Bombe H Nord-Coréenne : la technologie au service de l’enquête

Publié: 13 janvier 2016 dans Systèmes d'armes
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Depuis longtemps, les Nord-Coréens nous ont habitué à des annonces retentissantes, supposées renforcer (généralement, et c’est encore le cas ici) la puissance du leader suprême (sic) à quelques jours de son anniversaire. C’est dire la méfiance que suscite l’annonce du succès d’un test supposé de bombe H nord-coréenne, il y a quelques jours. Alors : effet d’annonce, ou réel succès pour le régime ? La technologie est aujourd’hui en mesure de rechercher la vérité.

En premier lieu, la détonation a généré des ondes sonores  (infrasons inférieurs à 17 Hz) et des ondes sismiques, et en particulier des ondes de compression (ondes P) – en l’occurrence, équivalentes à un séisme de magnitude 5.1. Ces ondes sont capturées par un réseau de 80 stations munies de capteurs, réparties dans le monde entier. Et le signal, une fois capté, doit être reconstruit et débruité, puisque les caractéristiques du milieu de propagation (granit, roches plus poreuses…) dégradent le signal. En l’occurrence, des ondes P ont bien été détectées, mais cela signifie simplement qu’une explosion a eu lieu.

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Pour savoir si celle-ci est d’origine nucléaire, et qu’il s’agit en particulier d’une bombe à hydrogène, il est nécessaire d’analyser les radioéléments relâchés lors de l’explosion. La présence de résidus d’uranium ou de plutonium est caractéristique d’une bombe A, alors qu’une bombe H thermonucléaire, mettant en œuvre un processus de fusion et non de fission, relâche beaucoup moins de tels résidus, et une combinatoire caractéristique (et d’ailleurs secrète) de différents isotopes. Pourquoi secrète ? Parce qu’en l’analysant, on apprend beaucoup de la fabrication d’une bombe à hydrogène. Les signatures caractéristiques ne sont donc pas publiques. Au-delà des isotopes et résidus, les gaz émis comme le xénon sont également des signatures de la composition de la bombe. Mais l’explosion a eu lieu en souterrain : cela complique donc l’analyse.

Pour tenter néanmoins de détecter ces éléments, les Etats-Unis ont envoyé des avions « renifleurs » (sic). En l’espèce, un avion WC-135 Constant Phoenix, un quadriréacteur dérivé d’un C135, équipé de capteurs d’air embarqués capable de recueillir, d’analyser  et de conserver les particules radioactives éventuellement émises. L’US Air Force dispose de deux avions de ce type, qui sont intervenus à Tchernobyl, lors de l’accident de Fukushima, et lors des trois derniers essais supposés de la bombe Nord-Coréenne (en 2006, 2009 et 2013). L’avion a été envoyé le mercredi 6 janvier à proximité de la zone.

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D’autres systèmes de détection existent, comme par exemple l’utilisation du réseau GPS, celui des satellites permettant le positionnement et la navigation. Car une explosion, même souterraine, génère une onde de choc jusqu’à l’atmosphère. Celle ci affecte la densité des électrons en générant un pic de densité, qui modifie la vitesse de propagation du signal GPS. Comme les stations de réception GPS sont distribuées dans le monde, il est possible, par triangulation et suivi de l’onde de propagation, de tracer l’explosion et d’en déduire quelques caractéristiques. Ainsi, lors de l’explosion nord-coréenne de 2009, 11 stations de réception dans la région ont détecté une onde de choc voyageant à 870 km/h, et provenant du site de P’unggye en Corée du Nord (ci-dessous).

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Mais la signature sismique à elle seule tend à montrer qu’il ne s’agissait sans doute pas d’une bombe à hydrogène. Car l’onde de choc générée n’est pas caractéristique d’une explosion thermonucléaire (de l’ordre de l’équivalent d’une dizaine de mégatonnes de TNT), mais proche de la magnitude observée lors des derniers essais nord-coréens (magnitude 4.5, avec une charge explosive de l’ordre de la dizaine ou de la centaine de kilotonnes de TNT). L’envoi du WC-135 devrait permettre de confirmer cette hypothèse.

En l’espèce, il ne s’agirait pas d’une bombe H, mais d’une bombe A « dopée » au deutérium et au tritium (permettant d’augmenter la température au sein de l’engin, et donc de générer plus d’énergie lors de l’explosion). C’est en tout cas aujourd’hui la thèse privilégiée, même si le simple fait d’annoncer la miniaturisation de l’arme, et sa capacité à être embarquée sur un missile KN08, est en soi un sujet d’inquiétude. Mais cela est, pour le coup, difficilement vérifiable.

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