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J’avais déjà écrit un article sur JFX3, le programme sur la réalité augmentée conduit par nos amis britanniques. Aujourd’hui, focus sur un programme Français ayant pour but de fournir une visualisation immersive et interactive de l’espace de bataille numérisé, et qui a fait l’objet de démonstrations remarquées lors d’Eurosatory et d’Euronaval : Battlespace Vista, développées par THALES (TCS, TRT et TRS).

Cela fait longtemps que THALES réfléchit sur la meilleure manière d’appréhender l’espace de bataille moderne, qui regroupe les champs physiques de mer, terre, air et espace, avec le champ immatériel de l’information. En effet, la  numérisation de cet espace repose sur l’intégration des réseaux de communications tactiques (liaisons de données, messageries sur réseaux H/V/UHF) et des systèmes d’information opérationnels communicants. Si cette numérisation produit de puissants multiplicateurs de forces, elle appelle également de nouveaux modes de visualisation simplifiée d’une situation complexe intégrant terrain, forces, matériels, connectivité radio et empreinte capteurs, pour tirer le meilleur parti des opérations infovalorisées.

Ce n’est pas un problème trivial (mais la phrase précédente le laissait présager J). Il s’agit de passer d’une tenue de situation à une véritable compréhension de la situation, et ce sans surcharger la vision du chef, ni complexifier inutilement sa perception des opérations en cours. Autrement dit, ne pas faire « de la technologie pour la technologie ».

A cet égard, la démonstration capacitaire Battlespace Vista s’est révélée particulièrement illustrative, lors d’Eurosatory et d’Euronaval, en 2014. A l’occasion d’Eurosatory, THALES a présenté une démonstration fondée sur le scenario d’une mission d’appui rapproché numérisé au profit d’un SGTIA en Afghanistan. Il s’agissait d’une démonstration immersive, mêlant représentation innovante de l’espace de bataille, et manipulation en réalité immersive. Le résultat était impressionnant – même si l’on peut, à mon sens, améliorer la technologie d’immersivité utilisée. Mais cela n’était qu’une démonstration.

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Ce qui m’a personnellement frappé, c’est la facilité pour un utilisateur de se placer au point de vue du chef en utilisant cette interface (lunettes 3D actives, joystick permettant de se positionner dans « l’espace informationnel »).

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Au-delà, cette démonstration, positionnée en conduite des opérations au niveau d’un « Tactical Operations Center » et ses appuis interarmées interalliés, a permis d’illustrer trois constats.

  1. En premier lieu, l’intégration air-sol aux niveaux interarmées, interarmes et interalliés est aujourd’hui une réalité de l’appui-feu numérisé : gestion partagée de la 3D entre artillerie (chaînes ATLAS, MARTHA..) et hélicoptères, avions ou drones, avec par exemple la définition de zones de tir réservées, partage de situation tactique air-sol et le suivi de forces amies entre moyens air,terre et forces spéciales, ou encore la faculté d’attribuer des cibles sans crainte de tir fratricide en minimisant les risques de dégâts collatéraux.
  2. La capacité spatiale se déploie au niveau opératif et devient essentielle à la conduite des opérations sur l’espace de bataille numérisé: elle permet la navigation, le positionnement, et la datation (navigation et frappes de précision),grâce au système Galileo et ses récepteurs embarqués, la tenue de situation spatiale consolidée (avec information des forces), l’observation (spatiocartes et systèmes d’information embarqués, analyse de site et évaluation des frappes), grâce à des stations de géographie ou d’imagerie déployées, et évidemment, l’intégration des télécommunications (mobilité, connectivité, qualité de service), grâce notamment aux systèmes Syracuse 3 (bande X) et Athena-Fidus (bande Ka), avec leurs terminaux fixes ou mobiles (VENUS).
  3. La numérisation des véhicules de combat et leur intégration en réseau autour de systèmes de missions est une nouvelle capacité des GTIA numérisés : elle permet d’insérer l’action du GTIA dans ses appuis interarmes et interarmées, synchroniser la manœuvre et les effets, procéder à une allocation des rôles et des cibles avant et pendant l’engagement, capacité d’autoprotection : alerte immédiate et déclenchement automatisée de contre-mesures.

