Archives de la catégorie ‘Aéronautique’

 

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Encore une nouvelle d’outre-atlantique : l’US Army a développé le système EMC2 dont l’acronyme signifie « Enroute Mission Command 2». Ce système original peut être envisagé comme un « satellite aérien », chargé à bord d’un avion de transport C17, permettant aux parachutistes de communiquer en phonie pendant la phase de chute.

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En sus de la voix, les parachutistes pourront échanger des vidéos, et des données. En fait, il s’agit d’une extension du Warfighter Information Network-Tactical, ou WIN-T, système de communication terrestre haut débit, déjà en service, et déployable en opérations en 96 heures.

L’objectif est de pouvoir effectuer de la planification dynamique pendant l’opération, à la fois dans la phase de transport jusqu’au point de largage, et pendant la chute elle-même. Le système dépasse d’ailleurs de loin les capacités allouées aux pilotes du C17. Il devient possible de communiquer en Secure VoIP, ou de suivre des flux video provenant de drones largués au préalable au point de chute.

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Enfin, il devient possible pour les parachutistes de communiquer avec un autre avion C17 muni d’un nœud EMC2, et par exemple de faire un RETEX instantané vis-à-vis de parachutistes en route vers la zone de largage.

Ce «hotspot tactique volant » a été démontré le 14 mai dernier à Pope Army Air Field, Fort Bragg, par le XVIII Airborne Corps. Il devrait être mis en service en 2017.

Images (c) US Army, US Air Force

 

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Présenté au Salon du Bourget (SIAE) 2015, le StratoBus est un concept initié par Thales Alenia Space : il s’agit d’une plate-forme spatiale géostationnaire, autonome à partir d’une position fixe, et capable de réaliser des missions d’observation de longue durée (« longue endurance »). Quand on parle de longue durée, on se réfère ici à des missions de durée indéterminée (en l’espèce, des missions de 5 ans) dans la zone intra-tropiques, et de 6 à 8 mois dans les autres zones.

Physiquement, le StratoBus est un dirigeable de 100 mètres de long pour un diamètre de 33 mètres, en fibres de carbone, capable de porter une charge utile de 200kg, à 20 km d’altitude. Il disposera de 4kW de puissance embarquée.

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Les missions ? Observation et surveillance de zone (imagerie, radar…), relais de télécommunications ciblé avec une couverture de 400 à 500 km de diamètre – dans le cadre d’opérations ou de catastrophes naturelles, cartographie… Le StratoBus devrait pouvoir être déployé en moins de 48h. Un objectif ambitieux de ce consortium qui, outre TAS, comprend  Zodiac Marine, le laboratoire LITEN (Laboratoire d’Innovation pour les Technologies des Energies Nouvelles et les nanomatériaux) du CEA, Air Liquide, ainsi que plusieurs PME, avec le soutien du pôle de compétitivité Pégase.

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L’innovation réside également dans le moyen de capturer de l’énergie solaire et un dispositif d’électrolyse permettant de convertir de l’eau en gaz, un système de génération de l’énergie reposant sur le couplage entre des panneaux solaires et un système d’amplification de puissance, et une pile à combustible légère et réversible. Le revêtement, outre les fibres de carbone, comprendrait du polyéthylène afin de pouvoir intégrer des cellules photovoltaïques organiques. Un concentré de technologie, donc. La vidéo ci-dessous parle d’elle-même.

Mais un concentré potentiellement vulnérable aux tirs. Car un missile type air-air (même ancien) comme le AIM-54 Phoenix, utilisé par l’US Navy ou l’Iranian Air Force, possède une altitude de vol de 24km et un plafond opérationnel de 30km.

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Un missile sol-air comme le S-75 Dvina / V-750 peut atteindre une cible à 25km d’altitude. Généralement, à de telles altitudes, on considère que l’interception est difficile car la cible est en mouvement rapide. Mais avec le StratoBus, on a une cible parfaitement immobile, et qui, même sans moteur, emmagasine de la chaleur. Un avion comme le SU-25 peut voler et manœuvrer à 14km d’altitude, reste ensuite au missile (par exemple un R60) à monter jusqu’à 20km, ce qui reste possible, surtout si la cible ne bouge pas.

