Archives de la catégorie ‘C4ISR et CMI’

 

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Encore une nouvelle d’outre-atlantique : l’US Army a développé le système EMC2 dont l’acronyme signifie « Enroute Mission Command 2». Ce système original peut être envisagé comme un « satellite aérien », chargé à bord d’un avion de transport C17, permettant aux parachutistes de communiquer en phonie pendant la phase de chute.

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En sus de la voix, les parachutistes pourront échanger des vidéos, et des données. En fait, il s’agit d’une extension du Warfighter Information Network-Tactical, ou WIN-T, système de communication terrestre haut débit, déjà en service, et déployable en opérations en 96 heures.

L’objectif est de pouvoir effectuer de la planification dynamique pendant l’opération, à la fois dans la phase de transport jusqu’au point de largage, et pendant la chute elle-même. Le système dépasse d’ailleurs de loin les capacités allouées aux pilotes du C17. Il devient possible de communiquer en Secure VoIP, ou de suivre des flux video provenant de drones largués au préalable au point de chute.

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Enfin, il devient possible pour les parachutistes de communiquer avec un autre avion C17 muni d’un nœud EMC2, et par exemple de faire un RETEX instantané vis-à-vis de parachutistes en route vers la zone de largage.

Ce «hotspot tactique volant » a été démontré le 14 mai dernier à Pope Army Air Field, Fort Bragg, par le XVIII Airborne Corps. Il devrait être mis en service en 2017.

Images (c) US Army, US Air Force

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L’OTAN se dote de l’AGS (NATO Alliance Ground Surveillance), une plate-forme de surveillance de zone d’intérêt fondée sur l’utilisation de drones HALE (haute altitude longue endurance). Ce programme est géré par la NAGSMA (NATO Alliance Ground Surveillance Management Agency – désolé pour le déluge d’acronymes), une agence créée en 2009 par un accord entre 15 états, et donc le but est d’opérer l’AGS.

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Cette plate-forme est fondée sur l’utilisation de drones Global Hawks version Block 40 équipés de radars de surveillance du sol de dernière génération (MP-RTIP), et de technologies de liaisons de données large bande. Chaque drone est capable de voler jusqu’à 30h en continu. L’image ci-dessous présente une vue capturée à partir d’un Global Hawk en 2010, montrant des victimes du tremblement de terre en Haiti se rassemblant sur un terrain de football.

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Le segment sol de l’AGS fournit quant à lui le moyen d’interconnecter le segment aérien avec les systèmes d’information et de commandement (C4ISR). Le pilotage des drones, quant à lui, est réalisé à partir de l’Italie, sur la base aérienne de Sigonella où se trouve aussi la base opérationnelle principale.

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En ce qui concerne le volet industriel du système, il repose sur l’alliance entre Northrop Grumman, Airbus Defense & Space, Konsberg et Finmeccanica (Selex). La video ci-dessous, rendue publique le 29 mai dernier, présente la construction de la plate-forme AGS.

Outre les missions de protection de forces déployées, de surveillance de frontière ou de gestion de crise, l’AGS sera utilisé pour le contrôle des flux de transports d’armes et le désarmement, la protection d’infrastructures, et la lutte contre le terrorisme.

Images (c) OTAN, Northrop Grumman

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La société canadienne Kongsberg Gallium a développé un système intégré de commandement permettant de déployer des minidrones tactiques. La société, filiale à 100% du groupe Kongsberg, développe des solutions de type C2 (command and control) depuis plus de 20 ans. Leur système VICS (Vehicle Integrated Combat System) mêle des capacités C2 avec un système de gestion du blindé. Il est en service dans plusieurs pays de l’OTAN.

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L’innovation présentée récemment consiste à pouvoir contrôler, à partir du système, un microdrone, le ProxDynamics PD-100 Black Hornet. Il s’agit d’un petit drone (la société le baptise « nanodrone », même si je n’aime pas le terme)  à voilure tournante, électrique, de 18g. Il tient dans une poche, a fortiori dans un véhicule. Avec 25 mn de temps de vol à 5 m/s, et une capacité de maintenir une liaison de données sur une portée de 1,5 km, c’est un système léger de reconnaissance tactique et de surveillance.