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Une belle démonstration donc, et une expertise française incontestée dans ce domaine, qui devrait porter les couleurs de notre pays lors de l’exercice Bold Quest cette année (Bold Quest est un exercice interallié et interarmées d’expérimentation dans les missions d’identification, de coordination des feux, d’appui aérien et de cyber défense).

Regardez cette magnifique vidéo d’un B2-Spirit en cours de ravitaillement en vol par un KC135 au-dessus du Montana. En soi, la séquence est impressionnante, mais c’est surtout la fin qu’il ne faut pas rater, avec (à 0:57) la disparition par rotation de la trappe de ravitaillement, et le rétablissement de la furtivité de l’avion. Cela illustre la précision, mais aussi l’inventivité nécessaire afin de développer un avion réellement furtif. Cela montre aussi que le domaine de la furtivité, par définition, est l’un des moins duaux que l’on puisse trouver, et qu’il nécessite des solutions originales, voire exotiques.

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Encore la DARPA (Defense Advanced Research Project Agency) qui fait parler d’elle avec le programme ALIAS : Aircrew Labor In-Cockpit Automation System.

Ce programme a pour ambition de développer un kit permettant d’introduire dans le cockpit de tout avion un système modulaire et démontable, permettant d’implémenter des automatismes afin de réduire la charge de l’équipage. L’intention est ainsi de concevoir et de développer un assistant automatique au pilotage, permettant d’opérer divers avions de manière automatique et autonome.

Un avion équipé du système ALIAS pourrait ainsi décoller, poursuivre une mission, s’adapter aux différentes défaillances, atterrir et ce de manière automatique. Il s’agit bien évidemment là de l’effet final recherché. Pour y parvenir, un éventail technologique doit être déployé, validé et démontré dans le cadre du programme (voir l’appel à participation ici) Il porte principalement sur les trois domaines technologiques suivants :

  1. Interfaces non ou peu invasives pour adapter ALIAS aux aéronefs existants
  2. Acquisition de connaissances sur les opérations aériennes afin de pouvoir adapter le système ALIAS à différents vecteurs aériens en peu de temps, utilisant les modèles mécaniques, les procédures existantes, etc…
  3. Interfaces homme-machine : l’idée est que l’opérateur humain agisse via des commandes de haut niveau, et non en contrôle direct.

Tout cela est fort ambitieux mais surtout… fort vague. L’idée de pouvoir rétrofitter des avions existants afin de les utiliser dans un contexte d’opérations mêlant drones et avions pilotés est ambitieuse, mais quid des moyens ? Quelles pistes technologiques sont précisément envisagées ? Après avoir parcouru les documents de présentation du concept, le lecteur n’est pas plus éclairé. En ce qui concerne les interfaces, voici un exemple de phrase supposée expliciter l’orientation technologique d’ALIAS :  » Easy-to-use touch and voice interfaces could enable supervisor-ALIAS interaction. ALIAS would also serve as a platform for enabling additional automation or autonomy capabilities tailored for specific missions. »

Si l’on peut admirer le fait que la DARPA finance de tels travaux, et ce de manière confortable, on peut toutefois rester un peu dubitatifs sur l’efficience du projet, et la maturité du concept à ce stade.

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Connaissez-vous la société BATTELLE ? Personnellement, avant d’aller les rencontrer il y a quelques années à Washington, leur nom ne me disait rien. Il s’avère que Battelle, c’est « juste » la première organisation non-lucrative au monde dans le domaine de la R&D. Avec 22 000 et plus de 60 localisations, cette organisation américaine exerce ses activités dans de très nombreux domaines : santé, énergie, environnement, économie, mais aussi défense et sécurité nationale.

Pour l’avoir visitée, l’organisation cherche réellement à innover, tant dans les domaines et la méthodologie que par son approche organisationnelle. Il n’est donc pas étonnant de les trouver à l’origine d’approches non conformistes dans le domaine de la défense.

Aujourd’hui, Battelle annonce avoir développé HeatCoat, un revêtement à base de nanotubes de carbones, qui peut être pulvérisé à la surface d’un véhicule. Une fois appliqué, ce revêtement (semblable à de la peinture) est capable de générer de la chaleur lorsqu’on lui applique un courant électrique.