Donc un concept intéressant, mais potentiellement vulnérable à une attaque sol-air ou air-air. Je laisse le soin aux lecteurs de commenter/compléter cette première et rapide analyse : si l’on fait un sondage rapide parmi ceux d’entre vous qui connaissent bien les missiles sol-air / air-air : quelle est la vulnérabilité d’une telle plateforme ?

Images (c) Thales, US Navy

Image du week-end: F35 Roll

Publié: 13 juin 2015 dans Aéronautique
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L’image du week-end en prévision du salon du Bourget 2015 qui débute lundi: une image composite du F35A effectuant un tonneau à 360° avec son armement ((4 x GBU-12s et 2 AIM-9Xs). Enjoy!

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L’OTAN se dote de l’AGS (NATO Alliance Ground Surveillance), une plate-forme de surveillance de zone d’intérêt fondée sur l’utilisation de drones HALE (haute altitude longue endurance). Ce programme est géré par la NAGSMA (NATO Alliance Ground Surveillance Management Agency – désolé pour le déluge d’acronymes), une agence créée en 2009 par un accord entre 15 états, et donc le but est d’opérer l’AGS.

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Cette plate-forme est fondée sur l’utilisation de drones Global Hawks version Block 40 équipés de radars de surveillance du sol de dernière génération (MP-RTIP), et de technologies de liaisons de données large bande. Chaque drone est capable de voler jusqu’à 30h en continu. L’image ci-dessous présente une vue capturée à partir d’un Global Hawk en 2010, montrant des victimes du tremblement de terre en Haiti se rassemblant sur un terrain de football.

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Le segment sol de l’AGS fournit quant à lui le moyen d’interconnecter le segment aérien avec les systèmes d’information et de commandement (C4ISR). Le pilotage des drones, quant à lui, est réalisé à partir de l’Italie, sur la base aérienne de Sigonella où se trouve aussi la base opérationnelle principale.

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En ce qui concerne le volet industriel du système, il repose sur l’alliance entre Northrop Grumman, Airbus Defense & Space, Konsberg et Finmeccanica (Selex). La video ci-dessous, rendue publique le 29 mai dernier, présente la construction de la plate-forme AGS.

Outre les missions de protection de forces déployées, de surveillance de frontière ou de gestion de crise, l’AGS sera utilisé pour le contrôle des flux de transports d’armes et le désarmement, la protection d’infrastructures, et la lutte contre le terrorisme.

Images (c) OTAN, Northrop Grumman

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C’est décidément la saison des conférences dans notre domaine. La FRS et le CSFRS organisent le mardi 2 juin 2015 de 10h00 à 12h30 une conférence correspondant à la restitution du projet EMIRS (Enjeux de la modernisation de l’industrie de défense russe, le cas du secteur spatial : technologie, géopolitique et prospective).

Cet événement qui se tiendra à l’Ecole militaire (amphithéâtre Lacoste) est ouvert au public sur inscription (une pièce d’identité sera exigée). Le programme prévisionnel s’établit comme suit :

  • Première table ronde portant sur l’industrie spatiale dans son environnement politique et économique
  • Deuxième table ronde: Retours d’expérience sur la coopération avec la Russie dans le domaine spatial

Parmi les intervenants : Isabelle Facon (FRS), Isabelle Sourbès-Verger (CNRS), Jean-Louis Truel (Cercle Kondratieff), Jean-Jacques Bruniera (Thales Alenia Space).

L’inscription se fait ici.

Ce week-end, c’était le meeting aérien « le temps des hélices » à la Ferté-Alais. Un moment sacré et indispensable (pour moi en tout cas). Donc une petite image, pas d’hélice, prise par votre serviteur, pour rendre les honneurs aux succès du Rafale. Enjoy.


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Encore une innovation française montrant que notre industrie et nos PME technologiques n’ont plus à rougir dans le paysage international. Aujourd’hui, focus sur la société NEXESS, qui développe des solutions RFID industrielles, avec un tropisme vers le « Smart Manufacturing ». Rappelons que l’acronyme RFID désigne la radio-identification (radio frequency identification), une technologie permettant de mémoriser et récupérer des données à distance en utilisant des marqueurs appelés « radio-étiquettes », soit une antenne associée à processeur qui permet de recevoir et de répondre aux requêtes radio émises depuis l’émetteur-récepteur.

