La réalité augmentée sur le champ de bataille : le projet JFX3

Publié: 8 mars 2015 dans Réalité Virtuelle et Augmentée
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Petit focus sur le programme JFX3 du Ministère de la Défense britannique. Ce programme, conduit notamment par la société SEA (une filiale de Cohort PLC) vise à évaluer les apports de la réalité augmentée (RA) basée sur des COTS (composants commerciaux sur étagère) et des GOTS (idem, mais composants gouvernementaux) dans le domaine de la Défense. Son nom complet est Joint Focus Experimentation 3(JFX3).

En particulier, l’objectif était d’identifier les bénéfices apportés par la RA, et les solutions pouvant être déployées rapidement, à coût modeste, pour les opérations et l’entraînement, en exploitant les récents progrès dans le domaine commercial.

Ce programme a été réalisé en 2 phases :

  • Une première phase d’étude dédiée à analyser le domaine, identifier les concepts et analyser les technologies. Cette première phase a montré que l’évolution du domaine était plus rapide que celle de technologies comparables, facilitée par les applications sur tablettes, smartphones… Elle a identifiée également les barrières possibles pour une utilisation dans le domaine de la défense : gestion des formats, des priorités, interopérabilité, exigences matérielles, etc…)
  • Une deuxième phase, conduite en 2013, était constituée d’une série d’expérimentations terrain permettant une première mise en pratique et une identification des barrières à l’adoption de la RA. Quatre concepts ont été évalués :
  1. La navigation augmentée (infanterie débarquée), de jour comme de nuit,
  2. Les alertes directionnelles / le repérage (infanterie débarquée)
  3. Les alertes de proximité (infanterie débarquée) vis-à-vis de points d’intérêts
  4. La visualisation au travers d’un véhicule (contexte embarqué) : des tablettes fixes ou portables situées dans le véhicule affichent des images d’une caméra à 360° montée sur le véhicule, enrichies d’une couche d’information en RA. Voir à ce sujet mon article sur l’évaluation d’une telle technologie par l’armée norvégienne ici.
  5. Pour les 3 premiers concepts, lorsque cela était applicable, les évaluations portaient sur les RA visuelle (jumelle), audio (tonalités directionnelles et voix de synthèse générées dans un casque) et haptique (ceinture haptique qui stimule le sens du touché par application de forces, de vibration et de mouvements ou des actuateurs posés sur les bras du sujet).

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Les résultats ont montré :

  • Que dans le domaine de la navigation, les routes utilisées via un procédé de RA étaient plus pertinentes que les routes déduites par les moyens usuels (de nuit comme de jour, avec un effet plus spectaculaire de nuit)
  • Que dans le domaine des alertes directionnelles, la radio était finalement la technique la plus adaptée
  • Que le « blindage transparent » générait une charge de travail plus grande, mais était très performant en termes de pertinence opérationnelle.

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En outre, l’étude (qui s’est intéressé aux contextes Terre et Mer) a identifié quelques barrières à l’adoption de la RA :

  • Concordance : la manière dont les informations en RA sont cohérentes avec le monde réel. Cette étape de calibration est assez simpliste dans le monde des applications grand public. Elle doit être renforcée dans le monde de la défense
  • La technologie coupe le sujet des alertes et signaux atmosphériques et environnementaux qui l’entourent. Dans certains cas (ex opérations des FS) cela est handicapant
  • Immaturité des dispositifs visuels en regard des contraintes militaires
  • Immaturité de l’intégration de la technologie (même si celle-ci est mature) dans un système de systèmes militaires
  • Rythme de l’obsolescence, en comparaison du rythme d’acquisition dans les armées
  • Taille, robustesse, poids, pour le combattant individuel
  • Sécurité des communications et du stockage des informations sensibles.

Ce type de projets est essentiel pour l’évaluation non seulement d’une technologie, mais de sa capacité à remplir un besoin opérationnel. Dans le même ordre d’idées, on pourra citer le projet ULTRA-VIS (Urban Leader Tactical Response, Awareness and Visualization), répondant précisément aux objectifs d’intégration de la réalité augmentée au sein des Forces, en Appui aux Opérations, conduit par la DARPA qui en a publié récemment quelques résultats (voir images ci-dessous, et image de tête de l’article).

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En l’occurrence, il s’agit d’un nouveau casque de RA permettant au fantassin d’avoir à la fois accès aux informations synthétiques opérationnelles, et de ne pas se couper de son environnement.

DARPA ULTRAVIS

Ce casque est à base de guides d’ondes holographiques.  Nous examinerons bientôt dans ce blog les différentes catégories de lunettes pour la réalité virtuelle et augmentée.

En conclusion, aujourd’hui, la plupart des démonstrations d’utilisation de la réalité augmentée se font dans des environnements parfaitement connus, limités dans l’espace, avec des applications où l’utilisateur n’a pas une entière liberté de mouvement et d’action. Ceci,on peut le comprendre, pour des raisons de maturité et robustesse des technologies employées. Toutefois, les conditions opérationnelles d’utilisation de telles technologies militent pour la conduite d’expérimentations telles que JFX3, qui a le mérite de poser correctement le problème de la pertinence de l’emploi futur dans un contexte opérationnel exigeant.

 

 

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