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Un système de contrôle/commande permet de n’appliquer que les tensions nécessaires à un instant donné pour maintenir des conditions de vol opérationnelles. Le revêtement a été testé en soufflerie et s’est révélé efficace par -30°C, et des vitesses d’air de l’ordre de 330km/h (ce qui explique pour l’instant la limitation d’emploi aux drones, plus lents et volant plus bas que des avions conventionnels).

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Battelle compte utiliser HeatCoat pour maintenir les drones à une température donnée, notamment dans le cadre d’opérations en environnement hivernal ou arctique.

Cette annonce intervient alors que la DARPA confirme son intérêt pour les technologies lui permettant d’opérer dans un environnement arctique (un territoire aujourd’hui source d’intenses convoitises). Vous trouverez la consultation de la DARPA ici et la brochure de heatcoat ici.

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M l’Ingénieur Général, cher Dominique, peux tu nous présenter, en quelques mots, la DIRISI ?

Créée le 31 décembre 2003 par décret, la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information de la défense (DIRISI), rattachée à l’Etat-Major des Armées, assure les fonctions d’opérateur de télécommunications, d’infogérant des systèmes d’information de la Défense, de gérant des fréquences, de garant de la sécurité des systèmes d’information, de mise en œuvre et de soutien des SIC opérationnels, et de centrale d’achat pour les services de télécommunications, les matériels et les logiciels informatiques, les prestations dans le domaine des systèmes d’information.

Elle est donc résolument au cœur des opérations et de la vie de la Défense : en métropole, outre-mer et à l’étranger, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, la DIRISI exploite, soutient et assure la sécurité des Sic nécessaires à l’engagement des forces armées, à la dissuasion, à la posture permanente de sûreté et à l’action de l’État.

Interventions extérieures, contrôle de l’espace aérien et maritime, mais aussi SI métiers RH ou financiers… : tous sont supportés par le système d’information du ministère de la défense, et c’est la DIRISI qui le conçoit, le développe, le met en œuvre et le protège.

Quelle est ta mission au sein de cet organisme aujourd’hui ?

En tant que directeur adjoint plans, je suis délégataire en premier lieu du pouvoir adjudicateur, en d’autres termes je dirige la fonction achats. A ce titre, je suis responsable de la stratégie globale concernant les marchés et contrats de la DIRISI, et en particulier, je suis responsable de la stratégie industrielle. Par ailleurs j’ assure la cohérence technique des projets, et je pilote la coordination avec la DGA (pour ce qui concerne notamment les opérations d’armement) et le contexte interministériel.

Tu es connu comme un expert de différents domaines de pointe, allant de la simulation aux nanotechnologies. Quels sont les défis technologiques et les ruptures attendues dans le domaine que tu diriges aujourd’hui ?

Dans le domaine professionnel où j’interviens aujourd’hui, les principaux défis technologiques concernent la mise en œuvre de Clouds privés et hybrides, ainsi que les services à créer autour du Big Data Analytics (le « broyage de données » pour adopter une expression moins anglo-saxonne).

Mais au-delà de ces défis technologiques, les défis sont la maîtrise de la complexité des systèmes d’information et la réduction des coûts globaux, ce qui passe par des défis techniques mais aussi et surtout organisationnels, ainsi que de nouvelles relations de partenariat avec les maîtres d’œuvre industriels.

Comment la France se place-t-elle, à ton sens, dans cette course à l’innovation ?

La France a une très bonne place dans l’innovation scientifique, mais souffre quelquefois du manque d’organisation publique pour faciliter le transfert de la recherche fondamentale ou appliquée à la pré-industrialisation de solutions voire à l’industrialisation. Il existe ponctuellement des sources de financement publiques pour permettre chacune de ces étapes, mais j’ai l’impression qu’il manque une véritable politique publique permettant la « coordination » entre d’un côté l’excellence scientifique dans de nombreux domaines (clairement reconnue) et de l’autre le développement d’acteurs industriels de pointe pouvant peser sur des marchés européens ou internationaux (cela passe donc par une vision transverse aux différents niveaux de maturité de la recherche fondamentale à l’industrialisation réussie pour une technologie ou tout au moins une thématique technique).