La société NEXESS, créée il y a une vingtaine d’années, développe des solutions à base de RFID :

  • Armoires RFID intelligentes pour la gestion, l’inventaire temps réel et la distribution automatique de matériels
  • Guichet RFID intelligent pour la gestion et la distribution semi-automatique de matériels
  • Portique RFID pour la détection automatique de mouvements d’objets connectés

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L’intérêt pour nos secteurs de prédilection (défense, aéronautique, spatial, sécurité) ? Améliorer la sécurité en luttant par exemple efficacement contre les FOD : « Foreign Object Damage ». Ce terme désigne le risque de présence d’un corps étranger pouvant entraver le bon fonctionnement des avions ou les mécanismes de contrôle. Comme l’annonce le site de Nexess, « le « National Aerospace FOD prevention » estime le coût des FOD, pour toute l’industrie Aéronautique et Aérospatiale, à 4 Milliards de dollars par an ».

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Les FOD ne sont pas un risque mineur : chaque année, ils représentent 30% des incidents constatés dans les ateliers aéronautiques. Nexess n’est pas seule dans ce domaine (on peut en particulier citer la société FACOM), mais la société propose, au-delà du tagging des outils, une solution complète avec par exemple l’Armoire RFID NexCap XS, une armoire intelligente (oui, jusqu’à présent c’était un oxymore), capable d’effectuer un inventaire automatique du stock d’outils qu’elle contient, ou l’armoire RFID NexCap® X-Draw capable de réaliser une traçabilité précise et efficace de tous les mouvements d’outils, chaque mouvement étant horodaté.

Au-delà, la technologie fonctionne pour toute sécurisation d’objets sensibles. Les armoires RFID sont connectées à une plateforme logicielle qui collecte, traite et archive les données contextuelles relevées sur le terrain. Une solution originale, qui équipe déjà plus de 50 sites industriels… et une innovation française!

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Il s’appelle CICADA comme les cigales de type  magicicada septendecim (j’ai été biologiste au début, mais juste au début), une espèce dont les larves restent enfouies pendant 17 ans dans le sol. Je vous rassure, ce n’est pas cela sa caractéristique première, mais plutôt sa robustesse et sa capacité d’évoluer en essaim de très nombreux individus.

« Il », c’est le nouveau nano-robot (un terme un peu abusif, je trouve) de l’US Army. Dans ce contexte, CICADA signifie Covert Autonomous Disposable Aircraft : un drone aérien jetable et surtout évoluant par essaim d’individus si nombreux que leur capture globale serait physiquement impossible. Des sales bestioles, donc.

L’idée n’est pas nouvelle. Rodney Brooks, un des pionniers de la robotique et de la vie artificielle avait, dans les années 90, déjà formulé le concept de robots en essaim. Mais aujourd’hui, le concept technologique s’accompagne d’un mode opératoire et d’un concept d’opérations.

Pourquoi doit il être robuste ? Justement à cause de ce mode opératoire, consistant à larguer un essaim de robots à partir d’un avion ou d’un drone, et de les laisser atteindre le sol, en espérant qu’ils survivent à un impact moyennement bien contrôlé (puisque dans la phase de descente, l’engin peut atteindre 75 km/h).

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Chaque CICADA est équipé de senseurs (phoniques, magnétiques ou sismiques par exemple), d’un gyroscope et d’un GPS pour sa navigation. Il coûte environ 1000$ à construire, trop cher donc pour l’instant, mais les concepteurs de l’engin visent un coût de fabrication de250$.

Quand on parle de robustesse : ni le sable, ni l’impact sur l’asphalte, ni le gravier ou les branches n’ont eu raison de ces bébêtes! Seul un buisson épineux a réussi à empêcher un CICADA de remplir sa mission.

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Le CICADA a été présenté aux LabDays (voir cet article). Outre son intérêt militaire, il pourrait fournir un moyen pour les météorologistes de prévoir les tornades et autres phénomènes dangereux, en permettant d’établir de très nombreux relevés de températures dans une zone donnée de l’atmosphère. En plus, la bestiole est duale…

Images (c) AFP, US DoD, Naval Research Laboratory

 

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Travaux de jardinage oblige (oui, j’ai une vie normale aussi), désolé pour le retard ce week-end. Pour me faire pardonner, et à l’occasion de la sortie du nouveau Mad Max et du futur salon du Bourget, une magnifique vue d’une bête mécanique sauvage, le SU 35BM en préchauffage sur le tarmac. Le SU35 BM (« Bolshaya Modernizatsiya » – « Grande Modernisation », en russe) finalement dénommé SU35S est une variante du SU35 Flanker, nouvel avion de combat de génération 4++ développé par Sukhoï. C’est un chasseur super manoeuvrable, équipé de nouveaux moteurs à poussée vectorielle pour une poussée maximale de 130kN chacun, et capable de voler à Mach 2,05 à 19 000m. L’avion est en composite, et tous les systèmes embarqués ont été modernisés.

