et dans le domaine de l’environnement industriel, et de l’automobile.

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Mais récemment, cette société s’est trouvée dans le radar de l’US Air Force, et a finalement remporté un projet CRADA (Cooperative Research and Development Agreement) au profit du Battlespace Acoustics Division de l’armée de l’air américaine. Cette division qui fait partie du laboratoire de recherche du 711th Human Performance Wing de l’US Air Force a pour objectif (je cite) « d’optimiser la performance du combattant, à travers une approche centrée sur l’humain », et en l’occurrence l’audition.

Dans ce projet collaboratif, il s’agit d’utiliser la technologie Otosense pour équiper un dispositif de micros monté sur le casque du combattant, en vue de détecter les sons associés à des actions de combat et en particulier de reconnaître les situations de risque. L’idée est de pouvoir générer des alarmes destinées à fournir des informations aux sauveteurs et infirmiers du champ de bataille. Une approche originale et qui repose sur la plate-forme IATIS mettant en œuvre les algorithmes de détection, d’inférence, d’identification et de localisation de son développés par Otosense. Il s’agit ainsi, pour chaque type de combattant et de situation, de développer une base de données sur mesure associant des types de sons et les risques associés.

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Ainsi, un fantassin ou un chasseur parachutiste seraient équipés du même système, mais avec des bases de données différentes permettant d’optimiser la détection de situations potentiellement dangereuses pour chacun. Malheureusement, et malgré mes recherches, il est difficile aujourd’hui de trouver davantage d’informations sur le programme, mais l’approche est innovante, et certainement disruptive.

Oh, et un dernier point en passant : derrière cette société prometteuse se cache… un français, Sébastien Christian, diplômé de l’université de Nice-Sophia Antipolis. Si vous voulez entendre sa conférence sur la sémantique, voici la vidéo de la conférence qu’il a donné à TEDx Cambridge.

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Une petite image historique, et patriotique pour changer, et pour rappeler que la France, en innovation de défense, ce n’est pas rien. Il y a cinquante ans aujourd’hui,  le 26 novembre 1965 à 15 heures 47 minutes 21 secondes, le satellite ASTERIX (initialement baptisé A1 pour Armée-1) était lancé par une fusée Diamant-A depuis le Centre Interarmées d’Essais d’Engins Spéciaux d’Hammaguir en Algérie. Avec ce lancement, la France entrait dans le club très fermé des puissances spatiales. Elle l’est toujours aujourd’hui.

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Utiliser la télévision pour parfaire son image, c’est bien…à condition de se rappeler que les caméras filment tout, y compris ce qui n’aurait pas dû l’être. A Sotchi, durant une réunion filmée par la télévision russe, un officiel aurait accidentellement montré à la caméra un document présentant un nouveau concept de torpille sous-marine nucléaire baptisé « Status-6 ». La vidéo ci-dessous montre le reportage dont l’image en tête de cet article est extraite :

Selon le document, le système Status-6  «Ocean Multipurpose System » est un système d’armes sous-marin autonome et robotisé, conçu pour déjouer les sonars de l’OTAN, avec un rayon d’action de 10 000 km, et capable d’évoluer à 1000m de profondeur à une vitesse de 185 km/h. Ces informations sont cohérentes avec des informations déjà divulguées par le journal Rossiiskaya Gazeta, qui spéculait sur le développement d’une arme radioactive porteuse d’une tête militaire de 100 mégatonnes à base de Cobalt 59.

Le but serait d’être capable soit d’anéantir une force ennemie, soit de causer des dommages catastrophiques à une région côtière, par irradiation massive. Le système aurait été développé par le bureau d’études Rubin, de Saint-Petersbourg, l’un des centres principaux de conception des sous-marins russes, et notamment responsable de la conception de la nouvelle classe de SNLE russes, la classe Borey – ci-dessous, le site de Rubin (http://ckb-rubin.ru/en/main/)

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Une telle torpille serait, le cas échéant, lancée à partir des sous-marins de classe Belgorod ou Khabarovsk. Toutefois, le chiffre de 100 mégatonnes est terrifiant, puisque la bombe nucléaire la plus puissante jamais conçue et expérimentée était la célèbre « Tsar Bomba » de plus de 50 mégatonnes (voir ci-dessous). Imaginer une arme de 100 mégatonnes sous-marine, c’est imaginer, au-delà de la chaleur et de l’irradiation, un tsunami massif de 500m de haut, qui pourrait d’ailleurs également toucher les côtes de l’expéditeur.

Donc info ou intox ? Cela fait longtemps que le président Vladimir Poutine annonce que, sans vouloir rentrer dans une nouvelle course aux armements (!), il « se doit » de développer une arme en réponse au bouclier anti-missile de l’OTAN, notamment dans sa composante Aegis Ballistic Missile Defence (BMD). On peut ainsi imaginer que le concept ait été volontairement « fuité » aux média, pour soutenir le discours officiel, que l’information soit vraie ou non. Espérons en tout cas qu’une telle arme ne voie jamais le jour, car ses effets dépasseraient le pire cauchemar nucléaire que l’on puisse faire… Une image quelque peu dissuasive, et donc peut-être pas si fortuite que cela.