En conclusion, si je te demandais les trois projets de R&D que tu jugerais prioritaires à financer (indépendamment de la position de la DGA, on parle ici de ta conviction intime) dans le domaine de l’innovation technologique de défense au sens large (donc non limitée à la DIRISI)?

Il me semble impossible de répondre à cette question en ne considérant que trois projets : il faut élargir à la notion de thématique scientifique. A titre personnel les trois barrières que j’aimerais repousser le plus possible sont la mort, le temps et l’espace !

Pour répondre plus prosaïquement à la question cependant, je dirais que je me contenterais de faire avancer les recherches dans les domaines de : la maîtrise de la complexité des systèmes ; les sources d’énergie (d’une part en recherchant l’augmentation d’autonomie temporelle, d’autre part en exploitant l’environnement immédiat afin d’alléger au maximum les dépendances aux chaînes logistiques) ; la prise de décision pour rechercher les gains maximaux en automatisation.

Biographie

Ingénieur Général de l’Armement au sein de la Direction Générale pour l’Armement (DGA), Dominique Luzeaux y a exercé des fonctions d’expertise technique et de direction dans les domaines de la robotique, de l’optronique, des systèmes de renseignement et d’observation, de la simulation et de l’ingénierie système ; il a notamment été à l’origine de la démarche du LTO (laboratoire technico-opérationnel) à la DGA. Il a été directeur opérationnel des systèmes d’information de la DGA, et directeur du service en charge des programmes d’armement terrestre (UM TER) avant de rejoindre la DIRISI. Dominique Luzeaux est diplômé de l’École Polytechnique, de l’École Nationale Supérieure des Techniques Avancées,titulaire d’un doctorat de l’université de Paris XI et d’une habilitation à diriger les thèses. Il a reçu en 2006 le Prix Chanson pour ses travaux sur la robotique militaire terrestre. Par ailleurs, il enseigne la robotique, l’informatique théorique et l’ingénierie système dans plusieurs universités et écoles d’ingénieurs. Il est l’auteur de nombreux livres dont:

  • À la conquête du nanomonde : nanotechnologies et microsystèmes, (coauthor T. Puig), March 2007, Éditions du Félin;
  • Systèmes de systèmes : concepts et illustrations pratiques, (coauthor J.-R. Ruault), June 2008, Editions Lavoisier Hermes Science;
  • Ingénierie des systèmes de systèmes : méthodes et outils, (coauthor J.-R. Ruault), June 2008, Editions Lavoisier Hermes Science;
  • Systems of systems: concepts, illustrations, standards and methods, (coauthor J.-R. Ruault), February 2010, Wiley;
  • Simulation et modélisation des systèmes de systèmes : vers la maîtrise de la complexité, (coauthor P. Cantot), November 2009, Editions Lavoisier Hermes Science;
  • Simulation and modeling of systems of system, (coauthor P. Cantot), May 2011, Wiley;
  • Maîtrise de l’ingénierie des systèmes complexes et des systèmes de systèmes, (coauthor J.-R. Ruault, J.-L. Wippler), May 2011, Editions Lavoisier Hermes Science;
  • Complex systems and system-of-systems engineering, (coauthor J.-R. Ruault, J.-L. Wippler), November 2011, Wiley;
  • 100 questions pour comprendre et agir : l’ingénierie des systèmes, (coauthor J.-R. Ruault), April 2013, Editions AFNOR.

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La DARPA (US Defense Advanced Research Projects Agency), agence américaine conduisant les programmes avancés de défense visant à « prévenir la surprise stratégique » vient de lancer le programme SXCT, dont le concept est illustré par l’image ci-dessus. Cet acronyme barbare correspond au programme Squad X Core Technologies (SXCT), visant à doter le futur fantassin américain de capacités très évoluées  (ces capacités sont définies pour le niveau SQUAD, soit escouade en français):