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Oui, je sais, le jeu de mots est facile mais le projet ne l’est pas. Voici le GLMAV (pour Gun Launch Micro Air Vehicle), un concept innovant de drone miniature lancé…à partir d’un canon.

Ce concept est issu d’un financement ANR dans le cadre de l’appel à projets Concepts, Systèmes et Outils pour la Sécurité Globale (CSOSG). Le projet de recherche collaboratif a associé l’Institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis (ISL), le CRAN (Université de Lorraine), l’unité mixte de recherche HEUDIASYC (Université de Technologie de Compiègne) du CNRS et la société SBG Systems SAS.

Le concept est original puisqu’il consiste à lancer, à partir d’un tube portable (10 kg) dédié, un projectile subsonique qui se transforme en drone miniature (MAV) à rotors coaxiaux contrarotatifs une fois arrivé au-dessus de la zone d’opérations. Le schéma ci-dessous illustre le principe du GLMAV :

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Ce concept procure de multiples avantages, en particulier en ce qui concerne le délai de mise en œuvre (le drone peut être très rapidement sur zone) et l’énergie nécessaire afin d’amener l’engin sur le site à observer, par rapport à un drone conventionnel, le poids de l’engin (1kg) ou encore la discrétion acoustique (le vol initial est silencieux) et visuelle (l’objet arrive comme un projectile, et est donc difficile à détecter visuellement).

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De plus, le drone possède une caméra capable de filmer dans deux directions différentes grâce à un prisme séparateur, et d’envoyer les images en temps réel (une suggestion du GIGN).

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En revanche, les difficultés technologiques qui ont été rencontrées dans le projet étaient réelles et multiples :

  • L’autonomie et le rayon d’action devaient être réalistes : le projet visait un rayon d’action de 500 mètres et une autonomie d’au moins 20 minutes. l’engin devient opérationnel à 100 m au-dessus de la zone à observer située à 100 m ou 500 m du lieu de lancement.
  • Le drone devait être pourvu d’une certaine autonomie décisionnelle car le système doit pouvoir être opéré par un non-spécialiste
  • Le principe de pales à charnières a posé des problèmes techniques
  • Les rotors contrarotatifs devaient permettre de stabiliser l’appareil après la phase transitoire : une poussée d’environ 18 N est en effet nécessaire pour ralentir le GLMAV jusqu’à obtenir une vitesse de translation nulle
  • Les interactions inter-rotors sont complexes, comme l’évoque le projet « L’appareil GLMAV comporte deux rotors coaxiaux contrarotatifs. Le rotor supérieur assure la sustentation de l’appareil tandis que le rotor inférieur assure l’anti-giration et sa manœuvrabilité longitudinale et latérale. La superposition des rotors conduit à des interactions de différentes natures entre les rotors qui dépendent du type de vol et qu’il y aura lieu d’étudier »

L’ISL a assuré la coordination des travaux du consortium pendant le projet, qui a également associé la DGA, le GIGN et MBDA. Les essais ont eu lieu en 2013 dans la région de Mulhouse, et se sont avérés concluants. Si le projet ANR est achevé, le développement du prototype doit encore être finalisé, il le sera par l’ISL sur fonds propres. Une vidéo des essais est visible sur cette page.

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Un concept innovant, donc, d’ailleurs présenté au forum innovation 2014 de la DGA, et qui a également comme intérêt de mettre concrètement en relief des compétences critiques en balistique, détonique, architectures des munitions,… qui rentrent dans la catégorie des compétences rares, et donc menacées. Un groupe de travail, dirigé par Christian de Villemagne (directeur de l’ISL), vient d’ailleurs d’être mis en place sur ce sujet au sein de la commission R&T du GICAT – nous en parlerons dans un prochain article.

Images (C) ISL, ANR, HEUDIASYC, CRAN, SBG Systems, Ministère de la Défense