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Les drones sont ainsi déployés via les trappes du véhicule, et les images reçues directement sur le terminal VICS. La vidéo ci-dessous présente le concept.

Un premier pas vers l’intégration d’une « microbulle aéroterrestre robotisée »…

Images (c) Kongsberg, ProxDynamics

Image du week-end: ISIS

Publié: 28 mars 2015 dans Aéronautique, C4ISR et CMI
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Ce ballon futuriste est ISIS: Integrated Sensor Is the Structure, un ballon sans pilote de 140m de long, développé par la DARPA et MITRE, destiné à survoler la Terre à 21 000m, pendant 10 ans, afin de fournir une capacité de surveillance aérienne grâce à un radar de type « phased array ». Le ballon, rempli d’hélium, comporte plusieurs technologies innovantes, comme une enveloppe très légère mais capable de durer 10 fois plus longtemps qu’une enveloppe conventionnelle, ou le radar lui-même, ne nécessitant que peu d’énergie pour son fonctionnement.

Le programme est en phase de démonstration, il est conduit par Lockheed Martin et Raytheon pour le compte de la DARPA.

Northrop Grumman's MQ-8B Fire Scout unmanned aerial vehicle

La firme australienne Sentient  a livré la première version de son logiciel KESTREL pour le drone MQ8 FireScout. Le FireScout est un drone à voilure tournante construit par Northrop Grumman, et destiné à réaliser des missions de reconnaissance, de désignation de cible et de guerre électronique. C’est un drone qui est déployé opérationnellement en Afghanistan par l’armée américaine depuis 2011.

Le système de détection automatique KESTREL a pour objectif de fournir une capacité ISR évoluée, avec détection automatique des objets d’intérêt (voies optiques et IR). Le logiciel est spécialisé dans la détection de petits objets à la surface de l’océan (bateaux pneumatiques, go-fast, etc), extrêmement difficiles à détecter manuellement.

Encore une fois, il s’agit d’une technologie initialement dédiée à la vision artificielle pour la robotique autonome (la société SENTIENT a été fondée en 1999 avec cette ambition). Le logiciel associe donc traitement d’image classique et interprétation automatique grâce à des modules spécifiques d’intelligence artificielle. Au-delà de la simple détection, le but est en effet de réaliser une reconnaissance et classification automatiques des cibles, afin de distribuer aux différents opérateurs une information qualifiée. KESTREL est également capable de réaliser un tracking continu des cibles.

Le logiciel existe en deux versions : Land MTI pour le domaine terrestre et une version spécifique navale (KESTREL Maritime). La video ci-dessous montre la performance du système en conditions dégradées :

Mais surtout, il permet de détecter des objets quasiment invisibles à l’œil nu (voir la video ci-dessous jusqu’au bout)

Le logiciel a bénéficié de plus de 15 000h de test opérationnel sur des plateformes ISR déployées.  Les applications vont de la surveillance de zone, la reconnaissance et désignation de cibles, au SAR (search and rescue), avec notamment la capacité de détecter automatiquement des personnels à la mer, équipés de gilets de sauvetage, et ce même si l’image ne mesure… qu’un seul pixel (d’après les affirmations de Sentient).

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J’avais déjà écrit un article sur JFX3, le programme sur la réalité augmentée conduit par nos amis britanniques. Aujourd’hui, focus sur un programme Français ayant pour but de fournir une visualisation immersive et interactive de l’espace de bataille numérisé, et qui a fait l’objet de démonstrations remarquées lors d’Eurosatory et d’Euronaval : Battlespace Vista, développées par THALES (TCS, TRT et TRS).