  • armes de précision avec une portée effective de 1km
  • senseurs capables de détecter une menace potentielle au-delà de 1km
  • capacité pour chaque fantassin de se localiser avec une précision minimale de 20 pieds (6m environ) dans des environnements non accessibles au GPS, via une connexion et une collaboration avec des équipements embarqués dans des drones aériens et terrestres (il s’agit là véritablement d’un concept novateur, fondé sur les essais déjà entrepris avec les robots de Boston Dynamics, société rachetée depuis par Google)
  •  moyens « non cinétiques » de perturber les équipements ennemis de communication (C4ISR) ainsi que les systèmes de drones hostiles

En fait, le SXCT est un supplément au programme SX (SQUAD X) qui identifiait trois domaines séparés d’intérêt : accès intégré et contrôle de senseurs mobiles, 3D COP (common operational picture, soit une situation opérationnelle commune), et la capacité de détecter, localiser, identifier les forces alliées et les menaces ennemies en temps quasi réel.

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Le responsable du programme SXCT, le major (CDT) Christopher Orlowski, est un vétéran de l’opération Iraqi Freedom – il a servi en tant que chef de peloton de chars – et a servi au Robotic Systems Joint Project Office. Il est donc particulièrement sensibilisé à l’utilisation de moyens robotisés sur le théâtre de bataille, ainsi qu’à la résolution de problématiques très opérationnelles comme l’allègement du combattant; autant de critères et centres d’intérêt mis en avant dans le programme SXCT.

Le programme sera pluriannuel, avec plusieurs phases de déploiement technologiques qui n’ont pas encore été précisées.

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Vous vous souvenez peut-être, il y a quelques mois, de cet organisme appelé Defense Distributed qui a montré que l’on pouvait imprimer une arme avec une imprimante 3D. Le groupe refait parler de lui, alors que la société MarkForged annonce bientôt la commercialisation de la MarkOne, première imprimante capable de fabriquer des objets par impression 3D de fibres de carbone.

Le groupe crypto-anarchiste Defense Distributed souhaite ainsi donner « à chaque citoyen » le moyen d’imprimer ses propres armes à feu en fibre de carbone. Cody Wilson, son fondateur, a même pré-commandé une MarkOne pour 8000$ il y a un an ; mais la société refuse de la lui livrer, et va le rembourser avec intérêts. Du coup, Cody Wilson, vexé, annonce qu’il versera 15 000$ de prime a quiconque pourra lui fournir une MarkOne.

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La première version d’arme « imprimée » par Cody Wilson, le « liberator » (!) s’est révélée peu fiable lorsque le plastique utilisé était du Visijet et non de l’ABS. Vous verrez ci-dessous ce qui se passe avec du visijet, et ce que cela pourrait faire à votre main.

Néanmoins, le Liberator était une vraie arme, indétectable aux portiques d’aéroport (même si les autorités ont obligé les « imprimeurs » à inclure un cube d’acier dans leurs création, rien ne dit que ces derniers aient obéi aveuglément).

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Une nouvelle génération d’armes analogues, en fibre de carbone, pose donc un sérieux problème de sécurité publique, et la question de savoir s’il existe un moyen de contrôler la nature des objets ainsi fabriqués.

Fichier des détenteurs d’imprimantes, reconnaissance automatique de la nature de l’objet… sont des pistes examinées aujourd’hui ; comme les drones civils, la dualité de la technologie d’impression 3D pose donc des problèmes au législateur. Et comme il semble illusoire d’arrêter le progrès (!), il convient au moins de poser ce type de problèmes en amont, suffisamment tôt, face à la montée du terrorisme et la multiplication des moyens technologiques potentiellement dangereux pour la sécurité de notre société.

 

 

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Petit focus sur le programme JFX3 du Ministère de la Défense britannique. Ce programme, conduit notamment par la société SEA (une filiale de Cohort PLC) vise à évaluer les apports de la réalité augmentée (RA) basée sur des COTS (composants commerciaux sur étagère) et des GOTS (idem, mais composants gouvernementaux) dans le domaine de la Défense. Son nom complet est Joint Focus Experimentation 3(JFX3).

En particulier, l’objectif était d’identifier les bénéfices apportés par la RA, et les solutions pouvant être déployées rapidement, à coût modeste, pour les opérations et l’entraînement, en exploitant les récents progrès dans le domaine commercial.

Ce programme a été réalisé en 2 phases :

  • Une première phase d’étude dédiée à analyser le domaine, identifier les concepts et analyser les technologies. Cette première phase a montré que l’évolution du domaine était plus rapide que celle de technologies comparables, facilitée par les applications sur tablettes, smartphones… Elle a identifiée également les barrières possibles pour une utilisation dans le domaine de la défense : gestion des formats, des priorités, interopérabilité, exigences matérielles, etc…)
  • Une deuxième phase, conduite en 2013, était constituée d’une série d’expérimentations terrain permettant une première mise en pratique et une identification des barrières à l’adoption de la RA. Quatre concepts ont été évalués :
  1. La navigation augmentée (infanterie débarquée), de jour comme de nuit,
  2. Les alertes directionnelles / le repérage (infanterie débarquée)
  3. Les alertes de proximité (infanterie débarquée) vis-à-vis de points d’intérêts
  4. La visualisation au travers d’un véhicule (contexte embarqué) : des tablettes fixes ou portables situées dans le véhicule affichent des images d’une caméra à 360° montée sur le véhicule, enrichies d’une couche d’information en RA. Voir à ce sujet mon article sur l’évaluation d’une telle technologie par l’armée norvégienne ici.
  5. Pour les 3 premiers concepts, lorsque cela était applicable, les évaluations portaient sur les RA visuelle (jumelle), audio (tonalités directionnelles et voix de synthèse générées dans un casque) et haptique (ceinture haptique qui stimule le sens du touché par application de forces, de vibration et de mouvements ou des actuateurs posés sur les bras du sujet).

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Les résultats ont montré :

  • Que dans le domaine de la navigation, les routes utilisées via un procédé de RA étaient plus pertinentes que les routes déduites par les moyens usuels (de nuit comme de jour, avec un effet plus spectaculaire de nuit)
  • Que dans le domaine des alertes directionnelles, la radio était finalement la technique la plus adaptée
  • Que le « blindage transparent » générait une charge de travail plus grande, mais était très performant en termes de pertinence opérationnelle.

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En outre, l’étude (qui s’est intéressé aux contextes Terre et Mer) a identifié quelques barrières à l’adoption de la RA :

  • Concordance : la manière dont les informations en RA sont cohérentes avec le monde réel. Cette étape de calibration est assez simpliste dans le monde des applications grand public. Elle doit être renforcée dans le monde de la défense
  • La technologie coupe le sujet des alertes et signaux atmosphériques et environnementaux qui l’entourent. Dans certains cas (ex opérations des FS) cela est handicapant
  • Immaturité des dispositifs visuels en regard des contraintes militaires
  • Immaturité de l’intégration de la technologie (même si celle-ci est mature) dans un système de systèmes militaires
  • Rythme de l’obsolescence, en comparaison du rythme d’acquisition dans les armées
  • Taille, robustesse, poids, pour le combattant individuel
  • Sécurité des communications et du stockage des informations sensibles.

Ce type de projets est essentiel pour l’évaluation non seulement d’une technologie, mais de sa capacité à remplir un besoin opérationnel. Dans le même ordre d’idées, on pourra citer le projet ULTRA-VIS (Urban Leader Tactical Response, Awareness and Visualization), répondant précisément aux objectifs d’intégration de la réalité augmentée au sein des Forces, en Appui aux Opérations, conduit par la DARPA qui en a publié récemment quelques résultats (voir images ci-dessous, et image de tête de l’article).

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En l’occurrence, il s’agit d’un nouveau casque de RA permettant au fantassin d’avoir à la fois accès aux informations synthétiques opérationnelles, et de ne pas se couper de son environnement.

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Ce casque est à base de guides d’ondes holographiques.  Nous examinerons bientôt dans ce blog les différentes catégories de lunettes pour la réalité virtuelle et augmentée.

En conclusion, aujourd’hui, la plupart des démonstrations d’utilisation de la réalité augmentée se font dans des environnements parfaitement connus, limités dans l’espace, avec des applications où l’utilisateur n’a pas une entière liberté de mouvement et d’action. Ceci,on peut le comprendre, pour des raisons de maturité et robustesse des technologies employées. Toutefois, les conditions opérationnelles d’utilisation de telles technologies militent pour la conduite d’expérimentations telles que JFX3, qui a le mérite de poser correctement le problème de la pertinence de l’emploi futur dans un contexte opérationnel exigeant.