Cela fait longtemps que THALES réfléchit sur la meilleure manière d’appréhender l’espace de bataille moderne, qui regroupe les champs physiques de mer, terre, air et espace, avec le champ immatériel de l’information. En effet, la  numérisation de cet espace repose sur l’intégration des réseaux de communications tactiques (liaisons de données, messageries sur réseaux H/V/UHF) et des systèmes d’information opérationnels communicants. Si cette numérisation produit de puissants multiplicateurs de forces, elle appelle également de nouveaux modes de visualisation simplifiée d’une situation complexe intégrant terrain, forces, matériels, connectivité radio et empreinte capteurs, pour tirer le meilleur parti des opérations infovalorisées.

Ce n’est pas un problème trivial (mais la phrase précédente le laissait présager J). Il s’agit de passer d’une tenue de situation à une véritable compréhension de la situation, et ce sans surcharger la vision du chef, ni complexifier inutilement sa perception des opérations en cours. Autrement dit, ne pas faire « de la technologie pour la technologie ».

A cet égard, la démonstration capacitaire Battlespace Vista s’est révélée particulièrement illustrative, lors d’Eurosatory et d’Euronaval, en 2014. A l’occasion d’Eurosatory, THALES a présenté une démonstration fondée sur le scenario d’une mission d’appui rapproché numérisé au profit d’un SGTIA en Afghanistan. Il s’agissait d’une démonstration immersive, mêlant représentation innovante de l’espace de bataille, et manipulation en réalité immersive. Le résultat était impressionnant – même si l’on peut, à mon sens, améliorer la technologie d’immersivité utilisée. Mais cela n’était qu’une démonstration.

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Ce qui m’a personnellement frappé, c’est la facilité pour un utilisateur de se placer au point de vue du chef en utilisant cette interface (lunettes 3D actives, joystick permettant de se positionner dans « l’espace informationnel »).

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Au-delà, cette démonstration, positionnée en conduite des opérations au niveau d’un « Tactical Operations Center » et ses appuis interarmées interalliés, a permis d’illustrer trois constats.

  1. En premier lieu, l’intégration air-sol aux niveaux interarmées, interarmes et interalliés est aujourd’hui une réalité de l’appui-feu numérisé : gestion partagée de la 3D entre artillerie (chaînes ATLAS, MARTHA..) et hélicoptères, avions ou drones, avec par exemple la définition de zones de tir réservées, partage de situation tactique air-sol et le suivi de forces amies entre moyens air,terre et forces spéciales, ou encore la faculté d’attribuer des cibles sans crainte de tir fratricide en minimisant les risques de dégâts collatéraux.
  2. La capacité spatiale se déploie au niveau opératif et devient essentielle à la conduite des opérations sur l’espace de bataille numérisé: elle permet la navigation, le positionnement, et la datation (navigation et frappes de précision),grâce au système Galileo et ses récepteurs embarqués, la tenue de situation spatiale consolidée (avec information des forces), l’observation (spatiocartes et systèmes d’information embarqués, analyse de site et évaluation des frappes), grâce à des stations de géographie ou d’imagerie déployées, et évidemment, l’intégration des télécommunications (mobilité, connectivité, qualité de service), grâce notamment aux systèmes Syracuse 3 (bande X) et Athena-Fidus (bande Ka), avec leurs terminaux fixes ou mobiles (VENUS).
  3. La numérisation des véhicules de combat et leur intégration en réseau autour de systèmes de missions est une nouvelle capacité des GTIA numérisés : elle permet d’insérer l’action du GTIA dans ses appuis interarmes et interarmées, synchroniser la manœuvre et les effets, procéder à une allocation des rôles et des cibles avant et pendant l’engagement, capacité d’autoprotection : alerte immédiate et déclenchement automatisée de contre-mesures.

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Une belle démonstration donc, et une expertise française incontestée dans ce domaine, qui devrait porter les couleurs de notre pays lors de l’exercice Bold Quest cette année (Bold Quest est un exercice interallié et interarmées d’expérimentation dans les missions d’identification, de coordination des feux, d’appui aérien et de cyber défense).