 

 

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Dans la série des lundis de l’IHEDN, une conférence sur le nanomonde par l’Ingénieur Général Dominique Luzeaux. Pour s’inscrire, c’est ici, et c’est gratuit. Dominique Luzeaux est l’un des meilleurs spécialistes français du domaine.

Je recommande par ailleurs son ouvrage « à la conquête du nanomonde: nanotechnologies et les microsystèmes » dont voici le descriptif :

« Les nanotechnologies et les microsystèmes seront-ils la rupture technologique majeure des années à venir ? Cette révolution de l’infiniment petit passionne les scientifiques, mobilise les industriels et les responsables politiques… et engendre à la fois crainte et engouement de la part du grand public ! Les microsystèmes (à l’échelle du millionième de mètre) et les nanotechnologies (à l’échelle du 1/30 000e d’épaisseur de cheveu !) offrent de nouveaux horizons dans de nombreux domaines. Déjà, les nanotechnologies sont appliquées à des produits de grande distribution : cosmétiques, textiles  » intelligents « , etc. Elles devraient permettre des économies d’énergie et des avancées extraordinaires dans les domaines de la santé (traitement de cancers, etc.) et des technologies de l’information. Les perspectives d’applications suscitent des milliards de dollars d’investissements publics aux Etats-Unis, au Japon et en Europe. Le secteur privé, des multinationales aux PME, s’est emparé du domaine.
Mais cette course aux  » nano  » risque de creuser toujours plus le fossé technologique entre les pays riches et les autres, et pose de nombreuses questions médicales, sociales, éthiques et de propriété intellectuelle. L’impact sur l’environnement et la santé n’est pas établi. Les applications militaires, elles, risquent de relancer la course aux armements et leur prolifération. Cet ouvrage passionnera tous ceux qui veulent des réponses claires sur ces enjeux fondamentaux pour l’avenir de nos sociétés »

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Un test par l’US Navy et – encore – la société Raytheon a démontré la capacité d’un missile Tomahawk tiré d’un destroyer américain (le USS Kidd) à détruire une cible mouvante, en utilisant les informations fournies au travers d’un réseau de différentes plates-formes.

En réalité, deux tests ont été conduits, tous deux avec succès :

  • Un premier test consistant à faire suivre à un missile de croisière Tomahawk Block IV une mission préétablie, puis à l’interrompre suite à la réception de coordonnées d’une nouvelle cible transmises par le Joint Network Enabled Weapons Mission Management Capability (JNEW-MMC) du Naval Warfare Center. Le missile a alors changé de mission et atteint sa nouvelle cible mouvante avec succès ;
  • Un second test consistant à soutenir un groupe de Marines :  un autre Tomahawk Block IV tiré lui aussi par l’USS Kidd, a été guidé par les Marines pour une frappe verticale, suite à la réception d’un signal de demande d’appui feu. Ce guidage a été effectué via un Boeing F/A-18E/F Super Hornet.

Ces tests ont démontré la viabilité de l’utilisation de communications longue distance pour conserver et rafraîchir la position de cibles mouvantes, inscrivant ainsi le Tomahawk dans la logique d’une arme « numérisée » et adaptative.  Cela apporte également une réponse au problème de la surveillance de la menace dans un rayon de 200 nautiques : jusqu’à maintenant, ce rayon ne permettait pas de guider le missile jusqu’à sa cible terminale ; le missile étant subsonique, la cible avait le temps de bouger significativement hors de la zone – sans parler du risque de « friendly fire » si un navire ami ou neutre se trouvait à la limite de la zone.

Le Tomahawk Block IV pourrait ainsi répondre provisoirement à ce problème grâce à ses capacités d’adaptation et de guidage via le réseau, avant que l’US Navy ne mette en service des armements plus modernes comme le Long Range Anti-Ship Missile (LARSM).

Voici, ci-dessous, une vidéo du second test.